Rjukan, ville industrielle chargée d’histoire et le plateau d’Hardangervidda, 18 – 24 juin 2026

Avant d’arriver à Rjukan, nous voulions visiter le centre d’information du parc national Hardanger; celui-ci est le plus grand plateau d’altitude européen, la partie protégée en parc national est plus grande que le canton de Vaud, peuplé de rennes sauvages (env. 10000) depuis la dernière glaciation. Exposition fermée pour rénovation, départ pour le téléphérique historique Krossobanen, qui devait nous monter au départ de belles balades. Fermé subitement par le gouvernement pour raison de sécurité, il avait été construit en 1928 et son aspect initial conservé malgré les maintenances. Cette fois, il semble qu’une nouvelle installation soit requise. Content que la sécurité soit appliquée, mais constatant que le point faible universel des informations en ligne reste leur mise à jour,  nous partons visiter le musée norvégien de la condition ouvrière de Vemork (ouvert à 12h., à 10h sur le site!).

La compagnie Norsk Hydro a créé la plus grande centrale électrique du monde en 1911 et la ville de Rjukan, à l’endroit d’une des cascades les plus hautes du monde. Cette énergie a été utilisée pour la production d’un d’engrais azoté, le salpêtre, pour augmenter les rendements des cultures et « diminuer la faim dans le monde »… L’ usine située au fond d’une gorge a compté jusqu’à 600 employés, la ville toute proche au fond de la vallée très étroite plus de 10000 habitants. Norsk Hydro a construit en 1928 le téléphérique Krossobanen pour permettre à ses employés d’aller au soleil. 

La production de cet engrais azoté comportait une étape d’électrolyse (courant électrique passé dans l’eau) menant à un enrichissement de l’eau en deutérium. Pour rappel, l’eau est composée de 2 atomes d’hydrogène liés à un atome d’oxygène. L’hydrogène standard est composée d’un proton et d’un électron, le deutérium d’un électron, d’un proton et d’un neutron, donnant son nom « d’eau lourde » à l’eau enrichie en deutérium. Les Norvégiens diminuent la production de ce sous-produit, puis les années passant, les scientifiques réalisent que cette eau lourde est un ingrédient requis pour gérer l’explosion d’une bombe atomique à base d’uranium. Cette usine est la seule à maîtriser l’eau lourde, « maîtriser »….les ouvriers travaillent à des températures extrêmes, froides ou chaudes suvant les étapes et respirent des vapeurs d’acide nitrique. 

Au début de la guerre, une partie du stock de deutérium est livré aux Français, mais l’usine passera  aux mains de l’occupant nazi avec pour objectif la production de tonnes de cette eau lourde à des fins commerciales officiellement…. Les différentes opérations de sabotage organisées et menées par des Norvégiens et des Britanniques, acheminés par planeurs (échec, aucun survivant), puis parachutés en hiver et atteignant le site à skis pour saboter avec succès la production pendant quelques mois, puis le bombardement intensif du bâtiment vitré de 8 étages et finalement la destruction du bac sur le lac de Tinn servant au transport du reste du stock à destination de l’Allemagne sont présentés comme des étapes cruciales ayant fortement empêché la production de la bombe atomique par les Nazis. La production d’eau lourde a toutefois repris jusqu’en 1971, celle d’électricité est toujours d’actualité. La production d’engrais a été fermée car d’autres procédés recourant à la pétrochimie plus qu’à l’électrolyse sont utilisés, et le site devenu un musée en 1988. La compagnie Norsk Hydro a offert à la ville en 2013, trois gigantesques miroirs pivotables (héliostats) reflétant le soleil pour éclairer la place du village.

Ainsi les habitants ont un endroit ensoleillé l’hiver, et socialisent même durant ces mois sombres. L’idée avait été proposée 100 ans plus tôt par le créateur de la ville.

L’architecture reflète ce passé industriel, petites maisons semblables, alignées le long de la route principale, et sur l’autre rive, complexe industriel de production d’électricité.

Les sabotages de Vemork ont été romancés dans le film « les héros du Télémark ».

Un petit rayon de soleil, alors n’attendons pas demain, hop nous grimpons la petite route raide (10%) jusqu’au départ du funiculaire de Gaustabanen. Ce funiculaire servait à la maintenance de l’antenne de l’OTAN située sur le sommet Gausta, à 1885 m., contribuant à assombrir à Rjukan.

Cette altitude est vraiment exceptionnelle dans cette région, les plateaux,  la limite des arbres étant aux environs de 1000 m. Le funiculaire est vraiment vieillot, minuscule, il grimpe à 40 ° dans un tunnel.

Son utilisation est uniquement touristique actuellement, la descente peut se faire à skis l’hiver, et différents bons sentiers l’été seraient une option. Pour notre part, ma toux et de profiter du beau temps cet fin d’après-midi nous a incités à nous plier dans le funiculaire. Nuages et ciel bleu, nous voyons très loin ces étendues de toundra (ou fjell) parsemées de petits lacs, et les montagnes enneigées.

Potentiellement, notre vue s’étend jusqu’à la Suède et comprend un sixième de la Norvège, mais en l’absence de points de repères, nous contemplons les étendues infinies et sauvages. 

De retour en ville, l’office du tourisme s’arrange avec le centre d’exposition sur le parc Hardangervidda pour nous faire entrer dans l’exposition, en finitions de rénovation, car le système en ligne n’avait pas été déconnecté et nous avions nos billets. Nous sommes donc très bien reçus par des jeunes naturalistes sur place, et apprécions vraiment ce geste. Dans cette exposition, située au départ de randonnées et de pistes de fond à Skinnerbu, nous nous immergeons dans le parc à toutes saisons grâce à un casque de réalité virtuelle et à un film. Ce parc national est le seul assez grand pour que les rennes puissent effectuer leurs migrations saisonnières, à l’ouest et au sud au printemps pour les naissances et au nord-est en hiver, sans sortir du parc. Les rennes y sont sauvages, contrairement à ceux du nord, domestiqués par les Samis. L’hiver, ils sentent l’hiver les randonneurs à skis à plusieurs kilomètres et sont donc impossibles à rencontrer. 

Nous restons dormir deux nuits sur le parking vide de l’exposition pour profiter de faire une balade. Partis pour quelques pas par temps mitigé, nous profitons de magnifiques paysages, rayons de soleil et une bonne averse pour terminer notre dizaine de kilomètres.

Grassette commune, plante carnivore qui dissout les petits insectes qu’elle attire
Myrtilles et busserole alpine

Pour s’immerger une dernière fois dans cette ambiance, nous roulons jusqu’à Kalhovd, hameau, par une route en terre et nous marchons toujours seuls dans le fjell.

En rejoignant le sud, le thermomètre se met à dépasser les 20 degrés, une vraie vague de chaleur, ou une étape pour nous préparer à notre retour à 30 degrés.

Eglise en bois debout à Heddal
Masques vikings sculptés comme assurance…

C’est notre anniversaire de mariage mais n’ayant pas trouvé de restaurant alléchant et vu que c’est la soirée du conseil communal portant sur notre initiative à Gryon, nous soupons de poissons et salade en attendant les messages whatsap!

Mais pour notre dernier soir en Norvège, le lendemain, bon souper à l’intérieur du hanneton pour éviter la compagnie d’un millier de moucherons et moustiques après passage au Vinmonopolet!

Cap au sud, balade au-dessus du Hardangerfjord, 12 – 17 juin,2026

Réveil avec du soleil; le calme, la grandeur du paysage, le lac, la neige sur les hauteurs, une ambiance très paisible malgré une certaine austérité, nous sommes pleins d’énergie; et hop la gym et la physio dans ce cadre grandiose.

De vues sur les lacs d’altitude en tunnels, nous atteignons un petit col vers Skoda, où nous allons nous balader, la vue plonge sur les vallées bien vertes vers le sud. Deux petits téléskis sur la crête d’en face, la piste équipée de lampadaires, nous sommes déjà au nord et pourtant encore si loin du cercle polaire!

Partout des linaigrettes

En roulant ce vendredi 16h, la circulation est un peu plus dense et nous choisissons de suivre le lac Jolstravatnet par la petite route et découvrons ainsi la passion des locaux pour la pêche. Sur chaque petit promontoire rocailleux, un pêcheur à la ligne, sa petite cabane, sa table, ses bancs en bois et le brasero déjà allumé. Nous n’avons pas voulu enfeindre leur moment de tranquilité par une photo.

Nous rejoignons le Sognefjord à Balestrand par une route en lacets digne d’une carte postale, agneaux au milieu de la route en plein virage en plus.

En route, le hameau de Eldalen et une Berlinoise ayant quitté l’agitation pour tenir un petit café très cosy, quelques logements touristiques, et mettre à disposition ses compétences d’horlogère, au moins pour les réparations. En plus, elle confectionne des semelles en laine.

Balestrand est aussi une petite bourgade blanche, d’où nous suivons le Sogneford, magnifique paysage mais une route un peu lassante, pente raide tombant dans le fjord, la route toujours étroite épousant la côte par une succession de petits virages sans visibilité, le jeu consistant à atteindre une zone élargie pour croiser à chaque moment opportun.

Balestrand

Nous retrouvons Joseph à Voss et continuons notre descente vers le sud, traversant l’Hardangerfjord pour rejoindre Utne, et à Vines, la cabine louée pour deux nuits.  Idyllique comme espéré, campée sur quelques gros cailloux au bord du fjord, une petite terrasse, un paysage aux couleurs chaudes pendant la longue soirée jusqu’au coucher du soleil bien tardif, nous passons une excellente soirée.

Le lendemain, à nouveau grand soleil, départ avec le Hanneton pour un départ de sentier de montagne. Les routes publics sont en plaine en Norvège, les petites routes de gravier permettant de prendre de la hauteur sont généralement privées, entretenues par des paysans qui mettent aussi à disposition un petit parking contre une légère rétribution. Mais la  route du jour étant spécialement raide, elle nous est interdite. Nous montons donc à pied, pour atteindre le début du sentier, et sortons progressivement des forêts de bouleaux. Nous progressons sur de larges blocs lisses typiquement érodés par le glacier et dans des zones bien gorgées d’eau; nos yeux s’habituent à voir les pierres en transparence, salvatrices pour nous éviter presqu’une aspiration par le terrain. Le paysage est large, moins pentu dans les hauteurs, ça et là de petits lacs. Et toujours la vue sur le Sogneford 900m plus bas que le petit sommet Sata que nous atteignons. Nous décidons de redescendre par le même trajet pour éviter d’éventuelles pentes raides en sentiers forestiers boueux. 

Un peu de vent le soir, nous sommes en bord de mer, mais aussi en montagne avec vue sur les névés, une excellente soirée pour attaquer les restes de la soutenance…..nous ressortons le four à raclettes, la demi-meule.

Le lendemain, après avoir déposé Joseph au port à Rosendal pour qu’il retourne dans ses pénates, nous longeons le parc national Hardangervidda par le sud, à nouveau une succession de névés et de petits lacs.

Malheureusement, les nuages, un peu de flegme et de toux et finalement la pluie viennent à bout de notre motivation de marcher. 

Le sommet  et notre petite cabine au bord de l’eau resteront le meilleur de ces quelques jours.

Nous devons aussi quitter mentalement les grands plateaux et les cascades par moments, pour s’intéresser aux nouveaux développements de notre lutte contre différents projets touristiques totalement incongrus et destructeurs chez nous. Faut-il être au milieu d’une nature si imposante pour être ramenés dans les soucis du retour.

En route pour le Sognefjord et contourner le Jostedalsbreen, 8-11 juin 2026

Notre route nous mène dormir à Gudvangen, en passant par Voss. La météo est exécrable, les cascades se jetant dans le Naeroyfjord n’en sont que plus impressionnantes, l’eau se jette de falaises de plus de 1000m. Nous longeons à pied le fjord jusqu’à Bakka (petite balade de 9km, vu la météo je grommelle au départ), église blanche, hameau, où nous rencontrons le seul habitant de moins de 60 ans et son troupeau de chèvres. Le chemin (évitant le tunnel) traverse des éboulements plus ou moins anciens, la route n’existe que depuis 1978, le tunnel date de 2001 permettant d’atteindre le hameau la plupart du temps, même en hiver. Partout des cascades, des traces d’éboulements et des histoires relatant que lors d’avalanches, même en ramant au milieu de l’étroit fjord, les barques étaient renversées. Sur le petit parking, nous sommes quelques petits camping cars bien serrés, les pizzas du port sont excellentes. Les bateaux de croisière sont électriques, catamarans dont le design permettrait à chacun d’avoir la vue, mais les touristes sont à l’intérieur; et nous, nous en avons marre de l’humidité.

Premiers passages en altitude, le paysage change très rapidement.

Gudvangen-Vik, le bac pour Hella, Sogndal par une route très étroite longeons le fjord puis nous nous engageons sur la route 55 pour dormir à Solvorn, région de vergers de pommiers.

Camping à la ferme, Solvorn
Solvorn depuis Urnes

Le lendemain, à pied, bac pour Urnes, visite de la plus ancienne église en bois debout de Norvège, la 4ième sur ce site, ayant été préservée grâce à son socle en pierres. La première datait de 1070, transformée, rénovée, agrandie par la suite, certaines décorations font référence à des dieux celtiques.

Sur les piliers, le bien et le mal sont représentés par un lion mordant un serpent, mais au Moyen-Age, les sculpteurs avaient une idée des lions…juste par la Bible.

Nous continuons sur la route panoramique 55, passant à 1300m. d’altitude. Nuages, petite bruine intermittente, mais une ambiance extraordinaire le long des lacs partiellement gelés. La route est étroite, bien aménagée parfois bien pentue. Nous nous arrêtons avant Lom.

Lom est un petit centre intéressant car au carrefour de plusieurs parcs nationaux, dont le Jotunheimen, entouré de montagnes de tous les côtés. Les possibilités de randonnées de toutes longueurs et dénivellés semblent nombreuses, l’office du tourisme regorge d’informations. Nous visitons l’église en bois et reprenons la route en négligeant le musée de la montagne norvégienne, de bonne renommée, à mettre au programme une autre fois, car il fait beau!

Nous nous arrêtons à un point de vue, pour grimper dans le parc national Reinheimen. Des cascades, l’énergie fabuleuse de l’eau, un sentier  nous mène au-dessus des arbres. Nous devions traverser le torrent sur de grosses pierres pour redescendre par un bon chemin sur la rive droite; l’endroit est magnifique, puissant, le torrent diffiicle à photographier car trop étroit. Le passage nécessite de grimper sur des blocs, trop difficile pour moi, nous redescendons par le même sentier, après avoir grimpé sur un petit sommet d’où la vue est superbe. 

Continuant à rouler avec le soleil, nous nous arrêtons pour la soirée en altitude, au bord du lac de Breiddalsvatnet, après Grotli.

Bergen, soutenance de thèse, du 2 au 8 juin 2026

La météo est plutôt stable, il pleut. Nous rencontrons notre fils Joseph dans un café alternatif, rôtissage du café sur place, ambiance décontractée. Notre tâche du jour: les courses pour la soirée suivant sa soutenance de thèse, dans les conditions classiques c’est-à-dire sans connaître le nombre exact de personnes, ni savoir ce que chacun va apporter, et en plus avec d’autres habitudes que les nôtres.  L’étape importante est le passage au magasin étatique de vins…..

Le lendemain, c’est le jour J, la soutenance a lieu dans un amphithéâtre, la cheffe de cérémonie en robe noire suit le protocole, mais avec le sourire. La soutenance se passe très bien, illustrée par des dessins du neveu et de la nièce de Joseph, nos petits-enfants; puis viennent les discussions du contexte scientifique et les questions des opposants, très constructives, intéressantes mais cela dure juste de 10h à 13h. Une chance pour moi que j’arrive à comprendre. Le sujet concerne les flux de CO2 entre les plantes et l’air dans les alpes de l’ouest de la Norvège et l’incapacité de cette région à rester un puits de carbone avec le réchauffement climatique, ainsi qu’un nouvel outil de code informatique développé spécifiquement pour le traitement d’un nombre gigantesque de mesures dans ce contexte. Les opposants se retirent pour revenir annoncer que la thèse est acceptée et tout le monde ressort de la salle, Joseph devant selon le protocole.

Les opposants et la chair woman
Les superviseurs

Nous sommes invités à la cafétéria de l’université, sandwichs au menu, puis filons chercher notre hanneton pour aller à la salle de la soirée. Il est plein à craquer de tous les vivres et boissons, une amie de Joseph, Morgane, vient avec nous installer la salle, une aide bien utile.

La soirée démarre tôt, vers 17h, le mousseux du parraîn de Joseph a un franc succès comme la raclette.

La raclette est complétée par un buffet sympathique de mets préparés maison. Le sirop de sureau aussi importé file plus vite que le blanc et le rouge. Les superviseurs restent toute la soirée, même la professeure dirigeant ce grand groupe de recherche, très occupée scientifiquement et politiquement pour la défense du climat, notamment par le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Les contacts sont faciles, sympathiques, chaleureux. Une des opposants, professeure à Trondheim, nous remercie devant toute l’assemblée pour notre organisation. Nous passons une excellente soirée, gérant l’intendance avec le plaisir de se sentir encore utile. Le lendemain, nous irons rendre la plupart de nos achats au magasin étatique de vins.

Le lendemain, vendredi, il pleut encore et nous passons la journée devant un dîner de restes chez Joseph, moment de repos bien apprécié..

Par chance, suit une belle journée nous permettant de monter en-haut du funiculaire Floibanen et d’aller marcher et pique-niquer au sommet du Blamanen, retour par le Rundemanen pour Pierre-Olivier et Joseph, par le même chemin pour moi à cause de mon genou. La vue sur Bergen est splendide, nous avons délaissé la foule du haut du funiculaire; et surtout tous les verts sont dans le paysage, avec des teintes brunes, pourpres en plus.

Nous redescendons à pied jusque chez Joseph et improvisons une grillade.

Dans son quartier et même en ville, de nombreux rhododendrons et cytises sont bien fleuris, les maisons anciennes en bois très blanches donnent une belle note claire sur la colline.

Nous complèterons notre séjour par une balade dans Bryggen, le vieux Bergen.

Pendant que je m’astreins au vélo et aux exercices sur le parking. Pierre-Olivier découvre un joli circuit de course, avec ou sans pluie, la ville court….impressionnant.

Gryon-Bergen, 28 mai-2 juin 2026

Un costume de bain, une grosse polaire,

Une natte de gym, des souliers de marche,

La robe des journées spéciales, un blouson élégant,

Un vélo et son rouleau pour pédaler sur place,

Un lot de bouteilles d’excellent mousseux valaisan bio,

Une meule de fromage à raclette,

Mais quel bazar dans ce hanneton qui se demande où il va étrenner ses nouveaux pneus.

Départ tranquille, premier arrêt pic-nic à Môtier au bord du lac de Morat, aux couleurs émeraudes par cette belle journée.

L’occasion de goûter du « Choc agricole », une pâte à tartiner brune comme du Nutella, au goût rôti chocolaté, avec une note noisette. La dégustation du Choc agricole variante « Connaisseur » nous convainc, sa note noisette rappelle les préparations à base de pois chiche (Ferme Chautems, Champ du bœuf 1, Lugnorre, Vully).

Mais le Choc agricole, c’est 100% d’ingrédients locaux: tournesol et lupin, cette plante aux belles fleurs en forme de bougies, une légumineuse, que j’avais étudiée, testée en recettes et pour laquelle j’étais allée en Australie à un congrès, il ya quelques…dizaines d’années. Peut-être avions-nous des années d’avance? Qui dit légumineuse dit source de protéines végétales, et fixation d’azote atmosphérique, grâce à la  symbiose avec un rhizobium (bactérie) accroché à ses racines. Une plante riche en protéines et utile pour l’environnement, puisqu’elle recharge le sol en azote à partir de l’air, annulant tout intérêt d’apport par des fertilisants naturels ou chimiques.  

Le soir, arrêt à Ranspach au pied des Vosges. C’est vert , entouré de hautes collines, pardon de montagnes, Pierre-Olivier en rejoint la crête à la course pendant que je me mets au défi de continuer mes exercices de physiothérapie en voyage, mon nouveau genou ne datant que de 3 mois. Le temps est chaud, la terrasse et les joues de bœuf bien agréables.

Nous continuons à filer vers le nord, entre camions et travaux, nous voulions aller visiter le château de Marienburg. Nous nous arrêtons au bord de la Weser, à Heinsen pour apprendre que ce château est en rénovation mais aussi que la Weser en abrite bien d’autres parmi ses méandres. Cette rivière est une idée à retenir pour pédaler, visiter, son tracé est encore naturel, en tout cas dans cette région. Je teste mon fixe-roue sur Luciférine, n’osant pas encore pédaler normalement. Depuis notre départ, et même en ayant fait route au nord, la température approche les 30 degrés.

Le lendemain, nous visitons Hamelin, petite bourgade le long de la Weser aux maisons à colombages.

Chœur et orchestre devant l’hôtel de ville, un centre piétonnier, le soleil, et le carillon sur la façade illustrant la légende de la ville, le joueur de flûte de Hamelin, transcrite notamment par les frères Grimm, reprise dans une comédie musicale, une chanson d’Hugues Audray (le joueur de pipeau) et même un manga. Au Moyen-Age en1284, alors que la ville est infestée de rats, un dératiseur inconnu se présente auquel la prime de mille écus est promise pour en nettoyer la ville.

Au son de sa flûte, ce personnage attire tous les rats qui le suivent et se noient dans la Weser. La population ne tiend pas sa promesse. Devant ce refus d’être payé, il retourne quelques semaines plus tard en ville alors que les adultes sont réunis à l’église et attirent avec sa musique tous les enfants et les servantes hors de la ville.

Selon les versions, ils seront enfermés dans une grotte ou partis pour la Transylvanie. Les parents ne les reverront plus, sauf un enfant aveugle et un boîteux qui n’avaient pas réussi à suivre le groupe. Une interprétation serait aussi que la légende attire l’attention sur l’exode des jeunes, déjà à cette époque.

Nous optons pour la visite du château de Bückeburg, en fait 2 châteaux.

Nous ne verrons que le mausolée au plafond en mosaïques d’or et les jardins car ils étaient exceptionnellement fermés! Décidément, ce sera un voyage sans château!

Lever à 4h le lendemain, passer Hambourg sans aucune circulation, pari réussi, un plaisir après les bouchons des deux premiers jours.

Nous nous arrêtons au bord de la Baltique, à Oster Hurup, plage, petite dune, couleurs délavées, églantiers, rhododendrons en fleurs, petite bruine et chute de la température. Grande balade sur la plage et passage chez une poissonière du crû pour un souper de poissons fumés pour l’un, vélo immobile et physio pour l’autre après la petite balade sur le sable. 

Bonne petite journée de pause, soleil et nuages alternent, course, vélo immobile, piscine avant d’aller prendre le ferry et s’attabler au dorénavant traditionnel buffet de poissons.

Notre arrivée à Bergen est tristounette, il pleut, tout est gris, nous réglons des petits aspects administratifs, en mode d’hibernation,  depuis un nouveau grand parking pour camping-cars, aussi pratique que sans charme. J’arrive aussi à cocher quelques cases de mon programme de physio et me plonge dans un excellent livre (Comme des pas dans la neige de Louise Erdrich).

Au pays des huîtres, 15 -20 octobre 2025

Après cette semaine riche en tout, huîtres, poissons grillées, cours de sport, soleil, plage, matinées et soirées fraîches, nous partons pour l’ile d’Oléron où nous visitons le phare de Chassiron.

Le phare et une tour de contrôle militaire
La balise du rocher d’Antioche, juste à côté du phare

Nous apprécions la vue et son histoire: le premier phare à cet endroit, remplacé, réhaussé, repeint en bandes pour être mieux visible par brouillard, les combustibles utilisés du bois à l’électricité en passant par certaines huiles. L’île est vraiment plate et très construite, nous partons pour les marais salants au sud de la région de Marennes et la « La Cité de l’Huître ».

Par des vidéos, des animations, dégustation délicieuse d’huitres gratinées, ce mollusque n’aura presque plus de secrets pour nous. Par exemple, le pire prédateur de l’huître est le bigorneau perceur, perçant la coquille avec sa trompe secrétant un acide; mais aussi redoutable, l’étoile de mer écarte les coquilles avec ses bras munis de ventouses pour y glisser son estomac et gober l’huître avant de se retirer. Les marais étaient destinés à l’origine à la production de sel, puis utilisés pour la conservation des huîtres et moules et enfin à la production d’huîtres et de plantes halophiles (adaptées aux marais salés) comme les salicornes, la bette marine, l’ail maritime. L’huître est élevée 3 ans dans des parcs en pleine mer pour être ensuite affinée dans ces bassins; la salinicité plus faible, le sol argileux du fond des bassins, le phytoplancton particulier modifieront le goût et la couleur de l’huître et de sa coquille (reflets verts dûs à une bactérie). Cette exposition très vivante, installée dans des cabanons rappelant ceux des ostréiculteurs va fermer définitivement par manque de soutien financier étatique. Pierre-Olivier va au cours « d’ouverture des huîtres » et dote le Hanneton du couteau idoine; mais chaque objet doit avoir au moins deux fonctions pour avoir son visa, à suivre. Moi je ne mange que quelques huîtres donc les restaurants me simplifient la tâche. La région fournit aussi la Bretagne et la Normandie où ces mollusques peuvent être élevés mais ne peuvent pas se reproduire, les conditions précises de salinicité, moins de 30 g/l. et de température de l’eau, min. 20°C, n’étant pas remplies. Au sud, vers le bassin d’Arcachon, l’étape d’affinage en marais n’est pas pratiquée. Comme ailleurs, la relève par les jeunes n’est pas du tout assurée, le producteur est mal payé, 2 à 3 euros /douzaine alors que le prix en supermarché est d’environ 12 euros. Mais avant de quitter la région…

Nos 40 ans de mariage

Prochaine étape Rochefort: ville fort plaisante au bord de la Charente.

Le centre ville est parfaitement quadrillé de grands bâtiments anciens majestueux, résonnant tous de l’exploration du monde par les grands grééments, la période royale, les guerres sur l’eau avec l’Angleterre.

Le plus emblématique est la Corderie royale, construite sous Louis XIV en 1666.

Bâtiment long de 374 mètres sur 7 mètres de large, il permettait de produire les cordes en chanvre pour les navires d’une encablure: 300 mètres de fibrilles de chanvre étant nécessaires pour fabriquer une corde de 195 mètres, soit une encablure, unité officielle de l’époque. Ce bâtiment a été controversé dès sa construction vu les méandres de la Charente le distançant de l’océan et le caractère vaseux du sol nécessitant de le construire sur un radeau de bois, fixé sur de profonds pieux. La façon de tordre les fibrilles de chanvre pour les assembler en torons, « commis » (commettre: réunir en spirales les brins les uns autour des autres) à leur tour en aussières est présentée grâce à un système miniaturisé.

Réalisation d’un petit bout de corde

Nous nous plongeons dans les épissures, surliures, épissoires,…un musée vivant, technique parfait pour les amateurs de Scrabble! Quasiment détruit en 1944, il a été reconstruit à partir des années 1970, entouré d’un jardin, un bel endroit calme et vert à deux pas du centre.
Le soleil est de la partie, les gens souriants, le choix des petits bistrots recommandés par des locaux très vaste. Nous arpentons les rues, profitant d’une halte citadine, shopping bien sympathique, coiffeuse excellente guide locale comme toujours. J’ai peine à ne pas craquer devant bien des livres d’enfants….
Quand nous décidons de nous acheter un pic-nic pour enfin arrêter d’aller au restaurant, le boucher nous recommande un établissement à Brouage servant une recette locale de ragoût de poissons et de crustacés, la Chaudrée, nous ne pouvons pas ne pas tester! Ce sera notre ènième dernier restaurant, quel pays. Et ce jour était jour de marché aux Halles, alors….
Brouage abrite « la Halle aux Vivres ».

Courez-y ne serait-ce que pour la culture et l’enthousiasme de la jeune dame nous y accueillant! Et pourtant, elle est toute prise émotionnellement par sa nièce, petite fille en train de terminer un sans-faute à un concours hyppique, la famille semble être un fan’s club des plus engagés!

Et hop, une Chaudrée

Brouage était une petite ville fortifiée au bord du golfe, donc de l’océan, située actuellement en pleine terre, suite à l’ensablement progressif. Place fortifiée de 4000 âmes, négociants hollandais, militaires, c’était une plateforme commerciale pour le négoce du sel et le commerce maritime en général et un départ pour la pêche à la morue en Terre-Neuve, sans guerrre de religions entre ses murs malgré le protestantisme des Flamands. Le commerce passait déjà au-dessus de toute autre considération. Jadis, les Romains exploitaient ces marais en y râclant le sel lors de l’évaporation à maréée basse. L’ensablement progressif a toujours été un problème connu, les bâtiments comme cette halle étaient construits sur des pieux, soutenant des plateaux de bois, surmontés de couches de pierres pour finalement accueillir le bâtiment hors de l’eau. Les dépôts d’alluvions sont favorisés par la présence de l’île d’Oléron qui bloque et renvoie vers la terre les sédiments amenés par les différents fleuves. Lorsque l’ensablement a condamné Brouage comme port, ce bourg a été presque totalement abandonné, ne comptant plus que 10 personnes et Rochefort développée.

L’intendant de Louis XIV nommé Bégon a dessiné l’urbanisme quadrillé de Rochefort, passionné de botanique, il a laissé son nom au bégonia.

Le sel, surnommé l’or blanc, était évidemment encore plus essentiel à cette époque que de nos jours pour la conservation des viandes, des poissons et le tannage des cuirs. Brouage a été utilisée comme place forte par Richelieu pour assiéger La Rochelle, protestante, en l’encerclant et l’affamant au point de diminuer drastiquement sa population. Notre guide a l’habitude de faire remarquer aux classes que les histoires d’aphyxie de populations, comme à Gaza, ainsi que la lutte pour « l’or » blanc ou noir se répète tristement à travers les siècles. Nourris intellectuellement par ces éclairages sur ce coin perdu au milieu de ce plat pays, nous attaquons avec plaisir notre Chaudrée.

Le pont transbordeur entre Rochefort et Brouage, pour franchir la Charente, maintenant pour les cyclistes et les piétons


Poursuivant nos buts gourmands, nous rentrons en rencontrant deux vignerons, dans les Côtes de Bourg, le long de la rive droite de l’estuaire de la Gironde, l’un enseignant en viticulture exploitant un minuscule domaine, le second ayant monté un domaine moyen pour la région, 27 ha, dont un des vins nous avait beaucoup plus au restaurant. L’étape suivante sera à partager chez nous!

Atlantique en octobre

Après une soirée baby-sitting chez notre fille et une nuit sur le parking de notre ancien « chez-nous », nous traversons la France en une journée, ce qui n’était pas  planifié, pour nous installer près du cap Ferret. La région étant touristique, aller en camping semble plus judicieux que l’installation sauvage, bien que la plupart soient fermés!

Notre terrain sur la presqu’île menant au cap Ferret est tout près de l’océan, derrière la dune. Le lendemain, nous marchons jusqu’au village ostreicole de Canon, y dégustons des huitres chez un producteur. Servies sur la glace, avec le sourire, la table à quelques mètres du rivage du bassin d’Arcachon, un joli moment.

L’occasion aussi de discuter avec l’épouse tenant la buvette de dégustation de la gestion de cette activité et de la sauvegarde du patrimoine. Par exemple, les cabanes de producteurs sont louées pour 99 ans et en cas de changement de locataire, le prix pour la reprise par un nouvel exploitant est fixé par une commission indépendante, étatique. Ainsi, ces petites maisons d’élevage d’huitres ne peuvent pas être récupérées par des touristes fortunés et le patrimoine, autant le savoir-faire que l’aspect architectural est maintenu. Certaines cabanes, en fait de petites maisons, sont des résidences de familles ayant développé la région. Si l’une d’elles ne désirent plus profiter de sa maison, elle sera transmise à un producteur et ne pourra donc pas non plus être vendue au plus offrant. Ces producteurs proposent leurs huitres, quelques autres fruits  de mer sélectionnés parmi une liste très stricte de mets autorisés et deux vins. Leur patente diffère donc nettemnet de celle d’un restaurateur. Nous pourrions imaginer cadrage similaire pour nos buvettes d’alpage, évitant la perte d’authenticité subie en se transformant en restaurants montagnards de luxe.

Nous déambulons dans ce vieux village avant de rentrer en ramassant, comme à l’aller, des arbouses. Les arbousiers ont les branches chargées de fruits, en plus beaucoup jonchent le sol et certaines branches sont encore en fleurs. L’arbousier est magnifique.

Nous avions un petit sac plastique avec nous, par chance, validant la recommandation de ne jamais partir en balade sans ce contenant au cas où….De retour au camping, Pierre-Olivier cuit les fruits et prépare ainsi des boîtes de compote. L’arbouse est riche en anti-oxydants, en vitamine C, nous en mangeons aussi crû durant notre balade, le goût est fin mais peu prononcé, la texture est un peu gélatineuse, riche en pectine, quant à la couleur….juste splendide.

Je regrette beaucoup d’être tombée chez moi et en conséquence d’avoir un genou trop raide pour le vélo, car la région est faite pour ce loisir et la marche à plat, bien moins motivante.

Alors, permettez que je m’amuse à vous raconter notre coup de tête, changement de décor pour quelques jours…

Bien sûr d’autres en rêveraient

40 ans à marcher main dans la main leur iraient

Bien sûr d’autres imagineraient la fête exotique

A fouler une île lointaine sous les tropiques

Bien sûr certains partagent leurs exploits

Tours de roue au long cours me plongeant dans les rêves avec émoi

Mais un accroc de parcours éloigne des pédales mon genou

Les vagues de l’océan nous refusent la baignade jusqu’au cou

Alors une pause sans rouleaux au creux d’une plage accueillante

Où la piscine chauffée aussi nous enchante

Poissons grillés et crudités

Riment dès le matin avec activités

La salle de musculation

Comme atelier de réparation

Bien sûr c’est classique et votre rêve se brise

Mais le nôtre reste intact pour profiter à notre guise

Séjour à Tulle, quelques visites en Corrèze; retour par l’Auvergne (7- 14 sept. 2025)

Nous logeons dans un appartement à Tulle en attendant que notre camping-car soit réparé, partant en excursions avec notre voiture de location.

Journée à Aubazine, une abbaye.

Fermeture hebdomadaire imprévue, nous partons en balade en forêt et le long du « canal des moines », bisse construit pour amener l’eau à l’abbaye.

Belle forêt, le chemin est praticable malgré les derniers déluges. Par chance, nous pouvons ensuite nous joindre à un groupe pour la visite, ludique et instructive, un plongeon dans la mode de Coco Chanel.

L’abbaye était cistercienne, d’où l’absence de représentations de scènes,  d’animaux, de personnages sur les vitraux qui sont « grisaille » donc sans couleurs arborant des motifs simples répétés.

Cette abbaye a servi d’orphelinat pour jeunes filles, Coco Chanel y a séjourné un nombre inconnu d’années et cet endroit l’a marquée.

La vie des Cisterciens était rude, grand dortoir froid l’hiver, réveils nocturnes imposés pour des prières à l’église rejointe par un escalier obscur, irrégulier impressionnant  pour les orphelines.

Habits sobres, vœux de pauvreté, rien de superflu.

Les pierres du sol du dortoir sont magnifiquement arrangées et représentent des symboles répétés, dont la lune et une étoile à cinq branches.

L’abbaye ayant changé de patriarcat, il dépend aujourd’hui d’une congrégation ayant son siège au Liban, donc aucune aide financière possible pour l’entretien de cette manne-là.

Tous ces éléments ensemble donnent:

-Le logo Coco Chanel, les deux C entrelacés rappelant les vitraux.

-Les chaînes des sacs de la marque, la ceinture de l’habit des Cisterciens était une chaîne.

-Une mode révolutionnaire libérant les femmes: plus de corset, des vêtements aux lignes sobres permettant de bouger, rien de superflu.

-Le parfum Chanel Numéro 5, comme l’étoile et des motifs répétés sur ses tissus.

-Un escalier dans sa résidence du sud de la France similaire à celui menant à l’église, divisé en deux parties pour qu’il entre dans la résidence, modeste, sans fioritures.

-Régulièrement, des séminaires, stages de création de la maison Chanel à l’abbaye et importante cerise sur le gâteau: la promesse de la rénovation de tous les toits, et d’autres énormes travaux d’entretien financés par la maison Chanel débutant prochainement.

Cette abbaye voudrait aussi servir d’hébergement à des pèlerins de passage; actuellement la chaudière a lâché, de l’eau s’infiltre dans les plafonds…. Et pourtant, par manque de moyens financiers l’église principale avait été démolie sur une grande partie de sa longueur sur ordre du curé lui-même, pour économiser les frais d’entretien. L’église initiale était totalement sur-dimensionnée pour en mettre plein la vue aux Bénédictins, congrégation dominante concurrente dans la région. Le manque de moyens et la volonté de préserver ces bâtiments et le jardin ont motivé des bénévoles locaux de s’impliquer et que l’abbaye soit ouverte, utilisée pour toutes les fêtes du village et les marchés. Jusqu’à récemment, ses locaux étaient à disposition pour des semaines à thèmes comme les plantes médicinales, ou la pratique du yoga par exemple, une manière bien sympathique et efficiente de rendre de la vie à ces belles pierres; ne pourrait-on pas y penser ailleurs ?

Rocamadour

L’architecture adossée aux falaises est impressionnante et la pierre d’une des églises splendide, notamment le plafond composé de petites pierres jointes.

Mais l’endroit est tellement touristique, je ressens le lien argent-religion-supersitition très présent, nous empêchant d’apprécier ce lieu avec émotion. Certainement qu’en y arrivant à pied, vu que c’est un endroit clef d’un des parcours vers St-Jacques-de-Compostelle, et le soir, quand la plupart des touristes ont déserté, nous aurions un autre ressenti. Toutefois, pour notre part, nous avions été conquis par Conques et ne regrettons pas notre choix d’un autre parcours vers St-Jacques-de- Compostelle.

Le Brézou

La Corrèze est vraiment verte, des forêts denses, des collines, quelques prairies avec des haies. Alors pour profiter de cette nature, et sans avoir préparé des vacances de marche dans la région, nous suivons quelques sentiers didactiques dans la forêt du Brézou. Châtaigniers, feuillus, houx, noyers,  charmes,  de la mousse et des fougères, une forêt laissée à son cycle, du bois mort, des arbres tombés, petits ruisseaux, vraiment une belle diversité. Les forêts sont privées, une raison aussi de suivre des chemins bien balisés, publics, et vu les quelques fortes pluies récentes et nos baskets de vélo en guise de souliers de marche, nous ne tentons pas de grandes randonnées.

Cité de l’accordéon et des Patrimoines de Tulle.

La partie la plus importante de ce musée est consacrée à l’accordéon, la manufacture Maugein, fabriquant de façon personnalisée cet instrument étant toujours en activité. Le premier atelier datait de 1919, la période la plus florissante des années 30, avec quelque 300 ouvriers. Un festival d’accordéons a lieu chaque année en juin à Tulle; comme quoi cette ville peut être gaie et animée ! Ce musée présente de très anciens instruments, tente de nous expliquer ses « entrailles », constitué de milliers de pièces dont les anches, languettes de métal et de peau ajustées pour que la note soit juste.

1957,ça ne nous rajeunit pas…

L’accordéon est un instrument vraiment impressionnant de par sa complexité. Les styles de musique, sa place dans l’histoire y sont aussi présentés nous donnant l’occasion d’entendre quelques classiques de chanson française notamment. Pour nous, c’est aussi un rappel d’excellents souvenirs puisque notre fille en a joué pendant 25 ans. La fabrique Maugein produit des accordéons chromatiques, à boutons et non à touches, en tout cas sur les modèles exposés. Nous pouvons même essayer un instrument diatonique et un chromatique, avec leçons de base sur vidéo.

Une petite partie du musée présente la dentelle de Tulle de façon succincte.

Enfin, le dernier étage est consacré à la fabrique d’armes (pistolets, fusils…) appelée la manufacture, ouverte en 1690 et fermée en 1998. Véritable poumon économique du Limousin, 4700 ouvriers y travaillaient durant la première guerre mondiale. Cette usine formait avec beaucoup de rigueur son personnel, permettant à des jeunes entrés à 15 ans de progresser professionnellement jusqu’à des niveaux spécifiques entièrement dans l’entreprise, une vision moderne. Mais en accord avec l’époque, les sirènes rythmaient les débuts et fins de période de travail. Des témoignages nous plongent dans cette culture où travailler à la « manu » était une fierté, une école de rigueur, un apprentissage d’excellence mais aussi un moule de pensées, de mode de vie unique, des conditions de travail extrêmement difficiles pour certains, mais aussi pour toute la région un lien social, culturel, une sorte de grande famille. Lire et entendre les témoignages me plonge dans toutes les notions que les employeurs aimeraient bien cultiver à l’heure actuelle, mais souvent sans succès au vu des restructurations et autres gestions écartant l’aspect humain d’une décision. L’activité de « perruquer » désignait le fait d’utiliser des matières et des outils pour fabriquer des objets en-dehors de la production règlementaire. Cette activité était tolérée par la hiérarchie et de jolies créations, cadeaux pour des départs à la retraite, sont exposées. Une expression de la reconnaissance et de la solidarité entre ouvriers. Je me demande si dans les années 80, nous ne perruquions pas de  temps à autre d’une certaine manière…?

Les guerres ont évidemment permis aux femmes d’entrer dans ce monde technique et masculin, mais les portes de la formation technique se sont ouvertes pour elles en 1970, date à partir de laquelle, il semblerait que leur qualités en mécanique de précision aient été bien reconnues. La question du sentiment de culpabilité potentiel vu que cette usine ne produisait que des armes est aussi abordée. Certains,  à l’étroit dans cette culture de la pensée unique le ressentait; pour beaucoup d’autres dominaient la réalité pratique de l’intérêt d’un travail stable, le fait que si un pays a une armée, la fabrication d’armes est une évidence donc autant que celle-ci nous donne du travail et soit élaborée dans une culture d’excellence. De plus la plupart des ouvriers et ouvrières étaient concentrés sur un type de pièces, et ne voyaient donc pas d’armes, les aidant à ne pas penser à cet aspect destructeur.

Ce jour, une petite manifestation et même l Internationale chantée dans la rue; le premier ministre a été destitué la veille; immersion dans la vie locale !

Jeudi après-midi, soit 5 jours après notre arrivée à Tulle, le mécanicien et patron du garage nous appelle, nous pouvons repartir avec un embrayage neuf. Nous décidons de nous arrêter en Auvergne, vers le Puy de Sancy. La météo est très mitigée, nuageuse, humide. Nous bénéficions d’une petite fenêtre agréable pour grimper sur le Puy de la Tâche, offrant une très belle vue.

Ces anciens volcans sont des pâturages aux teintes dorées, couvert par endroits de  bruyère, pas d’arbres, le pays doit être très venté, un relief permettant de voir très loin. Pays de fromages, spécialement du Saint Nectaire, nous visitons une ferme, les restaurants proposent principalement des mets au Saint Nectaire et à la fourme d’Ambert, les maisons sont cossues, en grosses pierres, nous sommes bien en moyenne montagne.

Ferme de l Oiseau: Mais quel intrus ! Il vient de la truie d’à côté. Les porcelets s’attribuent une tétine jusqu’au sevrage.
Tous à la sieste…
Une beauté de la race Salers du Limousin

Le nombre de campings, de grottes, de cascades à visiter témoignent d’un tourisme familial bien vivant. Les thermes, au centre de Saint Nectaire et son vieil hôtel présentent par contre une architecture non entretenue et un autre tourisme, en fin de règne. Le pays nous plaît surtout au-dessus de 1000m; c’est-à-dire au-dessus des forêts, offrant un paysage ouvert et grandiose invitant à la marche.

Eglise romane de St-Nectaire
Vitraux « grisaille » d’origine

La Bourgogne à vélo, suite du canal de Bourgogne jusqu’à Dijon, et… la panne, 30 août – 6 septembre 2025

Nous reprenons nos montures, le soleil n’est pas de la partie, la pluie non plus. En chemin, la Fosse Dionne, exutoire d’écoulements souterrains provenant du plateau calcaire environnant, quelques beaux lavoirs, le canal, la verdure, le calme sont toujours notre fil rouge.

La fosse Dionne

La météo nous incite à trouver un logement en dur, sans succès. Par contre, une buvette nous tend les bras nous détournant de notre pic-nic de midi.  À peine installés sous de grands parasols, une  bonne averse surprend tout le monde. La soirée sera sèche, nous soupons au bord du canal à Chassignelles, chez Valérie, son énorme chien aussi doux qu’encomburant et son élégant chat tellement bien nommé Smoking. Le jardin à l’arrière de l’éclusière sert de camping pour les cyclistes, bucolique à souhait (74 km).

Le lendemain, petit retour en arrière pour la visite du château d’Ancy-le-Franc, aux jardins à la française et à l’anglaise, château Renaissance, quelques plafonds splendides.

Autre arrêt culturel à la forge de Buffon,grand ensemble industriel créé par cet important naturaliste, pour la production de barres et autres objets en fer au 18ième siècle. Les 3 roues des Moulins et les bâtiments de belle pierre sont conservés; l’ensemble est d’importantes dimensions car, fait unique pour l’époque, il regroupe la partie industrielle, les logements des ouvriers, celui destiné au comte Buffon lorsqu’il était présent et même une grange à bœufs. Les conditions de travail, entre poussière, chaleur et bruit assourdissant font froid dans le dos.

Descente au pied du haut fourneau

A Montbard, nous ne trouvons pas immédiatement le camping, ce qui nous vaut de monter la tente avec la pluie qui s’intensifie alors que nous avions pédalé au sec. Des cordes pour pédaler jusqu’à notre souper, un bon petit buffet que nous essayons de prolonger en espérant une accalmie pour le retour, en vain ! (45km)

Le jour suivant sera rude, le vent par moment, de nombreuses écluses montantes; cela paraît exagéré mais nous sommes bien surpris de sentir que nous montons jusqu’à Pouilly-en-Auxois, point culminant du plus haut canal de France, à 378 m. d’altitude.

Cette fois, qu’une petite averse le soir lorsque nous avions sorti notre tente pour la sécher dans le jardinet du studio réservé. A Pouilly-en-Auxois, le canal encore utilisé, passe sous la ville par un tunnel de 3333 mètres construit de 1825 à 1832 par 4000 hommes dont des prisonniers; en plus du tunnel, 32 puits d’aération ont dû être percés.

Sortie du tunnel à Pouilly-en-Auxois

Au 19ième siècle, les péniches étaient propulsées par des ouvriers les tirant et les poussant au moyen de perches qu’ils accrochaient dans des « prises »  le long des parois du canal large de 5m20, obscur et humide. Les plus grandes péniches sont normalisées à 5. 05 m. de large et 39 mètres de long. La manœuvre le long des 3 kilomètres reste délicate aujourd’hui comme nous l’explique un marin d’une péniche-hôtel. Pour nous, la « descente » vers Dijon est un joli parcours dans un paysage de prairies, étape facile jouant sur certains tronçons à cache-cache avec l’autoroute (62 km).

Le canal de Bourgogne a été construit comme axe de liaison entre la Manche et la Méditerranée. A Pouilly, nous étions sur la ligne de partage des eaux entre la Seine et le Rhône, franchissant à nouveau la ligne de partage des eaux entre les bassins de l’Atlantique et celui de la Méditerranée. Il comporte 189 écluses.

A Dijon, nous apprécions d’arpenter les rues aux belles maisons patriciennes ou plus rustiques, celles à colombages. Une bonne adresse sympathique pour l’apéro, l’Arsouille, plus de difficultés à trouver un petit restaurant simple et authentique, l’aspect gastronomique est bien touristique. Appréciant les bonnes trouvailles et riant des moins bonnes adresses, nous foulons les pavés avec beaucoup de plaisir et une bonne fatigue. Pierre-Olivier arrive toujours à recevoir des conseils de locaux, moi d’une amie.

Bien des adresses mériteraient d’être testées, mais la pluie battante du surlendemain nous fait apprécier de prendre le train pour retrouver notre camping-car à Decize après ces presque 500 kilomètres pédalés le long des canaux. Notre hanneton nous attend, comme le gérant fort sympathique du camping; nous apprenons son souci à notre égard, l’évacuation d’un camping de la région à cause des tempêtes de vent et de pluie.

Suit une soirée récréative, gastronomique et chaleureuse chez des amis à Vallon-en-Sully. Le lendemain, départ en direction des Landes pour aller pédaler le long de l’océan, histoire de changer de décor et de troquer le bœuf Charolais contre les fruits de mer. Mais panique à bord ou presque, je roule en 6ième sur l’autoroute quand je ne peux plus rétrograder de vitesse et le changement de conducteur n’y change rien !

Un jeune dépanneur nous amène à une carrosserie.

Le patron, fort aimable, et bien rôdé nous propose « sa semaine tout compris » : comprenez le dépannage, la location d’une voiture, les contacts et un délai très court pour changer notre embrayage auprès de son ami mécanicien, l’hébergement dans un hôtel ou un appartement d’un autre ami, tout ceci pour le montant que les assurances européennes de dépannage dédommagent au total. Nous ne sommes pas les seuls dans son petit bureau, sa petite entreprise est homologuée pour aller dépanner sur l’autoroute, son affaire est donc bien rôdée et tout le monde est gagnant. Mais malheureusement l’ATE n’est pas si arrangeante et estime que nous pouvons vivre à Tulle sans voiture de location. J’aimerais envoyer les bureaucrates tester Tulle pendant une semaine !

Nous voilà donc logés dans cette ville, le dépanneur et le mécanicien nous ayant vanté les beaux endroits de la Corrèze. Quelques idées d’excursion sont bien nécessaires pour que mon cerveau s’adapte au nouveau plan. La grisaille de Tulle étirée le long de la Corrèze, (la rivière) ses quelques tours sans style dépassant largement de façon totalement choquante du reste du bâti, ses enseignes fermées, la moiteur de l’air, vraiment je n’arrive pas du tout à apprécier cette ville.

Depuis notre fenêtre, le « brutalisme »

Nous planifions notre visite de la région avec notre voiture louée et décidons de faire confiance au mécanicien recommandé pour soigner notre Hanneton.

La Bourgogne à vélo, de Decize à Dijon par le nord

Le canal du Nivernais, le début du canal de Bourgogne et un accueil chaleureux et passionnant dans un domaine agricole (25-29 août 2025)

Nous laissons notre camping-car à Decize, au camping à côté duquel nous dégustons un bon souper à la base nautique; grand beau, vue sur le canal.

Lundi 25, nous partons avec Luciférine équipée des sacoches arrière et Monsieur Vélo chargé de ses 4 sacoches et de matériel sur le porte-bagages. Après hésitation, nous prenons notre matériel de camping, histoire de tester comment la souplesse légendaire de mes vieux genoux supportent encore la vie en petite tente. Ce que je n’avais pas vraiment voulu comprendre, c’est que la tente pour Pierre-Olivier comprend le réchaud, la casserole, des soupes, la cafetière italienne du café et du décaféiné. A cela, se sont  ajoutés les tomates de notre terrasse les plus mûres, un bocal de confiture et quelques autres provisions de notre frigo ! 

Nous pédalons par une météo estivale, température bien élevée avec un peu d’air, c’est parfait. Le canal du Nivernais est bien rectiligne au début, le ciel est bleu mais le paysage m’apparaît comme un tableau aux couleurs délavées: les vaches Charolaises blanches dans des pâturages jaunes beiges, secs, à l’herbe rase ressemblant à de la paille. Heureusement, les haies toujours présentes apportent du vert, mais les arbres plus hauts ont des feuilles jaunes brunes. Paysage empreint de soleil, un peu monotone mais un calme absolu fantastique.

Depuis Cercy-La-Tour, le paysage gagne en charme, en nuances de couleurs et en courbes.

Les éclusières (maisons) sont toutes numérotées

La température et les kilomètres nous font rêver d’une terrasse, d’une glace à Châtillon-en-Bazois. Mais que nenni, le supermarché est en-dehors, le village est plutôt désert, nous décidons de camper à Baye, 15 km de plus qui se font bien sentir; par chance en arrivant Pierre-Olivier peut réserver la dernière table au restaurant avant que nous allions planter notre tente encore 2 km plus loin. Partie du parcours sauvage écrivait notre guide, alors effectivement un plein de nature, de calme, de douceur, de romantisme à contempler les quelques bateaux ou jolies péniches bien rénovées que nous dépassons au fil des écluses; mais risquer ne pas trouver bonne chair en Bourgogne, quelle surprise ! Une fois à table, nous nous régalons. (75 km).

Le lendemain, encore une chaleur très estivale, plus de vert sur les rives du canal, nous avançons bien, le calme, l’eau, certaines éclusières et leur jardin font le charme de l’étape. Avant Clamecy, au camping, nous hésitons à continuer lorsque quelques nuages noirs et la lourdeur de l’air nous décident à planter notre tipi. Montée rapidement, un orage terrible éclate à la dernière sardine plantée, suivi de trombes d’eau, notre montage rapide a été correct, nous dormirons au sec ! Nous passons la fin de l’après-midi à attendre que les cieux se calment.

Clamecy est une petite cité médiévale, mignonnette, 2 restaurants ouverts, vite complets et des rues désertes. (54 km).

Par un temps nuageux humide, nous reprenons nos montures, enfiler le cycliste mouillé de la veille avec bonne humeur est le test positif pour conclure que je dors bien sous tente. Ce qui était évident pendant des dizaines d’années mais cette affirmation s’érode avec le temps ! 

Toujours plus de forêts, souvent l’Yonne se partage en plusieurs bras nous descendons depuis Baye d’écluse en écluse jusqu’à Auxerre; les vignes du Chablis couvrent les coteaux les plus élevés aux alentours (66 km). 

Mais pourquoi ce canal du Nivernais a-t-il été construit? 

Durant 4 siècles, jusqu’en 1922, le flottage du bois a été une activité économique importante pour la région acheminant le bois du Morvan à Paris comme bois de chauffe. Initialement, les troncs étaient jetés, flottant librement, emportés par le courant (flottage dit à bûches perdues). Puis le charpentier du roi a eu l’idée des radeaux de troncs (flottage par train de bûches). Les flotteurs, ouvriers dédiés au transport devant faire passer les troncs péniblement lors des rétrécissements près d’obstacles comme les moulins, mettaient 6 jours pour rejoindre Paris et revenaient à pied en 4 jours, parfois avec des idées révolutionnaires ! Le bois était marqué par chaque propriétaire, trié dans les différents ports par les femmes et les enfants. A Clamecy, en 1810, 3535 trains de bois sont passés correspondant à des millions de décastères. 

A Auxerre, nous nous logeons dans un petit hôtel (Ibis Budget, parfait) pour flâner en admirant les maisons à colombages et l’immense cathédrale. 

Le lendemain matin, orgue à la cathédrale, splendide, un de ces moments hors du temps ou plutôt durant lequel nous sommes justement intensément  dans le présent, sans aucune place pour une autre pensée; l’imprévisibilité renforce le charme de ces moments, c’est un des aspects que j’adore dans la vie nomade. 

Plus pratique, une galerie d’art servant un petit menu de midi plein de légumes et salades, ce dont nous rêvions. Comme la basilique, ancien hôpital civil et militaire a un magnifique cloître; nous nous mettons en route finalement vers 15h pour rejoindre puis longer le canal de Bourgogne, bordé d’arbres et rectiligne, un peu monotone.

Trois heures et 40 km plus tard, nous arrivons chez nos hôtes Warmshower, Jade et ses parents Pierre et Marie-Aleth. Pierre est éleveur de porcs et agriculteur céréalier, Marie-Aleth accompagne des associations d’aide à domicile dans leur démarche qualité et Jade remet ce jour son travail de Master : « Jardins et vergers collectifs, espaces leviers de la transition écologique et sociale : vers des nouveaux métiers ». Nous sommes immédiatement reçus comme des amis, la maison a un charme fou, le jardin est splendide, nous commençons par y sécher notre tente. Jade nous parle de son voyage à vélo jusqu’en Guinée, partie seule pour cette première expérience.

Préparation des mirabelles pour les compotes

Pierre est associé avec son frère pour l’élevage de porcs et à 3 autres agriculteurs céréaliers pour former une association mettant en commun toutes les machines, le travail, les rendements. Ce type de mutualisation est novateur et très rare en France. Il vise à éviter d’être tous remplacés par un seul grand domaine, utilise la complémentarité des compétences, assure une meilleure qualité de vie par l’entraide. Précédemment, la ferme familiale était prise dans l’engrenage de l’élevage intensif des veaux engraissés avec les surplus de lait, les éleveurs perdant terriblement le contrôle de leur exploitation. Pierre a converti la ferme en élevage de porcs, car ceux-ci sont nourris par les céréales produites sur leur domaine ou en tout cas localement, permettant ainsi de revenir à un concept de production où toute la filière est maîtrisée sur place et indépendante.

Quelques chiffres: 

  • 168 truies pour 3 personnes à plein temps, nécessitant 168 hectares de céréales, pouvant recevoir les déjections des porcs comme engrais. A l’avenir, il faudrait au minimum 320 truies pour un couple d’agriculteurs. 
  • 250 naissances toutes les 3 semaines
  • 850 hectares, gérés par 5 agriculteurs en agroécologie. 

Le domaine est certifié concernant la régénération du sol atteinte progressivement en gardant un équilibre entre le nombre de porcs et la surface céréalière et en respectant une bonne rotation des cultures. Le labourage a cessé il y a 17 ans déjà, les semences sont produites sur place, le grain donné aux porcs également, nous voyons la petite usine de fabrication, nous parlons de tonnes.

Pierre n’a pas réussi à passer à l’élevage en plein air à cause des bâtiments hérités à valoriser. Les collègues ou sa parenté qui avaient franchi ce pas reviennent à une exploitation où les bêtes sont à l’intérieur à cause des normes sanitaires, sacrée contradiction face au courant bio, promouvant le bien-être animal !  De plus, l’élevage en plein air requiert plus d’aliments, la truie devant faire face à des variations de température. A cela s’ajoutent d’autres surcoûts, comme la prédation des jeunes et de la nourriture par la faune sauvage. L’ensemble des frais supplémentaires ne peut pas être reportés sur le prix de vente et rend ce type d’élevage difficile économiquement. Pierre et sa fille ont parfois des visions différentes mais sont tous les deux très ouverts et foncièrement conscients et convaincus du changement de société à venir. Pierre souhaite même que son domaine évolue, se transforme, il navigue dans les compromis entre l’idéal et la réalité économique, en se voulant très transparent. 

Par exemple, pour nourrir les truies de façon équilibrée, un apport de protéines est nécessaire. L’état ne supportant pas suffisamment la culture des pois et des fèves, Pierre a recours au soja du Brésil, qui doit aussi être supplémenté avec de l’huile de soja. Le tourteau non OGM est disponible, et Pierre pourrait légalement déclarer l’alimentation des ses porcelets “non OGM”. Mais l’huile de soya non OGM n’existant pas, et n’étant soumise à aucune déclaration, ce serait une déclaration légale mais trompeuse. Pierre préfère ne pas se déclarer non OGM et rester plus strictement dans la vérité de la pratique. 

Concernant l’hygiène, l’objectif est de produire des bêtes avec un bon système immunitaire. Dans ce but, volontairement aucun désinfectant n’est utilisé, les traitements thérapeutiques sont extrêmement rares, les bêtes sont saines et supportent donc notre contact, le passage des personnes d’un bâtiment à l’autre sans précautions particulières. Les halles d’élevage sont non odorantes, ventilées, éclairées, chauffées. Les déjections tombent, le sol étant à claire-voies. Pierre contrôle la génétique de ses bêtes, sélectionne les truies qu’il va garder comme reproductrice et les porcelets qui partent à la boucherie à l’âge de 6 mois environ. 

Les truies ont exactement 2,4 portées par an, 16 porcelets en moyenne par portée. Pendant le premier mois, la truie est isolée avec ses petits et totalement limitée dans ses déplacements pour éviter l’écrasement des petits, qui arrive parfois de toute façon.

De manière plus générale, les bêtes sont libres sauf à certaines étapes sensibles, comme après l’insémination, ou lors de changement de halles pour que chaque bête s’approprie sa place. Ensuite, elles peuvent ouvrir la barrière de leur place mais viennent souvent se reposer dans leur stalle aimant apparemment être tranquilles dans un endroit de sécurité. 

Le verrat est parmi ces dames, mais à quoi sert-il ? 

Comme marqueur du cycle des truies. Lorsqu’une truie se met vers le verrat, immobile comme une statue, oreilles dressées, elle est prête et se laisse inséminer toujours sans bouger. 

Un des problèmes du bio, et des nouvelles normes pour le bien-être animal, la biodiversité ou la santé des sols (interdiction de certains produits par ex.) est que ces mesures ne sont pas accompagnées de limitations de produits d’origine étrangère, où ces normes n’ont pas cours, entraînant un déséquilibre économique non supportable. 

Les exploitations toutes petites, plus diversifiées, écologiques ont le mérite d’ouvrir de nouvelles visions qui devront s’imposer dans le futur, sur ce point Pierre et Jade se rejoignent et souhaiteraient une volonté politique pour redensifier les zones rurales avec  beaucoup de petites exploitations. 

Ce domaine est aussi un site d’essais expérimentaux en collaboration avec l’INRA ou d’autres stations de recherche. 

Concernant l’aspect agricole, le domaine est certifié, cultivé en agroécologie, comme seulement 3% des domaines en France. La priorité est la lutte contre  le réchauffement climatique, en captant plus de carbone et d’azote dans le sol pour le régénérer. Concrètement, les sols ne sont plus labourés, un mélange de graminées et de légumineuses est semé après les moissons. Ce mélange sensible au gel, déclinera donc à l’automne lorsque les semences de l’espèce de rente (céréale) devront germer et pousser. Cette dernière est donc semée sur un sol recouvert de verdure, comme le préconisait M. Fukuoka pour le riz au Japon dans “La “Révolution d‘un seul brin de paille”  en 1975 déjà.

Moissonneuse batteuse, bourrée d’électronique, pouvant être programmée pour suivre des lignes parallèles à 3 cm près.

Nous voyons les énormes machines permettant de semer dans ces conditions, voire de bêcher en surface si cela s’avère un compromis nécessaire, par exemple lors d’années pluvieuses. Ceci peut résoudre le problème des mulots. La priorité est le rétablissement d’un sol riche et équilibré, alors que la culture biologique met la priorité sur la non-utilisation de produits chimiques.

Vers de terre en train de faire ripaille ! !

A terme, l’objectif est évidemment l’agro-écologie biologique; Pierre estime que de commencer par la régénération du sol est plus pertinent et plus efficace à long terme, limitant aussi les pertes de rendement les premières années de transition. L’agriculture biologique nécessite de labourer pour enfouir les mauvaises herbes, l’agro-écologie empêche leur développement par compétition avec le couvert vert. Si nécessaire, la croissance du couvert vert est limitée par du désherbant extrêmement dilué, à nouveau un compromis mettant à mal nos préjugés de citadins !  Le sol s’améliore d’année en année grâce à cette recharge d’azote et de carbone ainsi qu’à la rotation des cultures de rente; à ce titre le chanvre utilisé pour l’huile, le textile et  des isolants de construction est très intéressant. 

Champ de chanvre

Pour nous, c’est une journée passionnante, que de préjugés remis en cause, que de contradictions mises en évidence avec tellement d’explications passionnantes ! Pour le futur proche, la question est ouverte: d’ici quelques années, une partie des halles seront détruites pour laisser la place à un élevage en plein air ? Utilisées par des artisans locaux pour développer autrement le tissu économique et social ? Jade pourra t-elle développer de tels projets ?

Nous repartons après cette journée de visite et ces deux soirées passionnantes, enrichissantes chaleureuses, en souhaitant que Jade puisse développer ses projets, faire évoluer le domaine et que nous puissions une fois accueillir cette famille chez nous.  

Découvrir, rencontrer, partager : Caminante, no hay camino, se hace camino al andar (marcheur, il n'y a pas de chamin, le chemin se fait en marchant).