Nous reprenons nos montures, le soleil n’est pas de la partie, la pluie non plus. En chemin, la Fosse Dionne, exutoire d’écoulements souterrains provenant du plateau calcaire environnant, quelques beaux lavoirs, le canal, la verdure, le calme sont toujours notre fil rouge.
La fosse Dionne
La météo nous incite à trouver un logement en dur, sans succès. Par contre, une buvette nous tend les bras nous détournant de notre pic-nic de midi. À peine installés sous de grands parasols, une bonne averse surprend tout le monde. La soirée sera sèche, nous soupons au bord du canal à Chassignelles, chez Valérie, son énorme chien aussi doux qu’encomburant et son élégant chat tellement bien nommé Smoking. Le jardin à l’arrière de l’éclusière sert de camping pour les cyclistes, bucolique à souhait (74 km).
Le lendemain, petit retour en arrière pour la visite du château d’Ancy-le-Franc, aux jardins à la française et à l’anglaise, château Renaissance, quelques plafonds splendides.
Autre arrêt culturel à la forge de Buffon,grand ensemble industriel créé par cet important naturaliste, pour la production de barres et autres objets en fer au 18ième siècle. Les 3 roues des Moulins et les bâtiments de belle pierre sont conservés; l’ensemble est d’importantes dimensions car, fait unique pour l’époque, il regroupe la partie industrielle, les logements des ouvriers, celui destiné au comte Buffon lorsqu’il était présent et même une grange à bœufs. Les conditions de travail, entre poussière, chaleur et bruit assourdissant font froid dans le dos.
Descente au pied du haut fourneau
A Montbard, nous ne trouvons pas immédiatement le camping, ce qui nous vaut de monter la tente avec la pluie qui s’intensifie alors que nous avions pédalé au sec. Des cordes pour pédaler jusqu’à notre souper, un bon petit buffet que nous essayons de prolonger en espérant une accalmie pour le retour, en vain ! (45km)
Le jour suivant sera rude, le vent par moment, de nombreuses écluses montantes; cela paraît exagéré mais nous sommes bien surpris de sentir que nous montons jusqu’à Pouilly-en-Auxois, point culminant du plus haut canal de France, à 378 m. d’altitude.
Cette fois, qu’une petite averse le soir lorsque nous avions sorti notre tente pour la sécher dans le jardinet du studio réservé. A Pouilly-en-Auxois, le canal encore utilisé, passe sous la ville par un tunnel de 3333 mètres construit de 1825 à 1832 par 4000 hommes dont des prisonniers; en plus du tunnel, 32 puits d’aération ont dû être percés.
Sortie du tunnel à Pouilly-en-Auxois
Au 19ième siècle, les péniches étaient propulsées par des ouvriers les tirant et les poussant au moyen de perches qu’ils accrochaient dans des « prises » le long des parois du canal large de 5m20, obscur et humide. Les plus grandes péniches sont normalisées à 5. 05 m. de large et 39 mètres de long. La manœuvre le long des 3 kilomètres reste délicate aujourd’hui comme nous l’explique un marin d’une péniche-hôtel. Pour nous, la « descente » vers Dijon est un joli parcours dans un paysage de prairies, étape facile jouant sur certains tronçons à cache-cache avec l’autoroute (62 km).
Le canal de Bourgogne a été construit comme axe de liaison entre la Manche et la Méditerranée. A Pouilly, nous étions sur la ligne de partage des eaux entre la Seine et le Rhône, franchissant à nouveau la ligne de partage des eaux entre les bassins de l’Atlantique et celui de la Méditerranée. Il comporte 189 écluses.
A Dijon, nous apprécions d’arpenter les rues aux belles maisons patriciennes ou plus rustiques, celles à colombages. Une bonne adresse sympathique pour l’apéro, l’Arsouille, plus de difficultés à trouver un petit restaurant simple et authentique, l’aspect gastronomique est bien touristique. Appréciant les bonnes trouvailles et riant des moins bonnes adresses, nous foulons les pavés avec beaucoup de plaisir et une bonne fatigue. Pierre-Olivier arrive toujours à recevoir des conseils de locaux, moi d’une amie.
Bien des adresses mériteraient d’être testées, mais la pluie battante du surlendemain nous fait apprécier de prendre le train pour retrouver notre camping-car à Decize après ces presque 500 kilomètres pédalés le long des canaux. Notre hanneton nous attend, comme le gérant fort sympathique du camping; nous apprenons son souci à notre égard, l’évacuation d’un camping de la région à cause des tempêtes de vent et de pluie.
Suit une soirée récréative, gastronomique et chaleureuse chez des amis à Vallon-en-Sully. Le lendemain, départ en direction des Landes pour aller pédaler le long de l’océan, histoire de changer de décor et de troquer le bœuf Charolais contre les fruits de mer. Mais panique à bord ou presque, je roule en 6ième sur l’autoroute quand je ne peux plus rétrograder de vitesse et le changement de conducteur n’y change rien !
Un jeune dépanneur nous amène à une carrosserie.
Le patron, fort aimable, et bien rôdé nous propose « sa semaine tout compris » : comprenez le dépannage, la location d’une voiture, les contacts et un délai très court pour changer notre embrayage auprès de son ami mécanicien, l’hébergement dans un hôtel ou un appartement d’un autre ami, tout ceci pour le montant que les assurances européennes de dépannage dédommagent au total. Nous ne sommes pas les seuls dans son petit bureau, sa petite entreprise est homologuée pour aller dépanner sur l’autoroute, son affaire est donc bien rôdée et tout le monde est gagnant. Mais malheureusement l’ATE n’est pas si arrangeante et estime que nous pouvons vivre à Tulle sans voiture de location. J’aimerais envoyer les bureaucrates tester Tulle pendant une semaine !
Nous voilà donc logés dans cette ville, le dépanneur et le mécanicien nous ayant vanté les beaux endroits de la Corrèze. Quelques idées d’excursion sont bien nécessaires pour que mon cerveau s’adapte au nouveau plan. La grisaille de Tulle étirée le long de la Corrèze, (la rivière) ses quelques tours sans style dépassant largement de façon totalement choquante du reste du bâti, ses enseignes fermées, la moiteur de l’air, vraiment je n’arrive pas du tout à apprécier cette ville.
Depuis notre fenêtre, le « brutalisme »
Nous planifions notre visite de la région avec notre voiture louée et décidons de faire confiance au mécanicien recommandé pour soigner notre Hanneton.
Le canal du Nivernais, le début du canal de Bourgogne et un accueil chaleureux et passionnant dans un domaine agricole (25-29 août 2025)
Nous laissons notre camping-car à Decize, au camping à côté duquel nous dégustons un bon souper à la base nautique; grand beau, vue sur le canal.
Lundi 25, nous partons avec Luciférine équipée des sacoches arrière et Monsieur Vélo chargé de ses 4 sacoches et de matériel sur le porte-bagages. Après hésitation, nous prenons notre matériel de camping, histoire de tester comment la souplesse légendaire de mes vieux genoux supportent encore la vie en petite tente. Ce que je n’avais pas vraiment voulu comprendre, c’est que la tente pour Pierre-Olivier comprend le réchaud, la casserole, des soupes, la cafetière italienne du café et du décaféiné. A cela, se sont ajoutés les tomates de notre terrasse les plus mûres, un bocal de confiture et quelques autres provisions de notre frigo !
Nous pédalons par une météo estivale, température bien élevée avec un peu d’air, c’est parfait. Le canal du Nivernais est bien rectiligne au début, le ciel est bleu mais le paysage m’apparaît comme un tableau aux couleurs délavées: les vaches Charolaises blanches dans des pâturages jaunes beiges, secs, à l’herbe rase ressemblant à de la paille. Heureusement, les haies toujours présentes apportent du vert, mais les arbres plus hauts ont des feuilles jaunes brunes. Paysage empreint de soleil, un peu monotone mais un calme absolu fantastique.
Depuis Cercy-La-Tour, le paysage gagne en charme, en nuances de couleurs et en courbes.
Les éclusières (maisons) sont toutes numérotées
La température et les kilomètres nous font rêver d’une terrasse, d’une glace à Châtillon-en-Bazois. Mais que nenni, le supermarché est en-dehors, le village est plutôt désert, nous décidons de camper à Baye, 15 km de plus qui se font bien sentir; par chance en arrivant Pierre-Olivier peut réserver la dernière table au restaurant avant que nous allions planter notre tente encore 2 km plus loin. Partie du parcours sauvage écrivait notre guide, alors effectivement un plein de nature, de calme, de douceur, de romantisme à contempler les quelques bateaux ou jolies péniches bien rénovées que nous dépassons au fil des écluses; mais risquer ne pas trouver bonne chair en Bourgogne, quelle surprise ! Une fois à table, nous nous régalons. (75 km).
Le lendemain, encore une chaleur très estivale, plus de vert sur les rives du canal, nous avançons bien, le calme, l’eau, certaines éclusières et leur jardin font le charme de l’étape. Avant Clamecy, au camping, nous hésitons à continuer lorsque quelques nuages noirs et la lourdeur de l’air nous décident à planter notre tipi. Montée rapidement, un orage terrible éclate à la dernière sardine plantée, suivi de trombes d’eau, notre montage rapide a été correct, nous dormirons au sec ! Nous passons la fin de l’après-midi à attendre que les cieux se calment.
Clamecy est une petite cité médiévale, mignonnette, 2 restaurants ouverts, vite complets et des rues désertes. (54 km).
Par un temps nuageux humide, nous reprenons nos montures, enfiler le cycliste mouillé de la veille avec bonne humeur est le test positif pour conclure que je dors bien sous tente. Ce qui était évident pendant des dizaines d’années mais cette affirmation s’érode avec le temps !
Toujours plus de forêts, souvent l’Yonne se partage en plusieurs bras nous descendons depuis Baye d’écluse en écluse jusqu’à Auxerre; les vignes du Chablis couvrent les coteaux les plus élevés aux alentours (66 km).
Mais pourquoi ce canal du Nivernais a-t-il été construit?
Durant 4 siècles, jusqu’en 1922, le flottage du bois a été une activité économique importante pour la région acheminant le bois du Morvan à Paris comme bois de chauffe. Initialement, les troncs étaient jetés, flottant librement, emportés par le courant (flottage dit à bûches perdues). Puis le charpentier du roi a eu l’idée des radeaux de troncs (flottage par train de bûches). Les flotteurs, ouvriers dédiés au transport devant faire passer les troncs péniblement lors des rétrécissements près d’obstacles comme les moulins, mettaient 6 jours pour rejoindre Paris et revenaient à pied en 4 jours, parfois avec des idées révolutionnaires ! Le bois était marqué par chaque propriétaire, trié dans les différents ports par les femmes et les enfants. A Clamecy, en 1810, 3535 trains de bois sont passés correspondant à des millions de décastères.
A Auxerre, nous nous logeons dans un petit hôtel (Ibis Budget, parfait) pour flâner en admirant les maisons à colombages et l’immense cathédrale.
Le lendemain matin, orgue à la cathédrale, splendide, un de ces moments hors du temps ou plutôt durant lequel nous sommes justement intensément dans le présent, sans aucune place pour une autre pensée; l’imprévisibilité renforce le charme de ces moments, c’est un des aspects que j’adore dans la vie nomade.
Plus pratique, une galerie d’art servant un petit menu de midi plein de légumes et salades, ce dont nous rêvions. Comme la basilique, ancien hôpital civil et militaire a un magnifique cloître; nous nous mettons en route finalement vers 15h pour rejoindre puis longer le canal de Bourgogne, bordé d’arbres et rectiligne, un peu monotone.
Trois heures et 40 km plus tard, nous arrivons chez nos hôtes Warmshower, Jade et ses parents Pierre et Marie-Aleth. Pierre est éleveur de porcs et agriculteur céréalier, Marie-Aleth accompagne des associations d’aide à domicile dans leur démarche qualité et Jade remet ce jour son travail de Master : « Jardins et vergers collectifs, espaces leviers de la transition écologique et sociale : vers des nouveaux métiers ». Nous sommes immédiatement reçus comme des amis, la maison a un charme fou, le jardin est splendide, nous commençons par y sécher notre tente. Jade nous parle de son voyage à vélo jusqu’en Guinée, partie seule pour cette première expérience.
Préparation des mirabelles pour les compotes
Pierre est associé avec son frère pour l’élevage de porcs et à 3 autres agriculteurs céréaliers pour former une association mettant en commun toutes les machines, le travail, les rendements. Ce type de mutualisation est novateur et très rare en France. Il vise à éviter d’être tous remplacés par un seul grand domaine, utilise la complémentarité des compétences, assure une meilleure qualité de vie par l’entraide. Précédemment, la ferme familiale était prise dans l’engrenage de l’élevage intensif des veaux engraissés avec les surplus de lait, les éleveurs perdant terriblement le contrôle de leur exploitation. Pierre a converti la ferme en élevage de porcs, car ceux-ci sont nourris par les céréales produites sur leur domaine ou en tout cas localement, permettant ainsi de revenir à un concept de production où toute la filière est maîtrisée sur place et indépendante.
Quelques chiffres:
168 truies pour 3 personnes à plein temps, nécessitant 168 hectares de céréales, pouvant recevoir les déjections des porcs comme engrais. A l’avenir, il faudrait au minimum 320 truies pour un couple d’agriculteurs.
250 naissances toutes les 3 semaines
850 hectares, gérés par 5 agriculteurs en agroécologie.
Le domaine est certifié concernant la régénération du sol atteinte progressivement en gardant un équilibre entre le nombre de porcs et la surface céréalière et en respectant une bonne rotation des cultures. Le labourage a cessé il y a 17 ans déjà, les semences sont produites sur place, le grain donné aux porcs également, nous voyons la petite usine de fabrication, nous parlons de tonnes.
Pierre n’a pas réussi à passer à l’élevage en plein air à cause des bâtiments hérités à valoriser. Les collègues ou sa parenté qui avaient franchi ce pas reviennent à une exploitation où les bêtes sont à l’intérieur à cause des normes sanitaires, sacrée contradiction face au courant bio, promouvant le bien-être animal ! De plus, l’élevage en plein air requiert plus d’aliments, la truie devant faire face à des variations de température. A cela s’ajoutent d’autres surcoûts, comme la prédation des jeunes et de la nourriture par la faune sauvage. L’ensemble des frais supplémentaires ne peut pas être reportés sur le prix de vente et rend ce type d’élevage difficile économiquement. Pierre et sa fille ont parfois des visions différentes mais sont tous les deux très ouverts et foncièrement conscients et convaincus du changement de société à venir. Pierre souhaite même que son domaine évolue, se transforme, il navigue dans les compromis entre l’idéal et la réalité économique, en se voulant très transparent.
Par exemple, pour nourrir les truies de façon équilibrée, un apport de protéines est nécessaire. L’état ne supportant pas suffisamment la culture des pois et des fèves, Pierre a recours au soja du Brésil, qui doit aussi être supplémenté avec de l’huile de soja. Le tourteau non OGM est disponible, et Pierre pourrait légalement déclarer l’alimentation des ses porcelets “non OGM”. Mais l’huile de soya non OGM n’existant pas, et n’étant soumise à aucune déclaration, ce serait une déclaration légale mais trompeuse. Pierre préfère ne pas se déclarer non OGM et rester plus strictement dans la vérité de la pratique.
Concernant l’hygiène, l’objectif est de produire des bêtes avec un bon système immunitaire. Dans ce but, volontairement aucun désinfectant n’est utilisé, les traitements thérapeutiques sont extrêmement rares, les bêtes sont saines et supportent donc notre contact, le passage des personnes d’un bâtiment à l’autre sans précautions particulières. Les halles d’élevage sont non odorantes, ventilées, éclairées, chauffées. Les déjections tombent, le sol étant à claire-voies. Pierre contrôle la génétique de ses bêtes, sélectionne les truies qu’il va garder comme reproductrice et les porcelets qui partent à la boucherie à l’âge de 6 mois environ.
Les truies ont exactement 2,4 portées par an, 16 porcelets en moyenne par portée. Pendant le premier mois, la truie est isolée avec ses petits et totalement limitée dans ses déplacements pour éviter l’écrasement des petits, qui arrive parfois de toute façon.
De manière plus générale, les bêtes sont libres sauf à certaines étapes sensibles, comme après l’insémination, ou lors de changement de halles pour que chaque bête s’approprie sa place. Ensuite, elles peuvent ouvrir la barrière de leur place mais viennent souvent se reposer dans leur stalle aimant apparemment être tranquilles dans un endroit de sécurité.
Le verrat est parmi ces dames, mais à quoi sert-il ?
Comme marqueur du cycle des truies. Lorsqu’une truie se met vers le verrat, immobile comme une statue, oreilles dressées, elle est prête et se laisse inséminer toujours sans bouger.
Un des problèmes du bio, et des nouvelles normes pour le bien-être animal, la biodiversité ou la santé des sols (interdiction de certains produits par ex.) est que ces mesures ne sont pas accompagnées de limitations de produits d’origine étrangère, où ces normes n’ont pas cours, entraînant un déséquilibre économique non supportable.
Les exploitations toutes petites, plus diversifiées, écologiques ont le mérite d’ouvrir de nouvelles visions qui devront s’imposer dans le futur, sur ce point Pierre et Jade se rejoignent et souhaiteraient une volonté politique pour redensifier les zones rurales avec beaucoup de petites exploitations.
Ce domaine est aussi un site d’essais expérimentaux en collaboration avec l’INRA ou d’autres stations de recherche.
Concernant l’aspect agricole, le domaine est certifié, cultivé en agroécologie, comme seulement 3% des domaines en France. La priorité est la lutte contre le réchauffement climatique, en captant plus de carbone et d’azote dans le sol pour le régénérer. Concrètement, les sols ne sont plus labourés, un mélange de graminées et de légumineuses est semé après les moissons. Ce mélange sensible au gel, déclinera donc à l’automne lorsque les semences de l’espèce de rente (céréale) devront germer et pousser. Cette dernière est donc semée sur un sol recouvert de verdure, comme le préconisait M. Fukuoka pour le riz au Japon dans “La “Révolution d‘un seul brin de paille” en 1975 déjà.
Moissonneuse batteuse, bourrée d’électronique, pouvant être programmée pour suivre des lignes parallèles à 3 cm près.
Nous voyons les énormes machines permettant de semer dans ces conditions, voire de bêcher en surface si cela s’avère un compromis nécessaire, par exemple lors d’années pluvieuses. Ceci peut résoudre le problème des mulots. La priorité est le rétablissement d’un sol riche et équilibré, alors que la culture biologique met la priorité sur la non-utilisation de produits chimiques.
Vers de terre en train de faire ripaille ! !
A terme, l’objectif est évidemment l’agro-écologie biologique; Pierre estime que de commencer par la régénération du sol est plus pertinent et plus efficace à long terme, limitant aussi les pertes de rendement les premières années de transition. L’agriculture biologique nécessite de labourer pour enfouir les mauvaises herbes, l’agro-écologie empêche leur développement par compétition avec le couvert vert. Si nécessaire, la croissance du couvert vert est limitée par du désherbant extrêmement dilué, à nouveau un compromis mettant à mal nos préjugés de citadins ! Le sol s’améliore d’année en année grâce à cette recharge d’azote et de carbone ainsi qu’à la rotation des cultures de rente; à ce titre le chanvre utilisé pour l’huile, le textile et des isolants de construction est très intéressant.
Champ de chanvre
Pour nous, c’est une journée passionnante, que de préjugés remis en cause, que de contradictions mises en évidence avec tellement d’explications passionnantes ! Pour le futur proche, la question est ouverte: d’ici quelques années, une partie des halles seront détruites pour laisser la place à un élevage en plein air ? Utilisées par des artisans locaux pour développer autrement le tissu économique et social ? Jade pourra t-elle développer de tels projets ?
Nous repartons après cette journée de visite et ces deux soirées passionnantes, enrichissantes chaleureuses, en souhaitant que Jade puisse développer ses projets, faire évoluer le domaine et que nous puissions une fois accueillir cette famille chez nous.
Quelques jours à visiter cette ville nous laissent des souvenirs comme si nous y étions une semaine. La vieille ville est de dimension idéale pour l’arpenter à pied, nous trouvons des places de concert pour le jour même, il fait beau, nous profitons au maximum, partant le matin de notre camping pour n’y retourner que pour dormir.
Première soirée, premier pas en ville juste entre la maison de résidence de Mozart et celle de Christian Doppler, le ton est donné. La cathédrale baroque du 17ième siècle est très impressionnante; son dôme est si haut que nous peinons à pencher la tête assez en arrière pour en voir le plafond. Nous pouvons y apprécier un concert d’orgue, la cathédrale en comporte six plus un petit transportable.
La luminosité et la perspective très marquée des peintures sont une découverte pour nous. Dans les salles de résidence du palais, nous apprécions les sols en marbre, ou le magnifique parquet.
Rappelons juste que les archêvèques avaient le pouvoir séculier et religieux, et tenaient à le montrer en exhibant leur richesse. Bien que ni spécialiste de l’histoire de l’empire austro-hongrois, ni de musique classique, nous aimons nous plonger dans la spécificité des lieux que nous visitons.
Château Mirabell
Ainsi, nous écoutons un concert de musique de chambre de Mozart dans la salle du palais Mirabell où Mozart a joué, un concert donné par un duo de jeunes pianiste et violoniste, et finalement nous aurons la grande chance qu’un choeur de près de 100 choristes accompagné d’un grand orchestre soit de passage à la cathédrale pour y jouer le requiem de Mozart. La sonorité est tout-à-fait particulière.
Plus terre-à-terre, nous identifions la bonne adresse pour les tourtes et les « boules de Mozart », (Fürst), et une vraie brasserie (Sternbrau), jardin en cour intérieur, salle pleine de charme pour le soir, saucisse de veau maison et choucroute au cumin à se relever la nuit. Les vins autrichiens ont été laissés bien au sud, ici la bière est reine comme le montre notre recherche infructueuse d’un bar à vins en sortant du concert (vu qu’ici nous ne sommes pas intéressés par les vins italiens des pizzérias! ). Toutefois, en avance, nous fêtons l’anniversaire de Pierre-Olivier dans un établissement au choix de vins tellement étendu que les cépages autrichiens y sont représentés (das Magasin).
La visite de la forteresse dominant la ville nous plonge dans le Moyen-Age. Les salles des appartements sont peintes, les plafonds sont bleus pour représenter le ciel mais aussi parce que cette couleur était la plus coûteuse, à nouveau la richesse devait être très visible, éblouissant les invités. Une poutre porteuse, horizontale au milieu du plafond a 16 mètres de long, construite en imbriquant plusieurs poutres entre elles, taillées en escaliers de façon très spécifique.
Après un après-midi et deux jours intenses à arpenter et visiter quartier de la cathédrale, forteresse, maison de naissance de Mozart , nous sortons de la ville pour monter en téléphérique sur la montagne Untersberg, à 1700m.
Sommet le plus haut des environs, la vue y est plendide sur la plaine de la Salzbach et Salzbourg, les Alpes au sud, et quelques autres sommets plus proches. La base de cette montagne abrite un lac souterrain collectant les eaux de ruissellement, fournissant les 80% des besoins en eaux de Salzbourg. Il fait frais, quelques restes de neige, un pic nic et hop, sitôt descendus, nous voilà en route pour la résidence Hellbrun et ses jardins aux jeux d’eau (toujours en bus pour nous faciliter la vie).
Hellbrun comporte des bassins et fontaines datant de plus de 400 ans pleins de surprises. Des jets d’eau sortent de la gueule et des bois de cerfs à votre passage, les invités attablés à la grande table en pierre au jardin se voyaient arrosés en fin de soirée (arrosée aussi) par un jet d’eau sortant de leur tabouret, et il n’était pas de bon ton de se lever! Le tabouret de l’archévêque, lui, est entouré par les jets mais ne le mouillait pas…..
Nous sommes en plein dans l’époque du maniérisme: le but était de surprendre ses invités, de les étonner, sur une base de décors intégrant la mythologie grecque ainsi que la mode italienne d’où venait bon nombre d’artistes et d’architectes. Des petits théâtres mettant en scènes des personnages animés ainsi qu’une grande scène de plusieurs mètres et certainement plus de 100 personnages animés fonctionnent encore, et tous sont des automates hydrauliques.
Un réservoir situé 10 mètres plus haut, des moulins, et toutes sortes de mécanismes sont en arrière-plan et encore aujourd’hui l’énergie hydraulique est la seule utilisée. Le plus surprenant est peut-être la salle où des imitations de chants d’oiseaux sont produites par un mécanisme de moulin à eau, de pistons et de sifflets placés dans des récipients d’eau plus ou moins remplis. Dans cette salle-grotte au décor de forêt, nous entendons les chants mais ne voyons absolument rien du mécanisme.
Des animations nous paraissent complètement kitsches, comme un monstre qui tire la langue, mais l’aspect technique est époustouflant.
Ailleurs un chapeau triangulaire monte et descend, propulsé par le jet d’une fontaine, symbolisant le pouvoir qui monte et retombe inexorablement.
Une salle dans une des grottes du jardin a l’air de tomber en ruines: elle est en parfait état, voulue ainsi pour symboliser que toute chose a une fin. Nous visitons ces jardins en même temps qu’une classe d’adolescents, les guides se font un plaisir d’actionner plus de fois qu’il n’en faut les différents « jets surprises », visite assez ludique, à faire par temps chaud!
Après ce séjour en ville, nous nous déplaçons au bord du Wolfgangsee, un des nombreux lacs glaciaires de la région de Salzkammergut, littéralement « ensemble de fiefs du sel ». La richesse grâce au sel, similitude avec l’histoire de notre région du Chablais vaudois! Soleil et magnifiques couleurs du lac terminent cette journée relax.
Le lendemain, traversée du lac avec un ferry pour piétons et cyclistes, puis nous visitons St. Wolfgang (on en sort pas dans la région!), mignon mais très touristique, et continuons à pédaler le long du lac, vers l’ouest. Nous avons idée de tenter la montée vers le Schwarzensee, un petit lac situé à quelque 300-400 mètres plus haut. Beaucoup de tours sont proposés, juste que c’est tout-à-fait iconoclaste de ne pas avoir d’assistance électrique. Nous grimpons au Schwarzensee par une magnifique forêt. J’avais crû suivre une boucle vélo, mais c’était un circuit pédestre. C’est beau, raide, caillouteux et nous poussons quelques kilomètres. Mais à l’arrivée, le lac est splendide, entouré de clairières, de petits ruisseaux, relativement peu de monde, un couple de canards comme compagnons de pic-nic.
L’endroit respire la sérénité, moment superbe. Nous descendons par la route vélos et voitures, asphaltée, raide aussi, nettement moins bucolique que notre montée! Retour par le bord du Wolfangsee, malgré le tourisme, toute une roselière est protégée, on ne peut y pénétrer qu’à pied, sur un chemin limité. Une très belle journée, que nous terminons en chargeant Monsieur Vélo et Luciférine de charbon, brochettes, fraises et asperges de la région!
Rust: une petite bourgade aux belles maisons baroques, tout près de la roselière qui borde le grand lac de steppe de Neusiedl.
Rust
Le paysage est plat, la température descend, le ciel est gris.
Nous trouvons notre cabanon dans les roseaux, que nous rejoignons par un dédalle de passerelles en bois. Les crapauds invisibles se font de plus en plus bruyants. Sur la terrasse, une impression d’être immergés dans la vie de ce marais dominé par un ciel aux tons pastels gris nuancés de turquoise. Un endroit pour aquarelliste, je sors la nuit pour imaginer les magnifiques levers et couchers de soleil potentiels.
Plus qu’un temps de visite ou de vacances lacustres, ce sera un temps de joyeuses retrouvailles et de discussions avec notre fils, qui était en congrès à Vienne.
A Rust, dégustation de vins (caveau Gabriel); la famille vigneronne tiend un local de dégustation avec un petit buffet froid, les vins sont servis en 1/16 de litre, très intéressant pour bien découvrir des cépages en buvant très raisonnablement.
Weingut Gabriel à Rust
Le cabanon triangulaire a une sorte de mezzanine atteignable par une échelle et de nombreuses poutres, du charme et quelques bosses si on mesure plus du mètre-septante.
La minuscule cuisine est complétée par un barbecue sur la terrasse, et la douche est dans un autre tout petit cabanon. Les ventilateurs, les moustiquaires, tout est pensé pour le chaud, mais malheureusement pour nous, nous apprécions le petit chauffage disponible. Nous tentons une balade le long de la roselière, jusqu’à Mörbisch aux infrastructures touristiques trop présentes mais absolument fermées, ambiance de station désertée.
Jours de pause, froid méditatif, ciel qui aurait pu avoir de merveilleuses nuances par une autre météo, le thermomètre a passé de 29 degrés à 7, les crapauds se taisent, les oiseaux sont discrets, peu de cigognes nous survolent et seules les oies et leurs oisons restent au bord de la route, en se chauffant sur le goudron.
Après cette pause dans ce cocon de roseaux, nous partons avec notre hanneton autour du lac, le paysage est vraiment plat, le lac brun, car riche en sédiments, le ciel gris, seules les vignes colorent ce tableau très pâle.
Une incursion en Hongrie nous dépayse immédiatement à Sopron, ville très ancienne où nous trouvons grâce à une habitante le bistrot comme on les aime: tout simple, avec des clients locaux.
Sopron
Puis nous faisons route vers l’ouest pour traverser la Styrie. Des montagnes et des cols, quelques stations de moyenne altitude à l’entre-saison et un temps froid et humide. Le projet de vélo le long de la Mur, affluent de la Drave, est abandonné pour cause de pluie et nous continuons par les routes de montagnes jusqu’à Bad Ischl et la confiserie Zauner où Sisi aurait eu l’habitude de se rendre.
En tout cas, cet établissement familial datant de 190 ans vaut le déplacement pour son choix, sa présentation, l’ambiance « bonbonnière ». Kaiser par ci, Sisi par là, les références impériales sont nombreuses, quelques bâtiments splendides.
De plus, un parking est aménagé pour les camping cars à l’entrée de la ville; sous le charme de la bourgade et ayant conduit notre quota, nous y faisons étape et apprécions cet imprévu.
Après un hiver aux belles randonnées à peaux de phoque pour l’un, à soigner sa rouille et ses bobos pour l’autre, et surtout à profiter du soleil pour les deux, nous nous réjouissons de bouger à nouveau. Tout d’abord un petit séjour dans l’Ain, dans les marais de la Dombes avec nos petits-enfants. Camping car et tente pour 3 jours, petit séjour tranquille? Et bien pas vraiment, un sacré défi, réussi en s’étant bien amusé et en ramenant tout le monde et le matériel en bonne forme après avoir eu la pluie et le froid pendant plus de 24 heures, suivi heureusement du soleil pour la visite du « Parc des Oiseaux ».
Puis le départ par un temps pluvieux pour l’Autriche, par Münich vu que le tunnel du Saint Bernard est fermé suite à une avalanche. Ravis de retrouver notre Hanneton, mais pas la circulation si dense qu’à Saint Gall nous nous dirigeons vers Wittenberg où une ferme accueille les camping cars. Endroit insolite, doux mélange de chantiers sentant les projets, ambiance très relax peu accordée ni à l’architecture traditionnelle de la ferme ni à l’aspect résidentiel des villas proches. Nous sommes accueillis en toute simplicité: mettez-vous où vous voulez et les douches, la machine à laver et la crousille sont dans ce container; en sus un message lancé comme une évidence: « si vous vous mettez dans la prairie, je vous sortirai demain » . Alors il pleut, il fait froid et nous sommes précisément dans la prairie pour éviter de gêner la sortie de deux autres véhicules. Après quelques manoeuvres, la situation finale est notre Hanneton bloqué par une cale s’étant enfoncée dans la prairie et coincée dans le logement devant une roue, donc en position tout-à-fait verticale et des plaques de désensablement inutiles dans ce terrain déjà bien creusé. Notre hanneton est fixé dans la pente. Nous dormons sur nos deux oreilles après avoir eu le propriétaire au téléphone pour confirmer que nous acceptions son offre. Le lendemain, à peine les deux yeux ouverts, hop voilà notre hanneton remis sur le chemin en quelques secondes, remorqué par le pick-up du propriétaire. Notre homme s’est montré d’une efficacité et d’un dynamisme génial, et en plus n’a rien voulu en remerciements, ni vin, ni chocolat. Sortir les camping cars avant de partir semble une routine absolument rôdée.
Le lendemain, route vers Salzbourg, circulation dense, bouchons, autoroute fermée pour cause d’accident, et nous arrivons finalement vendredi après-midi à Dellach im Drautal, en Carinthie au bord de la Drave. Du vert, des forêts, un parcours encaissé entre les montagnes et la neige pas loin, tel est notre traversée nord-sud de l’Autriche en quelques mots. Pourquoi cette vallée de la Drave? Pour nous remettre au vélo de façon douce et facile, en découvrant une région qui nous est totalement inconnue et rejoindre notre fils qui se trouve à Vienne pour quelques jours. De plus, c’est l’extrême sud de l’Autriche, on peut rêver soleil, chaleur,…
Samedi 26 avril, il est temps de se ravitailler puis départ à vélo remontant le cours de la Drave jusqu’à Lienz, jolie petite bourgade, avec un rayon de soleil pour déguster notre première tranche de tourte.
La piste cyclable est plate, démarre en campagne pour continuer en forêt, parfois très près du cours d’eau, une jolie mise en jambes de 35 km. Des pentes verdoyantes, ponctuées de leurs hameaux et chapelles perchées sur leur promentoire nous dominent à droite et à gauche, laissant entrevoir des sommets alpins enneigés au second plan. Retour en train, la gare est à deux pas de notre camping. Le dimanche, nous partons en aval, toujours le long de la piste cyclable longeant la Drave, à nouveau avec un pic nic absolument minimaliste, arrivant donc à Spital prêt à réitérer la dégustation d’une tranche de tourte. Le choix est incroyable, et voyager c’est découvrir les spécialités, cela vaut donc la peine de limiter les victuailles dans les sacoches! La première partie de ces 50 kilomètres est en forêt, le long de l’eau, puis nous avons traversé de jolis villages, les vergers ont remplacé les pâturages. Sur les rares tronçons de petite route, les quelques voitures croisées prêtent une grande attention à nous laisser bien de la place. Les pommiers sont en pleine floraison, les jardins souvent très colorés et soignés, le gazon est coupé.
Encore une gâteau …
Le palais Renaissance et la ville de Spital ne nous ont pas emballés, mais qu’importe, le parcours était beau, le soleil est venu et à nouveau, il a été très simple de rentrer en train, bien que nous n’ayons pas pu charger sur nos téléphones nos cartes de séjour comme prévu. Amabilité, transport compris dans la taxe de séjour, train avec place pour les vélos, une offre touristique bien ficelée! Ceci nous décide à rester dans ce camping, où nous sommes quasi seuls. Le lundi, nous prenons le train pour nous rendre toujours plus en aval, donc à l’est. Longue journée de vélo et de train, nous rentrons avec notre omnibus alors que nous sommes à plus de 140 km de notre camping. Nous sommes collants, fatigués mais le restaurant du village recommandé est enfin ouvert. Alors, oui les portions sont généreuses, le vin rouge, du cépage Zweigelt est bon et la météo a été excellente.
Comme le plafond nuageux est définitivement dissipé, nous partons en train vers les sources de la Drave, en Italie à San Candido pour redescendre à Lienz à vélo, après s’être baladé dans cette petite station cossue et avoir admiré les contreforts des Dolomites en arrière plan.
Quelques touristes, quelques cyclistes mais un parc de vélos à louer donnant à penser qu’en haute saison, la circulation cycliste n’a rien à envier aux autoroutes! Payage de montagne, l’architecture est toutefois dépaysante, du bois mais aussi des maisons peintes, toujours des chapelles, une religion catholique très présente. Des scieries jalonnent le parcours, ce que nous avions déjà observé plus en aval, ainsi que des installations hydrauliques. Mais de merveilleux tronçons sont sauvages, nous roulons juste au-dessus de la rivière, traversant de nombreux petits couloirs d’éboulement ou d’avalanches. Du vent de face, descente en pente douce et quelques petites montées, nous aurons quand même bien pédalé pour perdre 600 mètres d’altitude.
Mercredi, journée touristique, balade vers le Weissensee, un petit lac à 1000m d’altitude. Paysage de carte postale, pensions familales, fermes, de nombreux pontons facilitant la baignade; nous sommes seuls, l’ambiance est à la préparation de la saison. L’endroit est bucolique, mais toujours très organisé, soigné (prix européen tourisme et environnement). De retour à basse altitude, nous longeons le Millstätiger See, à l’infrastructure touristique trop présente à notre goût sur sa rive nord pour nous installer au bord du Faaker See. Les petits lacs sont très nombreux, ces trois auront été notre sélection. C’est le lac le plus chaud du pays, à nouveau des roseaux comme sur les rives de la Drave, des oiseaux, une campagne verdoyante mais en partie urbanisée. Il fait plus de 25 degrés, je vais me tremper au lac en fin d’après-midi. Le passage entre la pluie-neige et l’été aura été rapide.
Jeudi nous reprenons Luciférine et Monsieur Vélo, qui roulent à merveille et recoivent même des compliments en route: « Oh, schön, nicht elektrisch » pour un splendide dernier tronçon le long de la Drave, de Spital à Villach. Hormis au départ, le tracé suit l’eau au plus près, est jalonné de quelques bancs et tables de pic-nic romantiques.
Etape parfaitement plate, pas longue et pourtant une nouvelle dégustation de tranche de tourte s’impose comme récompense à Villach dans une ambiance estivale… « on dirait le sud ». Les cavaliers veillissent décidemment plus vite que nos montures d’acier, mais qu’importe, nous nous sommes remis en selle, avec plaisir cette semaine. Vendredi, départ par les petites routes d’abord dans la région Schilcher, puis vers la Styrie du sud-est appelée Toscane styrienne.
Arrêt dans le Schilcher dans un « Buschenschank » pour midi: ferme comportant aussi la production vinicole servant leurs produits. Jardin, accueil, têtes marbrées maison, huile de graines de courge, une spécialité, tout est charmant, le vin moins convaincant! Puis nous longeons la frontière slovène et parcourons la route sud des vins de la Styrie. Point de vue, collines couvertes de vignobles, domaines cossus, haies ou petites forêts, petit parcours charmant perdu au milieu de l’immense campagne agricole. A Ehrenhausen et le soir, nous aurons l’occasion de déguster d’autres excellents cépages comme les Pinot (Burgunder) gris et blanc, Merlot, et Blaufränkisch.
Départ par un temps frais et humide nous poussant vers le sud. Pierre-Olivier a planté deux jeunes pommiers la veille du départ, peut-être qu’ils attireront la pluie nécessaire à leur survie pour se révolter d’un tel abandon.
Nous retrouvons mon amie d’études Béatrice et montons vers le tunnel du St-Bernard en espérant du soleil sur l’autre versant. Et non, une fine pellicule de neige fraîche recouvre le versant italien.
Peu avant Savone, l’atmosphère est plus méditerranéen et nous embarquons avec le sourire pour un bon petit repas de retrouvailles à bord.
A Bastia, circulation plus intense que dans nos souvenirs, puis à Calvi, nous nous promenons dans la citadelle et retrouvons ma cousine Jeanne dont la valise est restée à Nice. Un plaisir quand même de souper dehors et de profiter le lendemain matin du soleil, d’une plage quasi-déserte et de la mer à l’eau parfaitement claire et de température agréable, un peu fraîche pour les exigeantes.
Après avoir déposé notre hanneton au bon soin du gardiennage de Santa Catalina, nous rejoignons Corte par un splendide itinéraire ferroviaire longeant la côte puis se faufilant entre les montagnes, enchaînant ponts et tunnels.
Une excellente grillade au feu de cheminée d’un bon petit restaurant à Corte clôt la journée d’anniversaire de Pierre-Olivier.
Le lendemain, un mini-bus nous amène au début des gorges de Santa Regina et nous partons sur un sentier en balcon très fleuri, le maquis regorge de plantes variées inconnues et de fenouils sauvages de plusieurs mètres.
Fenouils de plus de 3 m
Nous grimpons en nous éloignant de la route et finalement rejoignons une châtaigneraie à la belle lumière, où pâturent quelques ânes, assez grands, au beau poil bien fourni et à l’air très doux. Béatrice parle au plus curieux de façon très douce en suisse-allemand et il nous suit, longeant la clôture, au plus près.
Quelques jours plus tard, c’est un sanglier noir à longs poils qui joue le grand timide dans son enclos, caché dans une forêt dense. Béatrice l’amadoue en suisse-allemand usant de beaucoup de patience, et finalement, il est conquis et vient se montrer.
Nous descendons sur Calacuccia, testons une entrée de brocciu (fromage à base de petit lait de brebis) et aubergine et apprécions cette première journée de marche. La valise de Jeanne a également trouvé son chemin pour nous rejoindre.
Pour notre deuxième journée, des averses et orages sont annoncés en fin de journée, l’étape est longue puisque nous grimpons au col de Vergio à plus de 1400m., en passant par la cascade de Radule et la passerelle du Golo (20 km, +900m.,-320m.).
Jeanne choisit d’accompagner nos bagages en bus. Nous rejoignons Albertacce, où une déviation est indiquée car un pont génois de notre parcours à été emporté durant les fortes pluies de novembre 2023. Nous longeons un torrent, grimpons parmi les fleurs et les gros blocs de rocher, rejoignons la forêt pour rejoindre le Mare Mare nord initial, et après bien des passages à gué le Golo que nous devons remonter.
Les averses deviennent de plus en plus fréquentes, quelques coups de tonnerre nous donnent envie de bien avancer, ou de trouver le raccourci indiqué. Impraticable car nécessitant le passage à gué d’un torrent au débit et à la profondeur bien trop importants, nous nous résolvons à grimper jusqu’à la cascade. La pluie cesse, le cirque de montagnes nous domine droit devant nous, des falaises bien visibles au loin bordant le Golo. Nous grimpons, en nous rapprochant toujours plus de ce monde très minéral. Plus tard que prévu, mais après le mauvais temps, nous atteignons la cascade, la passerelle et le second torrent à passer à gué celui-ci. Exercice praticable, mais nous ne souhaiterions pas plus d’eau !
Après les bergeries et quelques anciennes caves à fromages en pierres, le sentier retourne en forêt, à flanc de coteau, dans des cailloux bien ronds et peu stables, une dernière partie qui me paraît bien longue. Beaucoup moins de randonneurs du Gr 20 au castel de Vergio que lorsque nous y étions passés en 2011, pourtant à la même période. L’ambiance est au calme de l’avant-saison.
Lendemain: petite montée jusqu’au col de Vergio et longue descente, raide dans un lit de cailloux roulants jusqu’à la passerelle sur l’Aitone. Soit les éboulements de la fin de 2023 ont précipité beaucoup de nouveaux cailloux, soit mes genoux ont vieilli d’une génération, soit un peu des deux, mais en tout cas, je me mets vraiment à adorer les montées et aujourd’hui cela descend!
Nous admirons les pins Laricio plusieurs fois centenaires, à l’écorce grise et aux petites pives rondes, et les pins maritimes à l’écorce cuivrée bien fendue. La passerelle sur l’Aitone n’a pas changé, son accès demande de grimper sur des blocs pour se faufiler entre ses câbles. Mais, une fois démarrée, la traversée est aisée.
Nous terminons notre journée le long d’un sentier didactique sur la châtaigne, jalonné de restes historiques tels que des enclos de pierres mettant la récolte à l’abri des sangliers en attendant de la transporter avec la mule ou une petite maison servant de séchoir-rôtissoire utilisé pour décortiquer les châtaignes avant d’en préparer la farine. Aucune préparation de vermicelles ou de marrons glacés en Corse; traditionnellement surtout de la farine et de la confiture dont nous dégustons une version maison absolument succulente à Evisa, accompagnée de glaces à la châtaigne et à la myrte, un pur délice pour clore cette étape.
Coucher de soleil de la baie vitrée de l’hôtel, bon repas
Le grand-papa nous montre ses bidons de liqueur et de vin de myrtes en préparation. Les baies violettes sont cueillies en novembre, décembre, séchées si elles doivent attendre, puis mises à macérer dans de l’alcool fort pendant deux à trois mois, un sirop de sucre est ensuite ajouté, puis la liqueur est filtrée. Le vin de myrte se sert comme apéritif, et se prépare en mettant macérer les baies dans du bon vin.
Cette randonnée est bien différente du chemin de St-Jacques. Un pied devant l’autre toujours, mais ici en se concentrant intensément et sans relâches, toujours en montée ou en descente, avec de la nature et peu de traces humaines pendant les étapes, également peu de contacts entre randonneurs, sans l’énergie du Camino, ni son goudron non plus!
Suite à l’éboulement du sentier des gorges de la Spilonca, toujours en fin 2023, nous marchons en aller et retour depuis le site des Deux-Ponts au pont de Zaglia.
Jolie balade, mignon petit pont génois à Zaglia et nous choisissons de rejoindre Porto en taxi, au vu de la longueur, des bouts de routes et de descentes très raides prévues. Un bon dîner sur une splendide terrasse, Porto dans une belle lumière, déjà du monde, une halte touristique bien agréable en avant-saison.
Le lendemain, notre mini-bus prévu se fait désirer. Le trajet est spectaculaire, route hyper étroite, rochers et falaises orangés, circulation difficile pour atteindre le village perché de Piana, et pourtant il n’y a encore que peu de vans, cars etc… Nous démarrons notre randonnée à mi-journée, cheminant en forêt, puis le long du ruisseau Piazza Muninca. Pour une fois, un chemin qui grimpe mais n’est pas ardu; nous pique-niquons avant de décider de continuer un bout. Chemin faisant, nous nous approchons du col qui nous a été proposé comme objectif et décidons alors de crocher pour l’atteindre. Quelle récompense, Bocca Piazza est hors de la végétation, surplombe les rochers aux formes incroyablement sculptées par le vent et le sable et surplombe cette côte découpée de ses 900 mètres d’altitude.
La descente en lacets de ce versant surplombant la baie de Porto nous amène à une châtaigneraie puis plus bas rejoint notre chemin de départ. Une splendide boucle, où les sentiers méritaient la dénomination de sentiers et non exclusivement de marches caillouteuses ou de torrents de cailloux roulants. J’ai adoré cette boucle, de plus Pierre-Olivier nous a déniché un petit restaurant de poissons tenu par une patronne à l’excellente répartie, les gens du coin sont là, c’est petit, animé et délicieux.
Nos amies rejoindront Porto en bus pour avoir ainsi l’opportunité d’une excursion en bateau tandis que Pierre-Olivier et moi revenons à Porto en randonneurs: une montée à la châtaigneraie vite envoyée, nous sommes en nage, le soleil est au rendez-vous de bon matin, puis de la descente, raide qui n’en finit pas; une vraie leçon pour savoir comment économiser ses genoux par des petites marches pendant plusieurs heures. Je suis vraiment devenue un escargot en descente, la fin de l’itinéraire, enfin à plat pour atteindre la plage de Porto, s’est effondré, donc nous continuons à crapahuter pour finalement rejoindre la plage juste à côté d’une terrasse proposant des glaces artisanales, quelle heureux hasard !
Dès le lendemain, après cette escapade à Piana (au sud de Porto), nous nous dirigeons vers le nord, à Bussaglia. Béatrice et Pierre-Olivier partent à l’assaut du Capu San Petru, une montée extrêmement raide finalement le long d’une piste car le maquis a envahi le sentier.
Avec Jeanne, du port nous rejoignons le village de Porto et surplombons toute le baie par un sentier en balcon, nous passons le promentoire toujours à flanc de coteau pour trouver une piste très raide pour la descente, en terre dure et gravillons, un véritable toboggan où les semelles n’ont aucune prise. La fin d’étape est un hôtel perdu dans la nature et la verdure au niveau de la mer, une oasis de calme, nos efforts sont systématiquement bien récompensés et ce n’est pas désagréable de profiter de la petite piscine avant le souper.
Nous nous approchons toujours plus des pics de granit de la réserve de Scandola qui s’avancent en barrière dans la mer. Le lendemain, les vues sont donc grandioses, surplombant et rejoignant une crique après l’autre, laissant les plages aux vaches, nous suivons finalement la crête de plus en plus impressionnante avant de redescendre dans la verdure vers Osani pour remonter au Bocca a Croce (col de la Croix).
Cette étape est celle des superlatifs, pour les vues, mais aussi pour moi pour la difficulté du chemin: raide, traversant des dalles obliques pour terminer en grimpant sur la crête. La descente est très agréable. Nous sommes tous soulagés d’avoir passé le versant le plus technique et impressionnant à la montée et non à la descente. Pas de photos, trop de concentration et aucune envie de s’immobiliser en équilibre sur ces cailloux et rochers ! Nous n’avions pas de pique-nique, (la veille était dimanche, supérette fermée) des payottes aux plages traversées et à Bocca à Croce étaient annoncées. En fait, nous avons passé trop tôt à la plage où une petite restauration nous faisait de l’œil et Osani est un village sans aucun bistrot ! Les barres de céréales tirées du sac nous donneront l’énergie de monter au Bocca a Croce où la payotte offre au moins une glace et à boire. Jeanne et Béatrice rejoignent la mer par la piste menant à un petit embarcadère, elles ont rendez-vous avec le bateau taxi pour Girolata; sauf que celui-ci avait compris qu’elles désiraient le trajet inverse. Le malentendu levé, elles débarquent à Girolata, seul hameau non accessible par la route.
Nous continuons de notre côté par une agréable descente jusqu’à la plage de Tuara, occupée par quelques vaches et jonchée de débris révélant de bonnes tempêtes, une remontée dans le maquis, nous offrant quelques belles vues avant de redescendre sur Girolata au charme certain et un peu hétéroclite. Que faut-il contempler, les taurillons se cherchant noise sur la plage ou le luxueux catamaran amarré au débarcadère juste derrière eux ? Quelques échoppes le long de la plage, cabanons de pêcheurs, petite guinguette proposant une myrte maison aussi aromatique que riche en alcool, jardin parsemé de cabanons et d’une table dressée dehors, notre adresse du jour. Un château tarabiscoté que nous pourrions imaginer construit pour un film, quelques rues, une dizaine d’habitants à l’année et des jeunes qui doivent construire leurs payottes à chaque saison et les démonter pour l’hiver. Touristique, mais un peu baba cool, tableau romantique de voiliers au mouillage, tellement petit que le bord de l’eau est forcément animé, Girolata ne se remplace pas par une autre étape.
Entouré de montagnes, c’est évidemment un départ droit en-haut qui nous est promis pour le lendemain. L’alternative était un pêcheur qui pouvait me mener à Galéria, mais…. je pars à pied. La montée à Bocca Di Fuata (460m.) offre de belles vues, traverse forêts, maquis hauts, puis maquis bas, par un sentier agréable; vous l’avez compris Bocca signifie col !
Lors de notre pique nique au col justement, une randonneuse nous rejoint. Du coup, nous formons à nouveau deux équipes, Pierre-Olivier l’accompagnant sur la crête rejoignant Litterniccia avant de redescendre raide dans un ravin sur Galéria (tracé Mare Monti) et nous trois rejoignant Galéria en imaginant descendre depuis Bocca di Fuata. En fait, après une bonne descente, ce trajet suit les promontoires, rentre dans les terres pour traverser le lit du ruisseau, remonte sur l’autre rive, monte passer le prochain promontoire et ainsi de suite un certain nombre de fois. Après avoir cheminé un bon moment entre 200 m. et 300 m. d’altitude , quand nous pouvions espérer rejoindre Galéria, le dernier promontoire passe par un col à 430m. Quelques passages sont bien caillouteux à flanc de montagnes, ouf de nouveau dans le sens de la montée ! Et finalement c’est la dernière descente, merci Jeanne pour ton pied montagnard et ton aide, et la forêt pour rejoindre le centre de Galéria puis la mer.
Vue depuis notre chambre
Le lendemain sera notre dernière étape, jusqu’à Tuarelli. Nous devons bien avancer car un mini-bus nous y attend à 14h. pour nous ramener à Calvi.
Après les vues sur la mer, nous suivons la rivière Le Fango, un torrent offrant des piscines naturelles, une balade nettement plus courue que tout le reste de notre parcours mais très sympathique et charmante.
Cette randonnée aura été variée, paysages de montagnes, forêts et maquis, vues plongeantes sur de nombreuses criques ou promontoires. Le confort et la variété de la gastronomie a aussi dépassé nos attentes mais les efforts à fournir aussi, bien que les distances et les dénivellés n’aient pas été très importants. Les cailloux corses ne se laissent pas fouler de bon gré.
Retour à Oslo, température douce, et ambiance presque printanière nous y attendent. Le lendemain, départ avec notre sac à skis complet et la valise pour l’ouest par le train traversant les « montagnes » ou plutôt le haut plateau, notamment à Finse, que nous avions beaucoup aimé en été.
A Voss, nous prenons possession de notre appartement AirBnB et notre flls Joseph arrive rapidement. Soleil et prévisions mauvaises pour les jours suivants, donc départ immédiat pour une randonnée à skis de 17h à 20h. Je n’ai que très peu skié tous ces derniers hivers pour différentes raisons de santé, ne suis pas du tout à même de faire une vraie randonnée à peaux de phoque; accepter c’est m’épargner le temps de me poser des questions et retrouver Joseph dans son élément. Mais quel départ !
Plus haut, les pins et les bouleaux s’espacent et nous avons la vue sur les montagnes avec une magnifique lumière de fin d’après-midi. Nous sommes au nord, les jours et les ombres s’allongent, splendide ! Mes deux hommes vont jusqu’à un sommet, le Horn à 1103 mètres d’altitude, accélérant le rythme pour ne pas être pris par le « regel » et la nuit. La descente est agréable tant que nous sommes au-dessus de la forêt; puis tout se complique ! Je finis à pied, en m’enfonçant plus ou moins, choyée par notre guide qui zigzague entre pins et ruisseaux en snowboard, mes skis à la main. La vue, la lumière étaient parfaites pour découvrir le ski à la norvégienne.
Suivent deux jours de temps gris, parfois ventés. Nous visitons le « Folks Museum » constitué par un ensemble de fermes intactes, et une exposition sur l’histoire et les traditions de Voss.
Costumes pour un mariage Chopes de bière
Station de sport été comme hiver, berceau de médaillés olympiques, son développement est entièrement lié à la construction de la voie ferrée, amenant les premiers touristes venant pêcher le saumon, l’armée et sa base de parachutistes puis les skieurs lors de la construction du téléphérique. Nous sommes sur les hauts de Voss, il vente fort par un froid humide et le chauffage du bâtiment d’exposition est à l’arrêt pour des travaux. Transis, après la visite, nous rentrons et ne prendrons pas le téléphérique.
Vendredi, randonnée à skis, l’objectif pour le départ est la fin d’une petite route forestière à 415 m. d’altitude, au-dessus du fjord d’Hardanger, ce qui signifie déjà une montée raide à partir d’Ulvik (au bord du fjord donc à 0 mètre d’alt.). De plus en plus pentue, la route devient enneigée ou plutôt glacée. La voiture 4×4 patine à sa guise, s’arrête puis glisse à reculons assez rapidement, se met en travers pour glisser latéralement en touchant de temps à autre les petits murs de neige de chaque côté. Nous nous arrêtons vers une petite place de parking sans dégâts ou presque, à 350 m. d’altitude, et maintenant ? Nous repartons sur la même route, pour notre point de départ, à skis « peautés » et avec les crampons pour moi qui n’aime pas la glace, puis trouvons l’itinéraire grimpant entre les arbres.
Nous progressons en nous tortillant entre souches, troncs, ruisseaux et vieilles traces gelées pour rapidement gagner plus d’espace. Le ciel devient bleu, la neige s’améliore et la vue sur les montagnes tout autour de nous s’ouvre, très lumineuse. Nous voyons par moment le Midtjfellet, montagne qui est notre objectif, point culminant d’une longue et large crête en pente douce, l’autre face plongeant en falaise jusqu’au fjord. Les pentes sont peu raides, mais toujours bien assez pour moi, nous sommes dans un paysage ouvert, blanc, quelques grosses congères; une sorte de plateau où l’itinéraire que Joseph nous trace passe entre des mamelons. L’ensemble du paysage devient grandiose, peu de sommets nous dominent; d’autres chaînes de montagnes au loin sont visibles sur 360 degrés.
Je progresse très lentement, toujours avec mes couteaux, nous montons face à la pente, mais le sommet n’est plus visible et n’en finit pas d’être à 300, 150…50 mètres de dénivellation. Nous arrivons au cairn du Midtjfellet, la vue… un choc, incroyable, d’un coup à quelque trois mètres du cairn. Nous voyons les bras du fjord 1256 mètres plus bas sur trois côtés, juste en-dessous de nous, le 4ième étant celui par lequel nous sommes arrivés.
Le cairn, un plateau de quelques mètres, des cailloux dépassant éliminant la peur d’enfreindre la limite avec une corniche, me permettent d’admirer la vue très sereinement. Course des plus faciles pour les habitués de la peau de phoque, moi je suis très émue et ai un immense plaisir à me trouver là.
Subitement, le ciel n’est plus si bleu, le temps de se préparer et c’est le jour blanc total pour la descente. Nous ne voyons vraiment rien, vagues de neige soufflée et durcie, congères, plus aucune notion de la pente au point de complètement nous déséquilibrer à l’arrêt. Au départ, nous arrivions encore à admirer les bras de fjords, et à skier avec vue sur la mer, le mythe norvégien! La visibilité s’améliore en rejoignant les arbres mais la neige est totalement dure, parcourue de vieilles traces. Je ne prends aucun risque, je termine à pieds et même en crampons sur la route qui n’a que partiellement dégelé.
J’ai vraiment vécu une journée exceptionnelle, avec les montagnes rondes aux formes de soucoupes volantes, les nombreuses autres chaînes au-delà du fjord, la vue au sommet absolument fantastique, et le sentiment quand même que les conditions ne seront pas forcément souvent réunies pour réitérer une telle expérience. A pied d’œuvre avant 10h, nous serons de retour à la voiture avant 17h., un record de lenteur pour un dénivellé d’un bon 900 m., mais qu’importe, nous en avons plein les yeux, et avons redoublé de prudence dans la ouate puis dans les traces gelées. Ici, c’est le plaisir de s’immerger dans la nature grâce à nos skis, et non de dompter la nature pour améliorer nos descentes.
Le samedi, par un temps gris, nous tentons de la visite en voiture, nous rendant aux cascades de Voringfossen, mais la visite du site est totalement limitée par la neige. Le soleil du matin fait place à un temps maussade, l’apéro et le souper s’imposent comme le meilleur plan.
Le Midtjfellet vu du fjord, sommet au-dessus de la falaise
Nous avons pu skier à peaux de phoque deux fois et prendre du temps ensemble, un bon séjour au vu de la météo peu généreuse en soleil.
L’opéra d’Oslo vu depuis le 13ème étage du musée Munch.
Retour à Oslo le dimanche, et nous filons soigner notre culture générale au musée Munch. Le bâtiment et la vue sont superbes. Munch est un artiste torturé dont certains tableaux nous ont interpellés. Puis départ en ferry pour Kiel le lundi; après nos neiges et nos chemins de toutes sortes, souper feutré avec vue sur la mer et pianiste; Tina Turner, ABBA, rock et twist en fin de soirée, changement de tableaux, charme du voyage, et toujours les regards sur nos chaussons cabane ! Notre séjour se terminera mercredi soir si aucun transport n’a de retard, sinon jeudi, la montée à notre alpage en transports publics ne pouvant pas être tardive.
Nos attentes en termes de ski et de neige auront été comblées, malgré une météo mitigée. Le calme, l’atmosphère de ce pays permet un retour profond à la nature, et nous rentrons de vacances gastronomiques, un imprévu !
A Otta c’est le papa de l’hôtelière de Bessheim qui nous attend à notre descente de bus. 70 km nous attendent, assez pour nous donner quelques explications et nous présenter la famille. L’hôtel est un ancien alpage (« summer farm ») de la famille. Vers 1900, quand la Norvège était un des pays les plus pauvres d’Europe, le bétail était monté à l’alpage en été comme partout. Mais en plus, les bêtes remontaient à la ferme toujours appelée « summer farm » pour l’hiver. Durant la belle saison, des mousses, des feuilles et autres végétaux étaient ramassés et dans cette région où les alpages étaient très éloignés, il était plus facile de remonter le bétail à la fin de l’automne que de descendre ces nourritures récoltées. Les « summer farm » étaient finalement plus grandes que les fermes principales de plaine. Au milieu du 20ième s., certains de ces alpages ont commencé à avoir une partie hôtelière. Les transhumances ont cessé par le développement de grandes halles de stabulation libre pour les vaches laitières et seules les vaches allaitantes, et les bêtes destinées à la production de viande continuent de transhumer. Nous n’avons toutefois vu aucune de ces grandes étables dont notre chauffeur nous parle. Il est avocat, âgé de 75 ans, et donne des coups de main à sa fille. Cet hôtel familial a été développé par son arrière grand-mère et a été tenu surtout par des femmes. Il se présente comme le maillon manquant, son père ayant transmis l’hôtel à sa fille. Il habite dans la ferme de plaine, ou un autre beau-fils gère l’activité agricole, l’orge étant la seule céréale cultivable dans cet environnement où la belle saison est courte. Forts de toutes ces explications, nous arrivons à cette ferme devenue hôtel : un bâtiment rectangulaire auquel nous n’aurions jamais attribué un passé fermier !
Au cours des jours suivants, nous réalisons progressivement que cet établissement est connu pour sa gastronomie mettant en valeur les produits locaux, des habitués y viennent d’année en année. L’hôtel a été complété par des « cabines », chalets de vacances pour familles ou groupes, dont les résidents viennent manger le soir à l’hôtel.
Pâques approche, le lundi soir, nous sommes quelques dizaines à déguster un pot au feu de renne délicieux. Le mardi soir, les chalets se sont remplis, un buffet est mis en place; le chef de cuisine en personne découpe filets et gigots de renne, pièces d’élan, agneaux de la ferme; tout est parfait, une cuisine maison, du beurre aux herbes, au pain croustillant, les compotes et confitures de rhubarbe, de myrtilles et d’airelles sont délicieuses.
Ce chef de cuisine à la stature imposante n’est autre que l’époux de l’hôtelière, elle aussi très présente et toujours souriante. Nous sommes les seuls étrangers, aux petits soins pour une semaine. Mais nous, nous sommes venus ici parce que c’est la porte d’entrée du parc du Jotunheimen, donc dans l’idée d’une semaine sportive aussi !
Le mardi matin, soleil, nous partons à ski de fond, traversons le lac et skions dans les contreforts des premières montagnes. La vue sur les sommets aux alentours est splendide, mais cela grimpe vite et nous affrontons une petite descente un peu raide pour nous. Nous croisons d’autres skieurs, presque tous à peaux de phoque. Ils peinent au plat, nous peinons à la descente. Ici la nature est intacte, à chacun de s’adapter pour en profiter.
Dans un camping, les enfants ont amélioré un tertre pour s’exercer. La nature est grandiose et c’est avec joie que j’ai l’impression de m’y plonger sans la modifier. Difficile ou impossible d’avoir l’équipement adéquat en tout temps: sur les plateaux, nos skis courts et compacts ne glissaient pas comme des skis plus longs et fins, dans la forêt, ils étaient plus maniables mais des arêtes auraient été bienvenues et là, nous sommes dans un magnifique environnement de montagnes, sans aucune infrastructure, un univers offrant apparemment des sorties à peaux de phoque sans danger pour gagner les premiers plateaux vers 1300m. Nos skis de randonnée sont à Oslo, pourquoi ne pas rêver de revenir un autre hiver ?
Le lendemain, il neige, le long du lac nous ne rencontrons que deux skieuses. Le jeudi, nous gagnons un autre lac, deux bateaux y sont carrénés, posés sur la glace, nous pouvons pique-niquer dans un hôtel, avant de revenir pour le tour de notre lac.
Malheureusement, un coup de chaud arrive et vendredi la neige est molle. Mais le soleil du matin nous permet de découvrir les sorties familiales, bébé dans la pulka, couverture et même peau de renne pour s’installer pique-niquer dans la neige au soleil. Nous rejoignons un petit rocher pour nous installer sur nos plastiques à bulles et prendre le soleil. Les traces ramollies nous guident moins lors des descentes, de plus beaucoup de familles ont des chiens qui montrent beaucoup d’enthousiasme dans la neige mais n’améliorent pas les traces; nous nous offrons donc quelques belles sorties de piste, filant tout droit au lieu de suivre les courbes. Le ski est plus ludique et sportif qu’à Gålå, aux multiples possibilités bien tracées.
Samedi, heureux du soleil nous partons de bon matin sur le lac; faux départ, les traces profondes et molles de la veille ont gelé. Nous rebroussons chemin et petite surprise: deux rennes bien accompagnés sont là, l’un tirant un traîneau destiné aux enfants pour un tout petit parcours, l’autre juste là pour être caressé, un vieux mâle venant d’avoir perdu ses bois, au tempérament exceptionnellement calme d’où sa longue vie comme renne « domestique ».
Son « maître » travaille pour l’entreprise possédant les quelque 2300 rennes de la région et nous désigne les pâturages d’été, en amont sur les montagnes, et ceux d’hiver, en aval. Son travail est de les garder sur les terres louées qui leur sont destinés. Le cheptel atteint presque 4000 têtes avec la naissance des veaux. Les femelles sont gardées environ 10 ans et les mâles une année et demi, c’est-à-dire une saison de reproduction. L’abattage des quelque 1500 bêtes fournit 50000 kilos de viande annuellement. Notre chef cuisinier nous avait bien précisé que la viande de renne que nous mangeons ne venait pas de loin, comme les myrtilles et les truites saumonnées, apprêtées de bien des façons pour le souper de fête du samedi soir. Mais avant, d’autres petites surprises pour ce samedi de Pâques : une piste avec tremplins aménagée pour les enfants et un barbecue de saucisses dehors sur la terrasse, que nous dégustons assis bien au chaud sur des peaux de rennes.
Repas du samedi soir, l’hôtelière et sa nièce en costume, tout le monde est servi en même temps, repas plus cérémonial et convivial aussi. Le dimanche par contre, rien de spécial n’est organisé. Un client se lève pour remercier toute l’équipe et dire que c’est son 40ième Pâques chez eux.
Le soir un orchestre de 4 musiciennes et un musicien, trois accordéons très différents, une contrebasse et une chanteuse s’accompagnant à la guitare joue largement jusqu’au matin du folklore d’alpage un peu et surtout du folk américain, Johnny Cash par exemple. Quelques excellents danseurs parmi ces skieurs, le public répond, plus l’heure avance, plus de jeunes s’occupant du service rejoignent le public. La chanteuse a une magnifique voix, l’ambiance est excellente mais danser le twist en chaussons cabane sur un parquet glissant n’est pas aisé. La chanteuse nous offre évidemment un peu de Jodel.
Le lendemain, il neige à gros flocons, le vrai hiver est-il de retour ?
Non, le soleil revient et nous voilà repartis glisser jusqu’aux belles lumières de fin d’après-midi.
Pour notre retour à Otta, Kari, la patronne elle-même nous amène, l’occasion de discussions intéressantes et de renforcer ce sentiment d’avoir été chaleureusement reçu. En automne, son mari achète les rennes, abattus sur place dans un camion, après avoir été rassemblés; ces bêtes ne reçoivent absolument aucun antibiotique ni supplément alimentaire. Les chevreuils et les élans sont chassés. Les viandes sont donc préparées et conservées par leur soins. Le prédateur principal des veaux de rennes et des agneaux est l’aigle. Le loup est tiré, pas toléré dans cette région; par contre il est protégé le long de la frontière suédoise, zone de protection de la faune; cette politique pose de sérieux problèmes aux Samis, qui sont justement dans des régions à la frontière et voient leurs troupeaux décimés. Kari me parle aussi de son plaisir de travailler avec les jeunes de la région, qui reviennent année après année assurer le service pendant la haute saison d’été et de Pâques et deviennent très compétents, bien que ce ne soit souvent qu’un travail accessoire d’étudiant. Ils sont logés sur place, et c’est aussi leur première expérience de vie en groupe loin de la maison. Bessheim est à 55 kilomètres de la première école, 40 kilomètres de la prochaine localité, mais superbement bien situé pour le ski: ski de fonds de février à Pâques, puis en 15 minutes de voiture la possibilité de se rendre à 1400m. et de rejoindre un plateau pour le ski de fond et le « kite ski » (ski avec un cerf-volant) ainsi que le départ de courses à peaux de phoque jusqu’aux sommets à plus de 2000m., et ceci jusqu’en mai. La région étant très sèche pour la Norvège, pas ou peu de neige à Noël et en janvier et…. des maisons bien conservées et protégées dont quelques-unes ont 400 ans. Nombre d’anciens grands hôtels des années 1960 comportent beaucoup de grandes salles, ce que nous avions constaté, et ne sont pas forcément bien isolés, l’électricité ne coûtant pas grand chose jusqu’à récemment. Le tourisme évolue, les familles préfèrent les petits chalets, et le prix de l’énergie augmente. A Bessheim, son grand-père avait installé sa propre production d’électricité hydraulique.
Départ pour Oslo, jour le plus ensoleillé, sympathique au revoir, car nous reviendrons.
Par une journée superbement ensoleillée, nous descendons de Fefor au lac de Gala par un chemin parfois assez raide, un peu tortueux, en forêt.
Notre petit groupe est sympathique, nous sommes avec Olga, et Paul et Heather de Gryon. Après quelques kilomètres de descente, une belle balade de forêts de pins en clairières nous régale les yeux. Un des groupes de Suisses avec leur moniteur nous dépasse, oh là là…. Quelle vitesse, nous sommes des canards à côté d’autruches. En plus, la balade le long du lac nous demande bien des efforts car nos skis collent; il fait chaud et nous sommes en-dessous de 800m. d’altitude. Au bout du lac, la remontée sur l’autre rive jusqu’à Gala est bien progressive. Les lacs sont totalement enneigés, apparaissent gelés mais aucun parcours ne les ont traversés jusqu’à maintenant. Gala semble être une station touristique, de nombreuses maisons de vacances en bois rouges, brunes ou vertes jalonnent notre parcours. Des piquets plantés en biais les protègent des congères. Nous approchons de Pâques, donc d’une période de haute saison après celle de février mais le village est mort, un seul des deux hôtels est ouvert, une épicerie, une cafétéria et le stade de ski Peer Gynt complètent l’infrastructure de la station au 32 résidents. Nous traversons quelques pistes de ski alpin, neige excellente, jolie pente. L’étape a été technique pour nous, descentes, neige collante et montées, mais courte (14 km). Il fait si beau que je repars tourner au-dessus de Gala avec Olga. Nous grimpons à une tour d’observation offrant un point de vue exceptionnel sur les sommets du Jotunheimen (1500-2300m) et ceux de Rondane (2000m env.).
L’hôtel est une grande bâtisse en bois rouge, surplombant le lac de Gala, à 950 m. d’altitude. Bois vert à l’intérieur, feu de cheminée, vue magnifique mais une maison à l’architecture moins chargée d’histoire que l’hôtel de Fefor, moins chaleureux aussi à bien des points de vue.
Samedi 23, temps gris, le soleil est voilé le matin, il neige au milieu de la journée, puis jour blanc. La région offre de magnifiques parcours, du vrai ski de fond et non du passage de forêts…
Nous évoluons dans une neige légère, la carte montre des petits lacs et des marais.
Quasi plus aucun pin, de petits bouleaux très espacés bien recouverts de lichens, le paysage est vaste, les traces datent du matin, la neige est si légère qu’il suffit d’un petit peu d’air pour les recouvrir. Plus d’un mètre de hauteur de neige, nous pique-niquons à raz la piste. Surtout, ne pas enlever les skis si on veut s’en éloigner au risque de s’enfoncer jusqu’en haut des cuisses, posture assez fatigante pour s’en sortir ! Nous regrettons le soleil, la vue doit être grandiose. Nous croisons un peu plus de skieurs, quelques dizaines pour toute notre journée de 24 km, pas plus et heureusement car ce qui fait le charme de ces journées est vraiment d’être dans une nature si peu domestiquée. Leur vitesse et leur aisance nous laissent pantois, descentes et virages comme s’ils avaient des skis de piste, la tenue Patrouille des Glaciers de Pierre-Olivier ne détonne pas du tout, beaucoup moins que notre style et notre rythme.
Dimanche, départ pour Skeikampen, il neige, 28 km à parcourir qu’elle que soit la météo.
Parcours facile, descentes douces mais nos skis collent, ceux d’Olga encore plus que les nôtres. Alors, elle demande de l’aide à l’unique skieur rencontré, qui lui offre un fart dont il peut se passer. Quelle gentillesse !
Nous repartons un peu plus rapidement, j’avais surpris et un peu attristé Pierre-Olivier en prévoyant notre arrivée vers les 17h30 ! Après 7 km et une intersection, deux options pour le tronçon suivant se présentent. Nous choisissons sans le savoir celle non dammée, le Peer Gynt officiel. Nous voilà nous tordant les chevilles en enfonçant plus ou moins, je colle un peu, nous suivons les branches de bouleau plantées pour marquer le tracé, les quelques piquets jaunes, la couleur de notre parcours du jour.
C’est magique, encore plus grandiose. Lisant ces jours « Blanc » de Sylvain Tesson, je médite: ne pas penser à l’arrivée, juste profiter de s’immerger dans le blanc, penser au prochains mètres pas plus. Pierre-Olivier réalise notre avance, ou plutôt justement notre lenteur, alors pas de photos, pas de vidéo; c’est bien la première fois qu’il stresse un peu alors que je plane dans cette ambiance fabuleuse. Les descentes sont bien plus faciles sans traces, un vrai plaisir d’enfant de retrouver les réflexes du bon vieux chasse-neige. En approchant de Fagerhoy, le relief descend toujours plus, nous rattrapons un peu notre retard mais je suis sûre que nous nous rapprochons du passage de la fameuse machine, déesse du skieur de fonds.
Le ciel se dégage, il a arrêté de neiger depuis un bon moment, et la vue apparaît progressivement. A Fagerhoy, un restaurant avec un hall nous abritant pour notre pic-nic; nous nous réjouissons toujours de nos sandwichs vu que chacun les prépare à son idée au buffet du petit déjeuner. Autant dire que nous faisons une cure de poissons. Nos thermos sont aussi remplis de thé par les hôteliers , c’est l’organisation bien pratique de la région. Il vente, mais la vue est splendide pour les derniers 14 km de descente tracée jusqu’à Skeykampen, une station de ski de fond et de ski de piste.
Zone de pêche, si, si…
L’hôtel Thon aux buffets incroyables nous plonge dans une ambiance de vacances de ski moins dépaysante que celle des jours précédents. Finalement, nous arrivons à 17h., avec 30 km dans les jambes et les bras et sommes heureux d’avoir choisi par hasard l’option plus sauvage; j’ai adoré les descentes, le décor vierge.
Un seul skieur nous a dépassé vers la fin: mais comment fait-il avec des skis plus étroits que les nôtres pour laisser une trace de deux lignes juste peu enfoncées et parfaitement parallèles ! Il a la gentillesse de nous dire qu’il a profité de nos traces jusqu’à notre rencontre, il a plutôt dû être surpris de la profondeur, de l’irrégularité et de l’indiscipline de nos empreintes !
Le lendemain, nous quittons Olga à Lillehammer, Paul et Heather suivaient déjà la veille un autre itinéraire, et prenons le bus pour Otta où un conducteur nous attend pour les 70 derniers kilomètres jusqu’à Bessheim.
Le train nous mène au nord, à Vinstra en passant par Lillehammer au paysage aussi peu enneigé que chez nous. Nous sommes rassurés en constatant que nous roulons encore 50 minutes en voiture en prenant bien de l’altitude pour atteindre Espedalen. Là, l’hôtel Dalseter (940 m) est au-dessus d’un lac; en face les sommets du parc national de Jotuntheimen sont bien visibles, magnifiquement blancs, vaporeux, arrondis, montagnes sans rochers apparents.
Derrière l’hôtel, des pentes plus douces, et des sommets émergeant aussi de la forêt, tout aussi blancs immaculés. Aucun hameau n’est visible aux alentours. L’hôtel a un charme vieillot, des immenses baies vitrées arrondies donnant sur le lac face aux montagnes; sommets de plus de 2000 m. situés à quelques dizaines de kilomètres.
La vue est impressionnante, les courants d’air aussi! Les possibilités de ski de fonds sont multiples et variées, autour du lac, et en hauteur. Le lendemain, nous choisissons un parcours montant au-dessus de la forêt, dont la limite est aux environs des 1000m, passant par une petite hutte Bingsbua (1179m), et continuant par une boucle avant de revenir à l’hôtel par une trace inférieure, en forêt. La forêt est mélangée, pins, sapins et bouleaux bien espacés, des traces pour le ski de fonds, plus qu’il n’en faut, bien des intersections sans panneaux, mais j’ai la carte.
Nous montons progressivement, sortons de la forêt, la vue est splendide, un paysage large, des sommets tout blancs, une impression d’être sur le toit du monde. De ce côté-ci du lac, un seul sommet, le Ruten (1515m), nous domine.
Le vent commence à bien nous fouetter, le chemin tracé à la dameuse reste toutefois visible, deux montées courtes mais bien raides me demandent bien des efforts pour progresser en ciseaux. Nous atteignons l’abri, petite cabane de 2 mètres sur 3, en bois rouge, mignonnette à l’intérieur. Olga, notre compère de Boston nous y attendait. Le paysage est grandiose. Immense, balayé par le vent, aucune trace de civilisation n’est visible.
Nous pique-niquons, alors qu’Olga, nettement plus expérimentée que nous surtout dans les descentes préfère rentrer à l’hôtel pour le dîner. Après cette pause requinquante, nous suivons le tracé juste visible jusqu’à la séparation: la boucle pour rejoindre la forêt en tournant autour d’un petit sommet ou la descente par la piste directe, ou en dernier ressort faire demi-tour. L’option initiale de la boucle est vite abandonnée, trop exposée au vent. Nous avançons jusqu’au point le plus haut, bien soufflé et voyons la trace qui descend, chic,… Mais elle file droit en-bas, une belle descente dans une fine couche de poudreuse, avec d’autres skis ! Nous déchaussons pour descendre plus rapidement, c’est notre première sortie et un jour blanc parfait, l’impression d’être dans de la ouate.
Nous atteignons la forêt et une magnifique trace avec une bonne débattue aux mains, n’ayant pas pris le temps de sortir nos gros mouffles de peur que le peu de visibilité et de traces disparaissent pendant ce temps. Le passage d’Olga est effacé, nous découvrons en-bas son message: « déchaussez, c’est raide ». Le temps de rentrer, il se met à neiger, ce n’est que 15 heures, Olga ressort, les tracés en forêt sont protégés. Nous contemplons la neige et profitons du sauna. Là, Pierre-Olivier fait la connaissance de Paul, skiant avec sa femme sur le parcours dit de Peer Gynt, comme nous, et habitant à quelques centaines de mètres de chez nous.
Grand soleil le jour suivant, départ pour Fefor.
Nous montons très progressivement dans la forêt, des traces de grosses pattes très profondes coupent notre tracé, un orignal matinal probablement. Le paysage est doux, nous contournons le Ruten et la colline de la veille, nous sommes seuls dans cette nature ensoleillée.
Après la sortie de la forêt, un grand plateau ensoleillé, et un hameau désert à cette saison. Paul et sa femme arrivent par un autre tracé, nous faisons une pause à une table pic-nic, et Olga nous rejoint.
Nous sommes les 5 à rejoindre Fefor, 18 km plus loin, personne d’entre nous n’a croisé qui que ce soit. Nous laissons le Jotuntheimen derriere nous, pour découvrir de nouveaux sommets au loin, ceux du parc de Rondane.
Le paysage est vraiment d’une grandeur, d’une luminosité fabuleuse; à tel point que nous rallongeons l’étape par le tour du lac avant de rejoindre notre hôtel à Fefor au charme magique.
Rondins à l’extérieur et à l’intérieur, feux de cheminée, nous arrivons juste avant 16h. L’accueil est chaleureux, on nous recommande de profiter de la collation de l’apres-midi: biscuits, thé, café et soupe délicieuse aux champignons. Après ce goûter, sauna, piscine et splendide buffet nous attendent.
Le lendemain, grand tour autour du lac et au-delà, nous prenons la route un petit bout où la neige a recouvert la glace, pour éviter une portion ventée.
Maisons de vacances, petites routes, plateau, une ambiance de plaine, le souci reste que les portions ventées sont celles sans piquets. Pierre-Olivier apprivoise l’application adéquate mais avancer grâce à cet outil est possible sans être agréable; en tout cas moins que de rentrer et profiter de la piscine! La neige est légère, parfois nous faisons la nouvelle trace dans de la poudreuse, les descentes sont plus faciles. À l’hôtel quelque quarante clients, dont une bonne quinzaine de compatriotes de Suisse orientale, Tessin et Liechtenstein améliorant leur technique sous l’oeil de compétiteurs confirmés, grand-papa ayant participé aux jeux de Sapporo, papa compétiteur accompagné du fiston de 10 ans qui a avalé 30 km la veille. Les participants vérifient avec enthousiasme la pure logique: améliorer la technique, pour plus de kilomètres et moins de fatigue. Je pense à l’aviron, ne pas s’essouffler à mouliner, mais diminuer la cadence pour plus d’efficacité. Je médite et écris en regardant la neige tournoyer dans les rafales de vent. Tout est calme, et la couleur du bois parfait l’ambiance chaleureuse.
Découvrir, rencontrer, partager : Caminante, no hay camino, se hace camino al andar (marcheur, il n'y a pas de chamin, le chemin se fait en marchant).