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Rjukan, ville industrielle chargée d’histoire et le plateau d’Hardangervidda, 18 – 24 juin 2026

Avant d’arriver à Rjukan, nous voulions visiter le centre d’information du parc national Hardanger; celui-ci est le plus grand plateau d’altitude européen, la partie protégée en parc national est plus grande que le canton de Vaud, peuplé de rennes sauvages (env. 10000) depuis la dernière glaciation. Exposition fermée pour rénovation, départ pour le téléphérique historique Krossobanen, qui devait nous monter au départ de belles balades. Fermé subitement par le gouvernement pour raison de sécurité, il avait été construit en 1928 et son aspect initial conservé malgré les maintenances. Cette fois, il semble qu’une nouvelle installation soit requise. Content que la sécurité soit appliquée, mais constatant que le point faible universel des informations en ligne reste leur mise à jour,  nous partons visiter le musée norvégien de la condition ouvrière de Vemork (ouvert à 12h., à 10h sur le site!).

La compagnie Norsk Hydro a créé la plus grande centrale électrique du monde en 1911 et la ville de Rjukan, à l’endroit d’une des cascades les plus hautes du monde. Cette énergie a été utilisée pour la production d’un d’engrais azoté, le salpêtre, pour augmenter les rendements des cultures et « diminuer la faim dans le monde »… L’ usine située au fond d’une gorge a compté jusqu’à 600 employés, la ville toute proche au fond de la vallée très étroite plus de 10000 habitants. Norsk Hydro a construit en 1928 le téléphérique Krossobanen pour permettre à ses employés d’aller au soleil. 

La production de cet engrais azoté comportait une étape d’électrolyse (courant électrique passé dans l’eau) menant à un enrichissement de l’eau en deutérium. Pour rappel, l’eau est composée de 2 atomes d’hydrogène liés à un atome d’oxygène. L’hydrogène standard est composée d’un proton et d’un électron, le deutérium d’un électron, d’un proton et d’un neutron, donnant son nom « d’eau lourde » à l’eau enrichie en deutérium. Les Norvégiens diminuent la production de ce sous-produit, puis les années passant, les scientifiques réalisent que cette eau lourde est un ingrédient requis pour gérer l’explosion d’une bombe atomique à base d’uranium. Cette usine est la seule à maîtriser l’eau lourde, « maîtriser »….les ouvriers travaillent à des températures extrêmes, froides ou chaudes suvant les étapes et respirent des vapeurs d’acide nitrique. 

Au début de la guerre, une partie du stock de deutérium est livré aux Français, mais l’usine passera  aux mains de l’occupant nazi avec pour objectif la production de tonnes de cette eau lourde à des fins commerciales officiellement…. Les différentes opérations de sabotage organisées et menées par des Norvégiens et des Britanniques, acheminés par planeurs (échec, aucun survivant), puis parachutés en hiver et atteignant le site à skis pour saboter avec succès la production pendant quelques mois, puis le bombardement intensif du bâtiment vitré de 8 étages et finalement la destruction du bac sur le lac de Tinn servant au transport du reste du stock à destination de l’Allemagne sont présentés comme des étapes cruciales ayant fortement empêché la production de la bombe atomique par les Nazis. La production d’eau lourde a toutefois repris jusqu’en 1971, celle d’électricité est toujours d’actualité. La production d’engrais a été fermée car d’autres procédés recourant à la pétrochimie plus qu’à l’électrolyse sont utilisés, et le site devenu un musée en 1988. La compagnie Norsk Hydro a offert à la ville en 2013, trois gigantesques miroirs pivotables (héliostats) reflétant le soleil pour éclairer la place du village.

Ainsi les habitants ont un endroit ensoleillé l’hiver, et socialisent même durant ces mois sombres. L’idée avait été proposée 100 ans plus tôt par le créateur de la ville.

L’architecture reflète ce passé industriel, petites maisons semblables, alignées le long de la route principale, et sur l’autre rive, complexe industriel de production d’électricité.

Les sabotages de Vemork ont été romancés dans le film « les héros du Télémark ».

Un petit rayon de soleil, alors n’attendons pas demain, hop nous grimpons la petite route raide (10%) jusqu’au départ du funiculaire de Gaustabanen. Ce funiculaire servait à la maintenance de l’antenne de l’OTAN située sur le sommet Gausta, à 1885 m., contribuant à assombrir à Rjukan.

Cette altitude est vraiment exceptionnelle dans cette région, les plateaux,  la limite des arbres étant aux environs de 1000 m. Le funiculaire est vraiment vieillot, minuscule, il grimpe à 40 ° dans un tunnel.

Son utilisation est uniquement touristique actuellement, la descente peut se faire à skis l’hiver, et différents bons sentiers l’été seraient une option. Pour notre part, ma toux et de profiter du beau temps cet fin d’après-midi nous a incités à nous plier dans le funiculaire. Nuages et ciel bleu, nous voyons très loin ces étendues de toundra (ou fjell) parsemées de petits lacs, et les montagnes enneigées.

Potentiellement, notre vue s’étend jusqu’à la Suède et comprend un sixième de la Norvège, mais en l’absence de points de repères, nous contemplons les étendues infinies et sauvages. 

De retour en ville, l’office du tourisme s’arrange avec le centre d’exposition sur le parc Hardangervidda pour nous faire entrer dans l’exposition, en finitions de rénovation, car le système en ligne n’avait pas été déconnecté et nous avions nos billets. Nous sommes donc très bien reçus par des jeunes naturalistes sur place, et apprécions vraiment ce geste. Dans cette exposition, située au départ de randonnées et de pistes de fond à Skinnerbu, nous nous immergeons dans le parc à toutes saisons grâce à un casque de réalité virtuelle et à un film. Ce parc national est le seul assez grand pour que les rennes puissent effectuer leurs migrations saisonnières, à l’ouest et au sud au printemps pour les naissances et au nord-est en hiver, sans sortir du parc. Les rennes y sont sauvages, contrairement à ceux du nord, domestiqués par les Samis. L’hiver, ils sentent l’hiver les randonneurs à skis à plusieurs kilomètres et sont donc impossibles à rencontrer. 

Nous restons dormir deux nuits sur le parking vide de l’exposition pour profiter de faire une balade. Partis pour quelques pas par temps mitigé, nous profitons de magnifiques paysages, rayons de soleil et une bonne averse pour terminer notre dizaine de kilomètres.

Grassette commune, plante carnivore qui dissout les petits insectes qu’elle attire
Myrtilles et busserole alpine

Pour s’immerger une dernière fois dans cette ambiance, nous roulons jusqu’à Kalhovd, hameau, par une route en terre et nous marchons toujours seuls dans le fjell.

En rejoignant le sud, le thermomètre se met à dépasser les 20 degrés, une vraie vague de chaleur, ou une étape pour nous préparer à notre retour à 30 degrés.

Eglise en bois debout à Heddal
Masques vikings sculptés comme assurance…

C’est notre anniversaire de mariage mais n’ayant pas trouvé de restaurant alléchant et vu que c’est la soirée du conseil communal portant sur notre initiative à Gryon, nous soupons de poissons et salade en attendant les messages whatsap!

Mais pour notre dernier soir en Norvège, le lendemain, bon souper à l’intérieur du hanneton pour éviter la compagnie d’un millier de moucherons et moustiques après passage au Vinmonopolet!

Cap au sud, balade au-dessus du Hardangerfjord, 12 – 17 juin,2026

Réveil avec du soleil; le calme, la grandeur du paysage, le lac, la neige sur les hauteurs, une ambiance très paisible malgré une certaine austérité, nous sommes pleins d’énergie; et hop la gym et la physio dans ce cadre grandiose.

De vues sur les lacs d’altitude en tunnels, nous atteignons un petit col vers Skoda, où nous allons nous balader, la vue plonge sur les vallées bien vertes vers le sud. Deux petits téléskis sur la crête d’en face, la piste équipée de lampadaires, nous sommes déjà au nord et pourtant encore si loin du cercle polaire!

Partout des linaigrettes

En roulant ce vendredi 16h, la circulation est un peu plus dense et nous choisissons de suivre le lac Jolstravatnet par la petite route et découvrons ainsi la passion des locaux pour la pêche. Sur chaque petit promontoire rocailleux, un pêcheur à la ligne, sa petite cabane, sa table, ses bancs en bois et le brasero déjà allumé. Nous n’avons pas voulu enfeindre leur moment de tranquilité par une photo.

Nous rejoignons le Sognefjord à Balestrand par une route en lacets digne d’une carte postale, agneaux au milieu de la route en plein virage en plus.

En route, le hameau de Eldalen et une Berlinoise ayant quitté l’agitation pour tenir un petit café très cosy, quelques logements touristiques, et mettre à disposition ses compétences d’horlogère, au moins pour les réparations. En plus, elle confectionne des semelles en laine.

Balestrand est aussi une petite bourgade blanche, d’où nous suivons le Sogneford, magnifique paysage mais une route un peu lassante, pente raide tombant dans le fjord, la route toujours étroite épousant la côte par une succession de petits virages sans visibilité, le jeu consistant à atteindre une zone élargie pour croiser à chaque moment opportun.

Balestrand

Nous retrouvons Joseph à Voss et continuons notre descente vers le sud, traversant l’Hardangerfjord pour rejoindre Utne, et à Vines, la cabine louée pour deux nuits.  Idyllique comme espéré, campée sur quelques gros cailloux au bord du fjord, une petite terrasse, un paysage aux couleurs chaudes pendant la longue soirée jusqu’au coucher du soleil bien tardif, nous passons une excellente soirée.

Le lendemain, à nouveau grand soleil, départ avec le Hanneton pour un départ de sentier de montagne. Les routes publics sont en plaine en Norvège, les petites routes de gravier permettant de prendre de la hauteur sont généralement privées, entretenues par des paysans qui mettent aussi à disposition un petit parking contre une légère rétribution. Mais la  route du jour étant spécialement raide, elle nous est interdite. Nous montons donc à pied, pour atteindre le début du sentier, et sortons progressivement des forêts de bouleaux. Nous progressons sur de larges blocs lisses typiquement érodés par le glacier et dans des zones bien gorgées d’eau; nos yeux s’habituent à voir les pierres en transparence, salvatrices pour nous éviter presqu’une aspiration par le terrain. Le paysage est large, moins pentu dans les hauteurs, ça et là de petits lacs. Et toujours la vue sur le Sogneford 900m plus bas que le petit sommet Sata que nous atteignons. Nous décidons de redescendre par le même trajet pour éviter d’éventuelles pentes raides en sentiers forestiers boueux. 

Un peu de vent le soir, nous sommes en bord de mer, mais aussi en montagne avec vue sur les névés, une excellente soirée pour attaquer les restes de la soutenance…..nous ressortons le four à raclettes, la demi-meule.

Le lendemain, après avoir déposé Joseph au port à Rosendal pour qu’il retourne dans ses pénates, nous longeons le parc national Hardangervidda par le sud, à nouveau une succession de névés et de petits lacs.

Malheureusement, les nuages, un peu de flegme et de toux et finalement la pluie viennent à bout de notre motivation de marcher. 

Le sommet  et notre petite cabine au bord de l’eau resteront le meilleur de ces quelques jours.

Nous devons aussi quitter mentalement les grands plateaux et les cascades par moments, pour s’intéresser aux nouveaux développements de notre lutte contre différents projets touristiques totalement incongrus et destructeurs chez nous. Faut-il être au milieu d’une nature si imposante pour être ramenés dans les soucis du retour.

En route pour le Sognefjord et contourner le Jostedalsbreen, 8-11 juin 2026

Notre route nous mène dormir à Gudvangen, en passant par Voss. La météo est exécrable, les cascades se jetant dans le Naeroyfjord n’en sont que plus impressionnantes, l’eau se jette de falaises de plus de 1000m. Nous longeons à pied le fjord jusqu’à Bakka (petite balade de 9km, vu la météo je grommelle au départ), église blanche, hameau, où nous rencontrons le seul habitant de moins de 60 ans et son troupeau de chèvres. Le chemin (évitant le tunnel) traverse des éboulements plus ou moins anciens, la route n’existe que depuis 1978, le tunnel date de 2001 permettant d’atteindre le hameau la plupart du temps, même en hiver. Partout des cascades, des traces d’éboulements et des histoires relatant que lors d’avalanches, même en ramant au milieu de l’étroit fjord, les barques étaient renversées. Sur le petit parking, nous sommes quelques petits camping cars bien serrés, les pizzas du port sont excellentes. Les bateaux de croisière sont électriques, catamarans dont le design permettrait à chacun d’avoir la vue, mais les touristes sont à l’intérieur; et nous, nous en avons marre de l’humidité.

Premiers passages en altitude, le paysage change très rapidement.

Gudvangen-Vik, le bac pour Hella, Sogndal par une route très étroite longeons le fjord puis nous nous engageons sur la route 55 pour dormir à Solvorn, région de vergers de pommiers.

Camping à la ferme, Solvorn
Solvorn depuis Urnes

Le lendemain, à pied, bac pour Urnes, visite de la plus ancienne église en bois debout de Norvège, la 4ième sur ce site, ayant été préservée grâce à son socle en pierres. La première datait de 1070, transformée, rénovée, agrandie par la suite, certaines décorations font référence à des dieux celtiques.

Sur les piliers, le bien et le mal sont représentés par un lion mordant un serpent, mais au Moyen-Age, les sculpteurs avaient une idée des lions…juste par la Bible.

Nous continuons sur la route panoramique 55, passant à 1300m. d’altitude. Nuages, petite bruine intermittente, mais une ambiance extraordinaire le long des lacs partiellement gelés. La route est étroite, bien aménagée parfois bien pentue. Nous nous arrêtons avant Lom.

Lom est un petit centre intéressant car au carrefour de plusieurs parcs nationaux, dont le Jotunheimen, entouré de montagnes de tous les côtés. Les possibilités de randonnées de toutes longueurs et dénivellés semblent nombreuses, l’office du tourisme regorge d’informations. Nous visitons l’église en bois et reprenons la route en négligeant le musée de la montagne norvégienne, de bonne renommée, à mettre au programme une autre fois, car il fait beau!

Nous nous arrêtons à un point de vue, pour grimper dans le parc national Reinheimen. Des cascades, l’énergie fabuleuse de l’eau, un sentier  nous mène au-dessus des arbres. Nous devions traverser le torrent sur de grosses pierres pour redescendre par un bon chemin sur la rive droite; l’endroit est magnifique, puissant, le torrent diffiicle à photographier car trop étroit. Le passage nécessite de grimper sur des blocs, trop difficile pour moi, nous redescendons par le même sentier, après avoir grimpé sur un petit sommet d’où la vue est superbe. 

Continuant à rouler avec le soleil, nous nous arrêtons pour la soirée en altitude, au bord du lac de Breiddalsvatnet, après Grotli.

Au pays des huîtres, 15 -20 octobre 2025

Après cette semaine riche en tout, huîtres, poissons grillées, cours de sport, soleil, plage, matinées et soirées fraîches, nous partons pour l’ile d’Oléron où nous visitons le phare de Chassiron.

Le phare et une tour de contrôle militaire
La balise du rocher d’Antioche, juste à côté du phare

Nous apprécions la vue et son histoire: le premier phare à cet endroit, remplacé, réhaussé, repeint en bandes pour être mieux visible par brouillard, les combustibles utilisés du bois à l’électricité en passant par certaines huiles. L’île est vraiment plate et très construite, nous partons pour les marais salants au sud de la région de Marennes et la « La Cité de l’Huître ».

Par des vidéos, des animations, dégustation délicieuse d’huitres gratinées, ce mollusque n’aura presque plus de secrets pour nous. Par exemple, le pire prédateur de l’huître est le bigorneau perceur, perçant la coquille avec sa trompe secrétant un acide; mais aussi redoutable, l’étoile de mer écarte les coquilles avec ses bras munis de ventouses pour y glisser son estomac et gober l’huître avant de se retirer. Les marais étaient destinés à l’origine à la production de sel, puis utilisés pour la conservation des huîtres et moules et enfin à la production d’huîtres et de plantes halophiles (adaptées aux marais salés) comme les salicornes, la bette marine, l’ail maritime. L’huître est élevée 3 ans dans des parcs en pleine mer pour être ensuite affinée dans ces bassins; la salinicité plus faible, le sol argileux du fond des bassins, le phytoplancton particulier modifieront le goût et la couleur de l’huître et de sa coquille (reflets verts dûs à une bactérie). Cette exposition très vivante, installée dans des cabanons rappelant ceux des ostréiculteurs va fermer définitivement par manque de soutien financier étatique. Pierre-Olivier va au cours « d’ouverture des huîtres » et dote le Hanneton du couteau idoine; mais chaque objet doit avoir au moins deux fonctions pour avoir son visa, à suivre. Moi je ne mange que quelques huîtres donc les restaurants me simplifient la tâche. La région fournit aussi la Bretagne et la Normandie où ces mollusques peuvent être élevés mais ne peuvent pas se reproduire, les conditions précises de salinicité, moins de 30 g/l. et de température de l’eau, min. 20°C, n’étant pas remplies. Au sud, vers le bassin d’Arcachon, l’étape d’affinage en marais n’est pas pratiquée. Comme ailleurs, la relève par les jeunes n’est pas du tout assurée, le producteur est mal payé, 2 à 3 euros /douzaine alors que le prix en supermarché est d’environ 12 euros. Mais avant de quitter la région…

Nos 40 ans de mariage

Prochaine étape Rochefort: ville fort plaisante au bord de la Charente.

Le centre ville est parfaitement quadrillé de grands bâtiments anciens majestueux, résonnant tous de l’exploration du monde par les grands grééments, la période royale, les guerres sur l’eau avec l’Angleterre.

Le plus emblématique est la Corderie royale, construite sous Louis XIV en 1666.

Bâtiment long de 374 mètres sur 7 mètres de large, il permettait de produire les cordes en chanvre pour les navires d’une encablure: 300 mètres de fibrilles de chanvre étant nécessaires pour fabriquer une corde de 195 mètres, soit une encablure, unité officielle de l’époque. Ce bâtiment a été controversé dès sa construction vu les méandres de la Charente le distançant de l’océan et le caractère vaseux du sol nécessitant de le construire sur un radeau de bois, fixé sur de profonds pieux. La façon de tordre les fibrilles de chanvre pour les assembler en torons, « commis » (commettre: réunir en spirales les brins les uns autour des autres) à leur tour en aussières est présentée grâce à un système miniaturisé.

Réalisation d’un petit bout de corde

Nous nous plongeons dans les épissures, surliures, épissoires,…un musée vivant, technique parfait pour les amateurs de Scrabble! Quasiment détruit en 1944, il a été reconstruit à partir des années 1970, entouré d’un jardin, un bel endroit calme et vert à deux pas du centre.
Le soleil est de la partie, les gens souriants, le choix des petits bistrots recommandés par des locaux très vaste. Nous arpentons les rues, profitant d’une halte citadine, shopping bien sympathique, coiffeuse excellente guide locale comme toujours. J’ai peine à ne pas craquer devant bien des livres d’enfants….
Quand nous décidons de nous acheter un pic-nic pour enfin arrêter d’aller au restaurant, le boucher nous recommande un établissement à Brouage servant une recette locale de ragoût de poissons et de crustacés, la Chaudrée, nous ne pouvons pas ne pas tester! Ce sera notre ènième dernier restaurant, quel pays. Et ce jour était jour de marché aux Halles, alors….
Brouage abrite « la Halle aux Vivres ».

Courez-y ne serait-ce que pour la culture et l’enthousiasme de la jeune dame nous y accueillant! Et pourtant, elle est toute prise émotionnellement par sa nièce, petite fille en train de terminer un sans-faute à un concours hyppique, la famille semble être un fan’s club des plus engagés!

Et hop, une Chaudrée

Brouage était une petite ville fortifiée au bord du golfe, donc de l’océan, située actuellement en pleine terre, suite à l’ensablement progressif. Place fortifiée de 4000 âmes, négociants hollandais, militaires, c’était une plateforme commerciale pour le négoce du sel et le commerce maritime en général et un départ pour la pêche à la morue en Terre-Neuve, sans guerrre de religions entre ses murs malgré le protestantisme des Flamands. Le commerce passait déjà au-dessus de toute autre considération. Jadis, les Romains exploitaient ces marais en y râclant le sel lors de l’évaporation à maréée basse. L’ensablement progressif a toujours été un problème connu, les bâtiments comme cette halle étaient construits sur des pieux, soutenant des plateaux de bois, surmontés de couches de pierres pour finalement accueillir le bâtiment hors de l’eau. Les dépôts d’alluvions sont favorisés par la présence de l’île d’Oléron qui bloque et renvoie vers la terre les sédiments amenés par les différents fleuves. Lorsque l’ensablement a condamné Brouage comme port, ce bourg a été presque totalement abandonné, ne comptant plus que 10 personnes et Rochefort développée.

L’intendant de Louis XIV nommé Bégon a dessiné l’urbanisme quadrillé de Rochefort, passionné de botanique, il a laissé son nom au bégonia.

Le sel, surnommé l’or blanc, était évidemment encore plus essentiel à cette époque que de nos jours pour la conservation des viandes, des poissons et le tannage des cuirs. Brouage a été utilisée comme place forte par Richelieu pour assiéger La Rochelle, protestante, en l’encerclant et l’affamant au point de diminuer drastiquement sa population. Notre guide a l’habitude de faire remarquer aux classes que les histoires d’aphyxie de populations, comme à Gaza, ainsi que la lutte pour « l’or » blanc ou noir se répète tristement à travers les siècles. Nourris intellectuellement par ces éclairages sur ce coin perdu au milieu de ce plat pays, nous attaquons avec plaisir notre Chaudrée.

Le pont transbordeur entre Rochefort et Brouage, pour franchir la Charente, maintenant pour les cyclistes et les piétons


Poursuivant nos buts gourmands, nous rentrons en rencontrant deux vignerons, dans les Côtes de Bourg, le long de la rive droite de l’estuaire de la Gironde, l’un enseignant en viticulture exploitant un minuscule domaine, le second ayant monté un domaine moyen pour la région, 27 ha, dont un des vins nous avait beaucoup plus au restaurant. L’étape suivante sera à partager chez nous!

Atlantique en octobre

Après une soirée baby-sitting chez notre fille et une nuit sur le parking de notre ancien « chez-nous », nous traversons la France en une journée, ce qui n’était pas  planifié, pour nous installer près du cap Ferret. La région étant touristique, aller en camping semble plus judicieux que l’installation sauvage, bien que la plupart soient fermés!

Notre terrain sur la presqu’île menant au cap Ferret est tout près de l’océan, derrière la dune. Le lendemain, nous marchons jusqu’au village ostreicole de Canon, y dégustons des huitres chez un producteur. Servies sur la glace, avec le sourire, la table à quelques mètres du rivage du bassin d’Arcachon, un joli moment.

L’occasion aussi de discuter avec l’épouse tenant la buvette de dégustation de la gestion de cette activité et de la sauvegarde du patrimoine. Par exemple, les cabanes de producteurs sont louées pour 99 ans et en cas de changement de locataire, le prix pour la reprise par un nouvel exploitant est fixé par une commission indépendante, étatique. Ainsi, ces petites maisons d’élevage d’huitres ne peuvent pas être récupérées par des touristes fortunés et le patrimoine, autant le savoir-faire que l’aspect architectural est maintenu. Certaines cabanes, en fait de petites maisons, sont des résidences de familles ayant développé la région. Si l’une d’elles ne désirent plus profiter de sa maison, elle sera transmise à un producteur et ne pourra donc pas non plus être vendue au plus offrant. Ces producteurs proposent leurs huitres, quelques autres fruits  de mer sélectionnés parmi une liste très stricte de mets autorisés et deux vins. Leur patente diffère donc nettemnet de celle d’un restaurateur. Nous pourrions imaginer cadrage similaire pour nos buvettes d’alpage, évitant la perte d’authenticité subie en se transformant en restaurants montagnards de luxe.

Nous déambulons dans ce vieux village avant de rentrer en ramassant, comme à l’aller, des arbouses. Les arbousiers ont les branches chargées de fruits, en plus beaucoup jonchent le sol et certaines branches sont encore en fleurs. L’arbousier est magnifique.

Nous avions un petit sac plastique avec nous, par chance, validant la recommandation de ne jamais partir en balade sans ce contenant au cas où….De retour au camping, Pierre-Olivier cuit les fruits et prépare ainsi des boîtes de compote. L’arbouse est riche en anti-oxydants, en vitamine C, nous en mangeons aussi crû durant notre balade, le goût est fin mais peu prononcé, la texture est un peu gélatineuse, riche en pectine, quant à la couleur….juste splendide.

Je regrette beaucoup d’être tombée chez moi et en conséquence d’avoir un genou trop raide pour le vélo, car la région est faite pour ce loisir et la marche à plat, bien moins motivante.

Alors, permettez que je m’amuse à vous raconter notre coup de tête, changement de décor pour quelques jours…

Bien sûr d’autres en rêveraient

40 ans à marcher main dans la main leur iraient

Bien sûr d’autres imagineraient la fête exotique

A fouler une île lointaine sous les tropiques

Bien sûr certains partagent leurs exploits

Tours de roue au long cours me plongeant dans les rêves avec émoi

Mais un accroc de parcours éloigne des pédales mon genou

Les vagues de l’océan nous refusent la baignade jusqu’au cou

Alors une pause sans rouleaux au creux d’une plage accueillante

Où la piscine chauffée aussi nous enchante

Poissons grillés et crudités

Riment dès le matin avec activités

La salle de musculation

Comme atelier de réparation

Bien sûr c’est classique et votre rêve se brise

Mais le nôtre reste intact pour profiter à notre guise

Danemark, le vent de la Baltique, 29 août -10 septembre 2022

De retour à Hirtshals, départ pour Skagen, la rencontre des deux mers. Comme d’autres, je ne résiste pas à continuer à marcher, même dans l’eau sur la bande de sable séparant la mer du Nord et la Baltique.  Les vagues s’entrechoquent mais l’océan est peu formé. Beaucoup de monde, et subitement devant nous sur le sable, il est là, solitaire, tranquille ; impossible de respecter la distance de sécurité de 50 mètres recommandée pour ne pas le déranger, le cordon de plage est bien trop étroit.  

Une autre rencontre imprévue …

Skagen, fresques sociales au musée

August Hagborg, 1879
P.S. Krøyer pêche infructueuse
P.S. Krøyer

Au bord de la Baltique, à peine plus au sud, escale dans les dunes, à Kanalvejen

Ålbaek, fish & ships au port

Près d’Ebeltoft (Blushoj), nous nous installons dans un camping en terrasses où nous contemplons le phare et les voiliers, depuis notre place. Notre voisin est un habitué, très sympathique, qui alerte Pierre-Olivier le matin suivant, je me sors des plumes au plus vite :  les marsouins nagent au large. L’endroit est superbe, mais la plage a des algues et des cailloux.

Qu’importe, nous partons visiter Ebeltoft à vélo, il fait grisouille, alors hop pour le musée du verre soufflé. La démonstration par une souffleuse est intéressante, polissage, technique pour obtenir un verre à bulles, bien des étapes en plus du travail du souffleur de verres de nos laboratoires, coincé dans son minuscule atelier ….Le reste du musée ….c’est-à-dire presque rien! Juste de quoi se demander pourquoi du bel art moderne n’est jamais présenté, remplacé par des complications intellectuelles perdant le visiteur.

La ville est mignonne, rues pavées, maisons à colombages colorées, petites cours, boutiques d’artistes, terrasses.

Mairie de 1789, encore en fonction

Une autre ballade pour aller à une belle plage, de cailloux aussi mais presque sans algues, l’eau est encore agréable. En chemin nous ramassons quelques mirabelles plutôt que de leur rouler dessus.

L’ambiance du camping est particulièrement chaleureuse, le soir subitement le « da, da » retentit, un voisin a ses jumelles, et finalement toute une équipe contemple les marsouins depuis chez nous ; évidemment c’est le soir de grillade (première viande depuis le départ !) et nous nous mettons à table là au milieu.

En route pour Faaborg, départ du ferry pour l’île d’Aero, encore des rues pittoresques, des maisons de commerçants témoignant de la navigation marchande du 19ème siècle. Une artiste céramiste a mis une table de plus devant son échoppe, pour y vendre à vraiment petits prix les jouets de ses petits-enfants, ayant passé à une autre étape.  Le seconde-main est vraiment présent partout. Terrasses sympathiques, il fait beau, un glacier attirant bien du monde, enseigne alléchante, nous tentons pour la seconde fois la spécialité des glaces danoises, soft-ice recouvertes de paillettes…Énormes, avec une base de crème glacée au goût peu défini, elles ont beaucoup de succès mais après l’essai en taille moyenne ou enfant, on ne nous y reprendra plus malgré notre gourmandise reconnue!

Ile d’Aero, 30 – 40 km de long : une oasis encore plus calme que le reste du pays. Championne du développement durable (prix européen de l’île responsable 2021), panneaux solaires thermiques pour le chauffage, bus gratuit, encore plus de vente d’objets en self-service par des particuliers avec une petite tirelire : habits, bibelots, pommes, miel, confitures, (et bocaux vides ramenés) sont présentés sur des étagères  devant les portes d’entrée. Parfois, une corbeille de pommes gratuites ! mais la saison touche à sa fin, nombreuses au sol mais pas toujours bonnes.

Ah, le vélo, sa lenteur, porte ouverte sur les découvertes spontanées

Aeroskoping: le plus charmant des  ports, la quintessence en terme de maisons à colombages colorées biscornues, roses trémières devant les portes, bougies et objets décoratifs sur les rebords de fenêtres. Un glacier proposant des glaces aux fruits artisanales, riches en fruits, absolument exceptionnelles, l’antidote aux glaces danoises courantes.

Une soirée en haut de falaises de roche tendre, riche en fossiles, endroit idyllique …sauf les nuages de poussière à chaque passage du paysan qui sème.

Le lendemain, samedi, grande résolution de tour à vélo mais une panne de gaz nous occupe. Sans solution le week-end, nous visitons Marstal, un des autres petits ports de l’île, plongeon dans l’histoire de la marine marchande à voiles. Petit paradis hors taxe, les grands voiliers amenant céréales de Russie, charbon d’Angleterre, poissons de Bergen, bois de Finlande et de Suède y faisaient escale. Port d’attache d’un peintre de navires et de paysages du Groenland (Jens Erik Carl Rasmussen) et d’un auteur (Carsten Jensen) relatant cette époque (Nous, les noyés) et la vie du peintre, (le dernier voyage), deux livres que je glisse dans ma « to-read list ». Incroyablement riche mais de présentation désuète, le musée bat le record du nombre d’illustrations et d’objets par mètre cube, avec l’odeur de vieux en prime, ce qui participe à nous plonger dans ce siècle maritime aventureux. 

Cabanes de plage

Dimanche soir

Le magicien d’Alice, version brune, bien dodu dans une prairie ne nous porte pas chance. Le moteur qui remonte notre marchepied fonctionne (ouf, nous pouvons rouler) mais fait un bruit horrible de vieille ferraille pendant un bon moment, à chaque utilisation avant de se taire (Re-Ouf!). Nous utilisons ce marchepied car notre hanneton est haut, vu que sa garde au sol a été surélevée pour lui permettre d’utiliser de mauvaises routes ou chemins. Premier réel incident, je regarde le compteur : 99’999 km ! (Pas triché,  ….promis). Nous n’avions pas de champagne à bord pour fêter les 100’000 km sans pannes ! 

Lundi 5 septembre

Retour à notre petit problème de gaz (bonbonne de réserve suisse sensée être pleine s’avérant vide) et à notre intention de tour à vélo. Le gaz c’est le casse-tête pour qui aime varier ses destinations démontrant la non-harmonisation européenne où elle serait juste pratique et ne porterait pas atteinte à la spécificité culturelle !  Problème résolu grâce à l’extrême gentillesse de la famille gérant le camping de Soby. Nous ne pouvons toutefois pas échapper au fait de revenir avec une bonbonne danoise, enrichissant notre collection. Après s’être renseigné sur la possibilité de remplir une de nos bonbonnes, avoir cherché sans succès sur internet une bonbonne d’occasion, ils nous fournissent une bonbonne danoise à conditions spéciales. Devant tant de dévouement, nous leur demandons une place dans leur camping, mais l’ordinateur est lent ce jour, le camping minuscule bien plein, alors la propriétaire me suggère d’aller me mettre sur la plage et de revenir pour tout besoin telle que la lessive ! (Sans nous acquitter d’un emplacement). Cela va avec le verger de pommiers juste à côté…

Nous pouvons finalement pédaler, contre le vent sur plus de 30 km pour constater que le lundi est jour de fermeture du glacier testé le premier jour. Drame, c’était l’objectif.

Mardi, en retournant au port d’Aeroskoping pour prendre le ferry, RE-drame : le glacier a deux jours de fermeture hebdomadaire…Lundi et mardi.

Svendborg, petite balade admirative sur le quai des voiliers en bois.

Fort de Langeland : une ancienne base de l’armée danoise, donc de l’OTAN, convertie en musée dédié à la guerre froide. Les efforts militaires déployés pendant cette période, l’importante perception du risque, le recrutement important de jeunes Danois dans des unités sur terre, sur eau, de protection aérienne et impliqués à l’étranger mais également le scepticisme de certains militants pacifistes y sont abordés. Malheureusement, nous souffrons du peu de traductions en anglais ou allemand. La guerre froide et les risques de guerre présentés comme une page tournée laissent songeurs…

La météo maussade nous pousse vers le sud, et nous nous retrouvons du coup plus vite que prévu en Allemagne. Aie, plus de « Roggeri » (fumoir de poissons) ouvert, les petits achats de maquereaux fumés n’ont pas été possibles. Cette côte du Danemark ne peut laisser personne insensible au charme de ses petits ports. Par contre, les champs à l’intérieur des terres sont un peu monotones à notre goût et nous n’avons pas vu de belles plages de sable comme au bord de la mer du nord. Nous ne sommes toutefois pas allés aux destinations réputées pour la baignade, nous sommes en septembre et depuis notre retour de Bergen, la météo a tourné en lumières automnales.

Nous gardions un excellent souvenir des plages de la Baltique allemande longées lors de notre voyage à vélo, qui date quelque peu (2010). Mais dans cette baie de Neustadt en Holstein, les campings sont denses, la côte construite, nous trouvons une ferme accueillant les nomades de notre style ; la pluie nous fait renoncer à flâner dans les rues de Lübeck. Pendant ce temps, vers Lausanne, l’eau monte dans la cour de notre ancienne maison, chez notre fille et sa famille. Autant rouler pour profiter du soleil quand il sera revenu en Suisse.

Arrêt à Seebourg, puis à Bald Waldsee, patrie des campings cars Hymer, (tout près du lac de Constance). Au moins, nous pouvons savoir quelle pièce est à commander avant de donner notre Hanneton pour réparation du marchepied, ce sera certainement un gain de temps énorme.

Nous nous réjouissons beaucoup de retrouver toute notre famille à Amden où nous avons organisé un week-end de regroupement familial. Amden? Juste logique entre Bretigny, Innsbruck (notre fils est en congrès) et Paris.

Les dunes de la mer du Nord puis un saut à Bergen, 14-29 août 2022

La fête chez nos amis : une belle soirée sans vent, une halle à bateaux transformée en halle de fête, un orchestre , des food trucks, un bon mélange  de générations, des Québecois prêts à venir skier chez nous,  un bar à cocktail et un barman pro, une nouvelle occasion de boire un bon vin blanc allemand.

Le lendemain de la fête, en selle pour le château Renaissance de Glücksburg. A l’époque, mariages plutôt que réseaux sociaux, Christian IX, un de ses propriétaires surnommé le père de l’Europe, a établi de nombreux liens entre familles royales, de la Suède à la Grèce grâce à ses nombreuses filles.

Puis départ pour Flensburg, ville sympathique, ses quais sentent les vacances, j’adore toujours autant les vieux voiliers en bois.

Nous dégottons un mini-bistrot dans une ruelle pour un petit dîner. Quelques tables aguichées sur une mini-terrasse en bois, un ou deux plats proposés, très simples, la fille du patron aide au service, une ado, ce n’est même pas 15h et elle est déjà rentrée de l’école. Un petit coin hors du temps, alternatif et propret sans être bobo-chic. Par contre, durant ce voyage, nous constatons que l’utilisation vaisselle non jetable n’est pas du tout répandue dans les snacks, dommage.

Une nuit bien au calme le long d’un chenal du port et nous partons pour la côte ouest, au sud de Hvide Sande.

Nous campons entre lagune et mer, d’un côté les kite-surfs, de l’autre la dune et la plage s’étirant sas fin le long de cette côte. La piste cyclable EV12 (piste nationale N°1) serpente entre la bruyère, les monticules et les résidences de vacances, en deçà de la dune, bucolique, un peu ensablée parfois. Ce cordon de sable créé par le vent aurait totalement fermé la lagune en un lac si une écluse n’avait pas été aménagée à Hvide Sande. L’atmosphère de ce port développé il n’y a qu’un siècle lors de l’aménagement de l’écluse est particulière, entre port de pêche industrielle et station touristique.  Tout le monde se rend au magasin de poissons, le fumoir est sur place.

Le plaisir de voyager c’est d’essayer de comprendre ce qu’on voit….alors cette structure sur 4 pieux, en partie dans l’eau?

Ce bateau peut soit flotter et être autonome pour se déplacer, soit être stabilisé par les pieux, soit être totalement surélevé, reposant totalement sur ses 4 pieux, posés sur le fonds de la mer. Son équipement de grue sert à la construction des socles, et à la pose des mâts et des pâles d’éoliennes en mer, travaux exigeant grande précision et stabilité. Il est vrai que le paysage en est couvert. Ce sera notre apprentissage du jour avant de pédaler pour rentrer à notre Hanneton, tout en grimpant pour voir la mer de temps à autre.

L’architecture en briques de Ringkobing, les entrées surélevées, une ambiance au passé industriel.

En reprenant la route vers le nord, la flore se modifie, moins de bruyère, moins de vert, des herbes sèches, des falaises de sable nous offrant une place 5 étoiles près du phare de  Bovbjerg à Ferring avec vue sur la mer et coucher de soleil, mais soirée à l’intérieur; il vente, et nous ne sortons de toute façon pas la table sur les emplacements dans la nature.

Nous partons voir le phare et …un panneau propose un parcours vélo panoramique. Adjugé, nous pédalons à l’intérieur des terres, d’églises blanches en collines, les rouleaux de paille attendent dans les champs d’être amenés vers les fermes. Là, le tableau serein et grandiose perd de son charme ; alors que les fermes sont de belles bâtisses en briques, immenses, elles sont affublées de longs hangars à cochons, l’odeur de la mer n’arrive pas en étouffer les émanations.

Nous passons près de plages calmes, ambiance de lac mais d’eau salée, puis à Lemvig, petite station balnéaire. La boucherie y est très alléchante, le porc sous toutes ses formes ! Mais le coup d’oeil jeté dans un hangar ne nous a évidemment pas convaincu.

Il paraît que notre altitude ne dépassera pas 53mètres et pourtant que de minuscules grimpettes, raides, du gravier parfois aussi, nous rentrons bien fatigués (route 409 , 50 km), passant à nouveau vers le phare et les falaises de sable les plus élevées du Danemark. L’érosion œuvre, un bout de la piste cyclable doit être contourné car il n’existe plus, tombé en bas de cette falaise. Des panneaux parlent de naufrages, nous rappelant que l’ambiance chaude et ensoleillée n’est pas la règle, et que l’hiver doit être extrêmement rude. Pour le moment, de bonnes vagues, des pêcheurs à la ligne le soir, notre voisin ramène 4 maquereaux mais aucun baigneur ou presque, donc nous aurons à nouveau pédalé et contemplé la mer sans s’y baigner, alors qu’elle a 20°, une hérésie !

Le lendemain, avant de continuer notre route toujours vers le nord, nous nous baladons dans la dune, le long d’un des tracés balisé « Vélo ». A pied, c’est splendide, les rosiers rugueux ont des fruits mûrs, des « gratte-à-culs » gros comme de petites tomates, les argousiers sont pleins de baies orange. Mais cyclistes, choisissez l’itinéraire en deçà de la lagune et non cette piste entre mer et lagune, car nous malaxons le sable …

Rester car c’est beau, partir, découvrir plus loin, s’arrêter un peu pour flegmer, trouver de l’eau, aller en camping nous offrant quelques services utiles, comme la machine à laver ….notre vie est pleine de questions « existentielles », sans réponse correcte ou fausse  mais juste le risque d’y consacrer trop de temps!

Question courses et gastronomie, nous apprécions les tomates danoises, serres ? actives ou passives ? en tout cas moins de légumes et fruits espagnols que chez nous, moins de fruits et de salades en général et, comme nous voyageons pour apprécier les différences et les spécificités de chaque endroit, nous optons pour la cure de poissons, sans la prétendre « bien sous tout rapport, écologiquement ». Nous nous régalons, et voyons les fumoirs, les structures de tri à l’arrivée des bateaux. Nous mangeons donc du poisson local, la plupart comme le maquereau et le hareng, de source sauvage, le saumon, lui étant de production en aquaculture. Au moins, c’est clairement dit quand nous nous intéressons à la question.

Nos hésitations nous mènent à Norre Vorupor, une station balnéaire aux nombreuses résidences de vacances dispersées dans les dunes, un parking où se regroupent les surfeurs, dormant dans van, bus ou voiture, aie ! Des sanitaires publics entretenus participent clairement à ce regroupement bohème, nous admirons la propreté de l’endroit, l’ordre, l’absence de bruit le soir.  Nous sommes les vieux et les seuls sans surf ! Comme bien d’autres, nous allons admirer le coucher du soleil après notre souper, classique mais splendide, rigolote cette immersion dans une zone touristique tellement différente de ce que nous connaissons au sud. Beaucoup de glaces, dégustées en bon pull, des snacks, d’anciens bateaux de pêche rénovés grâce à un projet européen, un grand choix de poissons présentés frais encore dans les caisses remplies de glace ou déjà fumés, le fumoir jouxtant à nouveau le magasin.

Le lendemain, de fortes averses nous font apprécier notre Hanneton comme un palace, puis de magnifiques éclaircies même en ce jour le plus maussade depuis notre départ.

A la plage surnommée « cold Hawai », à Klitmoller, pas de vagues, mais du bon vent. Nous admirons le ballet des véliplanchistes dont les planches ont des dérives à foil et de surfeurs tenant une petite voile sans mât ni câbles, composée de 2 parties, leur donnant des allures de papillons volant sur l’eau. Leur position sur leur petit surf est celle d’un snowboardeur, les pieds ne changeant pas de côté suivant l’amure.

aBeau ballet mais nous décidons de changer de décor, cap sur l’île de Fur dans la lagune de Limfjorden.

Camping en terrasses avec vue, il se dégage de cette île un calme des plus sereins,…un peu farceur, son tour à vélo s’avère peu plat et passablement ensablé! Les plages de galets sont jonchées de coquillages, de coques de couteaux (coquillages allongés) et même de coques d’huîtres. Ce serait un des derniers endroits d’huîtres sauvages. Je vais me baigner le soir, le sable est argileux, nager rend l’eau opaque. Cette île a une géologie particulière, couches de sédiments et de diatomées bien visibles, son argile avait été exploité.

Nous nous rapprochons du week end et d’Hirtshals, et après quelques contacts, nous décidons d’aller passer le week end chez notre fils Joseph, à Bergen. Auparavant, nous marchons dans les dunes autour du phare de Rudbjerg Knude. L’érosion de la côte est impressionnante, il reste le cimetière, l’église a dû être détruite car elle était en mauvaise posture. Un touriste allemand me parle de maisons où il a passé ses vacances dans sa jeunesse qui sont à la mer, de splendides résidences à baie vitrée sont très près de la falaise de sable. Beaucoup de monde se promène dans cette dune, toboggan de sable fin marrant, présenté comme une curiosité naturelle. La luminosité du sable extrêmement fin, la météo splendide masque le côté dramatique de l’endroit et de cette érosion ; le réchauffement climatique augmente les tempêtes….Le phare est une telle attraction touristique, qu’il a été « sauvé » en étant déplacé de 80 mètres en 2019 malgré son poids de 700 tonnes, pour éviter qu’il ne s’effondre. Plus assez visible, trop entouré des dunes, il n’est plus en fonction.

Pour la nuit, nous sommes restés loin de la falaise …

Nous filons au nord et les plages deviennent de plus en plus idylliques, du joli sable, sans cailloux, eau claire, pas de vagues, un peu d’air rendant les 28 degrés agréables, arrêts baignades, notamment au nord de Lokken, en pensant chaque fois que ce sera le dernier de la saison. Bon, Pierre-Olivier ne demanderait pas mieux, il a la fausse impression que l’eau devient fraîche….20° selon le relevé quotidien publié.

A Hirtshals, port qui n’a pas plus d’âme que lors de nos derniers passages, nous confions notre Hanneton aux bons soins d’un parking d’hôtel rôdé à la démarche et à nous le buffet de poissons du ferry, la nuit à bord.

Le lendemain, vendredi, dîner avec Joseph sur un banc en ville pendant sa pause de midi, lunettes de soleil requises, cela mérite d’être souligné à Bergen ! Excellente soirée chez lui, Il nous héberge, c’est aussi sympathique que petit, la vue est splendide le lendemain matin, encore du soleil.

Samedi, grimpette à Ulriken, quelque 1300 marches d’escaliers, (leur descente l’après-midi demandera plus de patience à mes coéquipiers), quelques nuages, puis à nouveau du soleil avant de repasser une seconde soirée ensemble. Le lendemain dimanche, nous reprenons le ferry en milieu de journée et le laissons préparer sa semaine de travail sur le terrain.

Bergen avec le sommet d’Ulriken à droite, vers l’antenne

Départ pour le Danemark, 3 – 13 août 2022

Un mois au chalet à vivre sur la terrasse en shorts,  une grosse flegme vu la chaleur, quelques baignades à Frience, d’excellentes retrouvailles avec les copines du travail, aussi en vacances définitives, et nous voilà repartis avec notre hanneton et nos vélos pour des excursions à la journée, plus indiquées pour le moment. 

Un arrêt à Scherwiller (Alsace), histoire de dormir après une dégustation de vins bio.

Après une soirée à Göttingen, où nous y prendrions même l’habitude d’y manger au café de l’hôtel de ville, nous arrivons sur la côte ouest allemande de la mer du nord.

Bösum: charmante découverte, vent, soleil, bateaux de pêche, plages et lagunes aménagées, Strandkorb alignées sur le sable, restaurant de poissons, vente directe de maquereaux et harengs fumés, vinaigrés ou aigre-doux, tous les symboles de la mer du nord dans cette petite station touristique groupée autour de son phare rouge et blanc.

6 août:  c’est parti pour une journée vélo, vers le nord le long de l’EV12 (Eurovélo de la mer du nord), balisée à l’intérieur de la digue, mais nous reviendrons par l’extérieur, beaucoup plus intéressant. La digue est recouverte de prairie, peuplée de moutons. A l’extérieur, le terrain est drainé, de petits « murets » de branchages et de paille retiennent les sédiments déposés, des petits canaux et quelques stations de pompage permettent de maintenir ces terres non inondées, ou moins inondées à marée haute. Les moutons,   comme les échassiers et de nombreuses hirondelles, profitent de ce magnifique espace. Même si ce temps sec et la fin de l’été ne sont pas les meilleures conditions pour admirer les fleurs, nous en admirons quand même, toutes adaptées à cet environnement salé. Ambiance contemplative à souhait: une piste cyclable droite et plate, des moutons partout, parfois la mer, parfois que des polders,(ou koog, ou vasières ), une pause dans une Strandkorb  et une lumière qui varie vite, avec beaucoup de soleil, des nuages, quelques gouttes et toujours du vent. Notre but du jour sera l’embouchure de l’Eider, traversée par un tunnel routier, sorte de tuyau de béton hors de l’eau, sur lequel la piste cyclable et piétonne est aménagée. D’un côté du passage, une écluse, que la route traverse également sur un pont levis. Ces écluses le long de la côte sont fermées en tout cas lors de forts vents d’ouest, de tempêtes pour protéger l’intérieur du pays des inondations.

A Husum, nous arrivons le dernier jour de la fête du port, beaucoup de monde, quelques carrousels, « street food », musiques, il fait bon même le soir. Un théâtre de marionnettes extrêmement simple: un conteur, 3 marionnettes sur bâton, un décor et une histoire de pirates a un franc succès auprès des petits mômes; quel plaisir à l’époque des écrans! Quant à nous, soirée de musique celte.

Le lendemain, la presqu’île de Nordstrand à vélo, la piste est à l’extérieur de la digue, nous pédalons parmi des centaines de moutons, « piétinez-bien », vous solidifiez les terres gagnées sur la mer! La digue ne date que de 1980, auparavant les inondations étaient plus fréquentes. Etant en haute saison, contrairement à nos habitudes, et le long d’une côte touristique, j’avais réservé un emplacement dans un camping, ce qui s’est avéré totalement inutile. Nous avons une magnifique place car à l’abri du vent et toute proche de la mer, c’est-à-dire qu’on donne droit sur la digue!

Le parking du quai d’embarquement à Nordstrand sera une place tout aussi calme. Excursion en bateau pour l’île d’Amrum,  et sa plage de 10km de sable blanc. Nous choisissons de marcher dans les dunes, le long des sentiers bien aménagés pour préserver ce biotope si fragile. La bruyère en fleurs, la multitude de mini-collines de sable, la plage blanche tellement large, deux phares et une belle forêt, le coup de foudre pour moi.  Nous finissons par tant marcher (Norddorf -Nebel par les dunes) que je ne me suis pas baignée!  Nous avons trop chaud avec nos souliers de randonneurs! On ne se change pas, souliers, sac à dos, mini-pharmacie, eau, pic-nic,….nous avons tout! La  baignade se mériterait aussi, il faut brasser le sable hyper fin sur des centaines de mètres avant de se mouiller.  A marée basse, en fin de journée, notre reprenons le bateau à regret. Il se faufile et se tortille pour suivre le balisage, touchera une fois le fonds et excellente surprise, nous passons à côté de quatre phoques se prélassant sur un banc de sable.

Hameaux fermiers, une vingtaine d’habitants par îles

Nos tout petits pas de hanneton, nous mènent à Ribe, plus ancienne ville du Danemark. Maisons à colombages colorées,  paraissant très anciennes, d’autres toute blanches qui sont en fait les plus anciennes, épargnées par le grave incendie du 17ième siècle , comme nous l’apprend la visite nocturne à pied guidée par un veilleur de nuit. Petite ville très touristique mais au charme fou, c’était le principal port de commerce danois au Moyen-Age. Nous soupons dans une des plus anciennes auberges, biscornue à souhait.  Un parking est à disposition des camping cars pour 2 nuits tout près du centre, superbe accueil qui favorise la tentation du restaurant!

L’anneau métallique supérieur montre le niveau de la plus grande inondation de la ville (+ 6m en 1634)

Excursion en tracto-bus  à l’île de Mando. L’accès est un chemin en graviers plus ou moins inondé suivant la marée. A posteriori, faisable à vélo et en camping car , moyennant de choisir la bonne tranche horaire relativement à la marée. L’île est si petite qu’un transport collectif est de toute façon judicieux. Nous marchons dans l’eau tiède, vraiment tiède, pas juste pour moi, de la mer du Nord. Un bras de moins d’un mètre de profond nous sépare d’un banc de sable où des formes arrondies vues aux jumelles doivent être des phoques. La marée basse laisse apparaître des milliers de monticules de sable moulés, déjection de vers. Il y a des baigneurs, on se lézarde au soleil, juste un peu d’air, une météo des plus agréables à défaut d’être habituelle, et saine pour la planète.

Le centre des visiteurs de la merdes Wadden, Vadehavs centret, présente le plus grand marais d’Europe, étape lors de leur migration pour 12 millions d’oiseaux, de façon artistique et instructive, en anglais et allemand en plus du danois évidemment. Nous contemplons surtout les photos, vidéos conscients de notre capacité très limitée à retenir des noms d’espèces! N’étant pas à la saison des migrations et n’ayant pas vu les phoques de près, ce qui au moins a l’avantage de ne pas les déranger, nous complétons notre vision réelle du paysage en se détendant devant ces présentations artistiques.

Le thermomètre ayant l’abonnement au 29 degrés, nous partons nous baigner la fin de l’après-midi au sud de l’île de Romo. Après avoir marché un bon moment dans le sable parmi les chars à voiles, nous réalisons que les baigneurs sont encore plus loin, et que leurs véhicules sont parqués sur la plage. Le Hanneton s’offre donc un moment de rêve de retour aux US, à nous le sable. Ainsi nous atteignons finalement l’eau, et elle est tempérée pour ne pas dire tiède. La marche continue, c’est tout aussi plat dans l’eau que sur la plage, mais nous pouvons finalement nager, sans toutefois être parvenus à n’avoir plus pied. Nous quittons cette île très touristique pour dormir dans un camping à la ferme, à recommander aux petits enfants tellement le bac ou plutôt la parcelle de sable est grande et nombreux sont les tracteurs à pédales.

Le prétexte à ce périple au Danemark est une invitation par des amis rencontrés sur le cargo nous menant à Halifax en 2019 à leur fête de mariage. Nous nous installons donc parmi les autres invités venus avec caravane ou camping car sur leur terrain, à Dollerup (Allemagne).

Bergen, retrouvailles

Nous déménagerons le 12 août, cela nous laisse le temps de vite profiter de l’ouverture de la frontière norvégienne pour aller voir notre fils Joseph à Bergen. Départ le 15 juillet pour une halte extrêmement gourmande en Valais, à Bürchen, vive les Smartbox.

L’Allemagne le week end, c’est l’autoroute avec très peu de camions, mais un énorme trafic. Première nuit, au sud de Hambourg, arrêt au Vogelgarten de Walsrode, sorte de zoo d’oiseaux, dans une vaste forêt servant aussi de halte pour les migrateurs. La forêt est grande, nécessitant une promenade de quelques heures pour en profiter alors ce sera pour une autre fois. L’endroit calme est idéal pour une nuit d’étape. Le jour suivant, arrêt à Langballigau, près de Flensburg, la Baltique, les petits pains au poisson, l’ambiance de bord de mer, avant de retrouver nos amis Henning et Bianca qui nous font une visite de leur nouveau chantier: une ancienne ferme et ses annexes en cours de rénovation pour faire un camping à l’américaine (très grandes places avec des coins pour le feu) et des appartements de vacances. Leur camion aménagé, quasi home-made, que nous connaissions depuis notre traversée partagée de l’Atlantique, leur sert de domicile pendant les périodes de chantier.


Nous visualisons bien les futurs appartements de vacances et l’emplacement du camping. L’ambiance est dynamique,  nos amis sont architectes et charpentiers,  la famille au sens large est impliquée, complétée par un compagnon charpentier très engagé, ne se déplaçant de chantier en chantier qu’à pied ou en stop avec son minuscule bagage dont le portable est exclu. Ceci dans le but de compléter sa formation.

Le soleil et une chaleur inhabituelle baignent les bords de la Baltique depuis plusieurs semaines, mais pour notre soirée, il souffle sur la grillade.

Il n’y a pas foule pour embarquer….sur le ferry parti du Danemark. Nous nous réveillons tôt pour admirer Stavanger et la côte…..Surprise, ciel gris,  bruine, brouillard, on reprend la grasse matinée.

Nous retrouvons Joseph près du port et de son université. On transbahute dans sa voiture louée, chaises,  cadeaux de Noël encombrants et autres fins de déménagement,  la répartition des affaires familiales est un cycle perpétuel qui se ralentit ….
Installation à « Middtun motel et camping », à 10-15 km du centre, pratique pour rejoindre Bergen à vélo  après un galop d’essai assez catastrophique pour trouver le meilleur parcours. Nos monstres électriques sont bien confortables pour grimper au-dessus du centre, où habite Joseph. Première soirée, grillade dans son mini jardin à la vue panoramique sur Bergen. Excellente soirée de retrouvailles, encore absolument imprévisible il y a une dizaine de jours. Joseph va bien, après cette période si longue  d’absence de vie sociale et de télé-travail, ce démarrage d’une nouvelle activité professionnelle en étant cloîtré. Drôle de revoir certains de nos meubles, différentes  vaisselles  de nos mamans ou des objets que nous leur avions offerts.  Mélancolie, nostalgie ? Surtout joie de leur voir une nouvelle vie, dans notre famille.


Le lendemain, nous tentons une sortie avec le petit  voilier d’un de ses amis, mais le moteur boude. Souper à nouveau chez lui, dans sa cabane comme disent ses amis, boisée à l’intérieur comme à l’extérieur. Le quartier est chic, avec cette vue incroyable , la belle lumière du soir, mais l’habitation est une ancienne petite maison peu rénovée.

Excursion à Rosendal, en bateau, visite de la roseraie, splendide pendant que Joseph travaille.

Son amie Victoria est arrivée, son bagage resté à Paris. Nos soirées festives, le retour à notre Hanneton prenant quasiment une heure, le jour qui n’en finit pas, l’absence de moments de pluie,   (oui pendant la semaine de déluge en Suisse)…bien des raisons  pour lesquelles j’ai totalement négligé le blog que j’aime écrire.

Vue incroyable depuis le haut du funiculaire, Floyen.

La marche  vers Ulriken est remise à une autre année car les nuages sont bas, le temps un peu incertain. Mais en fin de journée ….baignade devant l’université, en pleine ville, l’eau n’est pas froide (20C) mais Pierre-Olivier a décidé de garder les affaires (!). Souper en terrasse dehors, c’est l’été, enfin presque .

Week end du 24-25 juillet: départ en bateau pour le Sogneford, le plus profond et le plus long des fjords, magnifique.

Arrêt à Aurland, stop incontournable à la boulangerie locale et bio, car nous suivons Joseph dans ses habitudes de terrain. Nous démarrons notre grimpette par une bonne heure de petite route bien au soleil, sous une canicule plutôt méditerranéenne que norvégienne pour continuer par un bon chemin très raide dans une forêt fort variée. Les bouleaux, parmi bien d’autres essences,  et les framboises s’estompent pour laisser l’espace aux saules de Laponie, arbustes très bas vert tendres, myrtilles, mousses et cailloux. Vers 1000m. d’altitude, nous atteignons Joasete, l’alpage où Joseph et toute l’équipe du projet de recherche ont un de leurs endroits d’étude. La vue sur le fjord 1000m. plus bas est magnifique, l’endroit est peu pentu, quelques sommets bien doux nous entourent, ainsi que quelques bons gros moutons. Une grande sérénité, beaucoup d’espace, une palette de verts et de gris, nous sommes conquis. La météo est au beau, un peu orageuse le soir. La cabane servant de logement aux petites équipes de 2-3 chercheurs séjournant sur l’alpage pour des périodes de quelques jours a été mise à disposition par le paysan possédant les moutons et une ferme située dans la montée. Petite cabane où les souvenirs familiaux du paysan ont laissé un grand nombre d’objets insolites,  meublée d’une étagère avec quelque vaisselle, 4 lits n’ayant pas tous la taille adulte, un petit poêle sur lequel Pierre-Olivier prépare notre fondue.  Nous passons une excellente soirée, sans prolongation car les 3h30 de montée directe, le lever matinal pour rejoindre le port, et la chaleur du début de la montée nous font vite bien dormir. Arrivés bien collants, nous avons dû remonter le lit du ruisseau à sec, pour trouver un filet d’eau, sommes-nous au Maroc? Le paysan est en soucis pour ses moutons, ce problème est tout-à-fait nouveau si tôt dans la saison.

Pendant ce temps, notre fille Nathalie et sa famille étrennent leur tente sous des sceaux d’eau en Suisse.
Joseph nous montre le carré de terrain expérimental et son appareillage. Leur terrain est quadrillé en petits emplacements dont les traitements varient. Par exemple, pour simuler le réchauffement climatique, des mottes de sol sont transplantées à une altitude inférieure, dans un autre terrain expérimental situé vers la ferme.  D’autres mottes proviennent, elles, du terrain situé quelque 400m. plus haut. L’effet du bétail est étudié par l’adjonction d’azote simulant le fumier et par coupage de la végétation aux ciseaux simulant l’action de brouter.  Sur chaque emplacement, une chambre le plus hermétique possible est posée les jours de mesure, la concentration en gaz carbonique et en oxygène étant suivie dans le temps par un nombre inimaginable de mesures extrêmement rapprochées permettant de dégager des courbes de simulation. La chambre est obscurcie pour pouvoir différencier l’effet de la photosynthèse de celui de la respiration.  La caractéristique vraiment impressionnante de telles études est le côté bricolage sur le terrain, couplé à une gestion informatique extrêmement complexe d’un nombre  inimaginable de mesures brutes.  C’est en tout cas, cette dualité que je ressens comme scientifique d’une autre génération, dualité qui va comme un gant à des jeunes aimant l’aventure du plein air tout en se formant à une recherche scientifique pointue très professionnelle. Maîtrise de modèles mathématiques, physique, statistiques, programmation, mesures de concentrations de gaz se mêlent et se complètent pour modéliser les échanges de carbone et prédire l’évolution de l’écosystème alpin et de son impact sur le bilan de CO2 dû aux perturbations climatiques actuelles et à venir. Mais le promeneur et  Bob le mouton foulent ces mousses et arbustes en toute rêverie, le paysan , lui, est bien intéressé de l’évolution qu’il devra donner à ses activités.

Retour par la ferme , histoire d’acheter quelques saucisses de chèvre et dîner près de LA boulangerie, avant un  retour en bateau tout aussi ensoleillé.

Moment loufoque: nous prenons un kayak de l’organisation « greenkayak » et pagayons dans Bergen pour collecter les déchets. Collecte très pauvre, pas de photos en route, nous ne nous sentions pas assez experts pour prendre du matériel sensible avec nous! Mais j’adore les manoeuvres et  demi-tour entre les voiliers amarrés du port.

Visite du charmant musée en plein air du vieux Bergen, « Glamle Bergen museum », réunissant d’anciennes maisons déplacées dans ce petit coin de Bergen nord, tout près de l’eau, pour les sauver de la démolition.

Retour à vélo par la Fjell veien (route de la montagne) revenant au centre par les hauteurs  le long d’un itinéraire piéton-cycliste très agréable, surplombant la ville.  Nous avons la chance de visiter le bateau d’un ami de Joseph, réplique d’un ancien voilier,  lieu d’habitation, comme bien d’autres bateaux de la marina.
Après cette bonne semaine, c’est le moment de partir six jours de notre  côté avec notre Hanneton.  Nous traversons quelques hauts plateaux, entre Flåm et Aurland par la route d’été aux points de vue époustouflants, et nous arrêtons à Undredal, le village de production des fromages de chèvres « blancs »,  par opposition à la spécialité norvégienne de fromage de chèvre sucré, brun, au goût de caramel nommée « brunnost » que peu d’étrangers apprécient apparemment.

A Undredal, la terrasse du camping est au bord du fjord, à raz l’eau. Par la route 50, contournant le parc du glacier d’Harvanger par l’est, nous traversons à nouveau un plateau d’altitude, l’occasion d’une magnifique balade vers des cascades, glanant quelques premières baies arctiques et myrtilles, peu de fruits sont déjà mûrs. Le vert des saules de Laponie est très doux, le sol est meuble mais un bon sentier donne envie de partir pour quelques jours. Le temps est beau, parfois nuageux.

A Hausgastol, nous prenons le train pour Finse et continuons à vélo sur le plateau le long de l’ancienne route ayant servi à la construction du train, actuellement la piste cyclable la plus populaire du pays. Névés proches, calotte glaciaire au loin, végétation basse, fraîcheur, nombreux petits lacs d’altitude, toute une ambiance nordique. Une famille repeignant sa maison de vacances nous explique qu’ils pratiquent le ski de fonds surtout et le ski sailing sur les lacs, c’est-à-dire du windsurfing à ski. Nous redescendons à Hausgastol à vélo, la gare nous offre une place calme pour la nuit, l’occasion d’échanger avec quelque autre vacancier norvégien. Le train se réserve si longtemps à l’avance que nous avons eu des billets grâce à une famille norvégienne nous faisant profiter de leurs billets non utilisés, encore un de ces coups  de chance comme seuls les voyages nous en offrent.

Nous rentrons en longeant le fjord d’Harvanger par le nord, nous arrêtant à la chute  Voringfossen avant Eidfjord, à Ulvik à  une splendide terrasse au bord du fjord  bordé par les vergers et à Oystese pour acheter du cidre. Cette côte est riche en vergers de pommiers, mais la saison débute en septembre; par contre nous nous régalons  de cerises (spécialité de Laerdal) et de framboises.

Pour notre dernière soirée norvégienne, nous campons sur l’île de Sotra, à Skogtun, avec une vue incroyable sur les îles, les rochers, les pins. Le ciel est bleu, la lumière étincelante, mais l’impression d’être au sud disparaît dès qu’on sort: il souffle et fait frais, bon pull pour nous, tenue de plage pour les locaux.

Après un dernier déjeuner chez Joseph, rentrés avec Victoria de leur trek autour du glacier d’Harvanger, nous prenons le ferry, 3 jours plus tard, nous mangeons notre traditionnelle fondue de retour. Le Hanneton  se vide, les cartons se remplissent, et moins d’une semaine après notre retour, nous emménageons dans notre nouveau logement.

Le retour: 10 – 29 août

Halifax – Hambourg:
Traversons l’Atlantique à bord de l’Atlantic Sun, un des deux plus grands navires jumeaux étant équipés pour le transport des containers, et des véhicules, plusieurs étages de garages.

Avons appareillé avec un jour de retard à cause d’une erreur de manoeuvre lors du chargement d’une machine de chantier ayant eu comme conséquence d’endommager une porte, devant être réparée pour que nous puissions partir.


Souvent du soleil, une cabine avec fenêtre, des chaises sur le pont, vent arrière de sorte que nous pouvons être dehors en ne sentant aucun courant d’air, même à une vitesse de 35 km/h, (plus de 19 noeuds), donc une belle traversée, très rapide. Seul notre capitaine est très en soucis car il a donné rendez-vous au pilote de port de Liverpool en s’engageant à rattraper le retard.

Un matin, réveil dans un brouillard épais, aussi dense que celui qui nous fait perdre l’équilibre sur les pistes de ski! Impressionnant d’être sur le pont, aucun repère, on flotte dans le coton et on continue toujours à presque 20 noeuds.

Nos co-passagers sont trois étudiants, scientifiques, intérêt respectivement pour la physique liée à l’environnement et aux conséquences économiques du réchauffement, pour l’écotoxicologie de l’’eau, et la génétique, tous ayant modifié leur façon de vivre pour diminuer leur impact CO2. C’est dire que les discussions sont d’un niveau élevé, ils rentrent très critiques face aux Américains après leur séjour dans la Silicon Valley par exemple. Tout se passe très bien, même si l’ingénieur des machines est plus enthousiaste pour nous montrer les pistons que le traitement des eaux usées, ou que le capitaine très fier de ce bateau « green », c’est-à-dire équipé d’un filtre spécial pour retenir les composés soufrés entre autres, de sorte que notre fumée est blanche, spécifie qu’évidemment le filtre est enclenché que dans les zones spécifiques où cela est requis!
Parmi les bons moments, quelques soirées de jeux comme le Quoridor,

aie….ils sont jeunes, rapides, réfléchissent avec stratégie…mais doivent quand même se mettre à deux ensemble pour battre P.-Olivier aux échecs! Nous nous retrouvons un autre soir les 3 filles devant les cartes du Dobble, Sarah aimerait trouver le schéma mathématique pour sa création. Alors si vous voulez de la gymnastique à neurones: il y a en tout 50 symboles différents, 55 cartes comportant chacune 8 symboles différents, et toute paire de cartes a exactement UN symbole commun. Comment créer les cartes, pourrait-il y en avoir plus? (en fait, 57 serait le maximum).

L’arrivée à Liverpool est impressionnante, le navire remplit l’écluse, il reste entre 20 et 40 cm de chaque côté, et on y arrive de biais! Notre paquebot fait 300 m. de long, à « enfiler » de biais et à ressortir en droite ligne; silence et concentration dans le pont de pilotage, nous sommes envoyés sur le toit, pour suivre à plus de 40m mètres au-dessus de l’eau la manoeuvre sans gêner du tout la visibilité.

Nous pouvons flâner une journée à Liverpool, où l’ancien port a été transformé en zone de promenade très agréable; décidément l’architecture industrielle aux briques rouges nous plaît énormément dans sa version rénovée, y mêlant des lignes et des matériaux modernes comme le verre.

Hambourg: arrivée complexe également puisque nous aurons pilote de mer, puis de rivière, puis finalement de port auprès de notre capitaine. Mais surtout spectaculaire, jusqu’en ville, passant tout près du nouveau bâtiment Elbharmonie, (salles de concert pour orchestre philarmonique, hôtels et….). Le public situé au-dessus de la partie en briques (7 -9 étages?) nous fait signe, nous sommes à leur hauteur, dans une position parfaite pour admirer la ville. Nous irons nous balader au centre, canaux, terrasses, un charmant tout petit bistrot indiqué par des locaux.

Après une matinée de queue et de formalités dont l’utilité et la logique nous échappent totalement, nous retrouvons notre Hanneton, cap sur Amsterdam. Visite que nous résumerons par: des kilomètres de canaux et de belles balades par une chaleur incroyable, des terrasses prises d’assaut par une foule impressionnante et en conséquence pas de billets disponibles pour le musée Van Gogh, mais bien du plaisir quand même.

Etape balnéaire le long de la mer du Nord, en Belgique. Chaleur parfois caniculaire, eau agréable, immense plage, tellement large:du linge à l‘eau, on marche…Paysage pastel à l’extrême, sable beige et brun mouillé, eau gris-bleue, ciel voilé, lumière surnaturelle. Une ligne d’horizon si peu nette, qu’un voilier tout proche, dont la voile et le génois sont bien visibles, semble flotter en l’air, largement au-dessus de l’eau. A ce paysage si spécial, s’ajoute les barres de blocs de béton, gris, surplombant la plage de leur dizaine d’étages. La brume atténue les sons, dans le silence, des pêcheurs ramassent des vers dans le sable, j’observe ce tableau pastel, silencieux mais plein de vie, en appréciant une chaleur y semblant étrangère.


Dernier souper en table d’hôtes dans une ancienne abbaye, l’abbaye du val de Choues, habité par un couple élevant une meute de chiens pour la chasse à courre. Nous nous endormons avec les hululements des chouettes, au milieu de la forêt bourguignonne.
Le lendemain,…..

Ainsi s’achèvent 24529 km, 149 jours de voyage formidable.