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Le retour: 10 – 29 août

Halifax – Hambourg:
Traversons l’Atlantique à bord de l’Atlantic Sun, un des deux plus grands navires jumeaux étant équipés pour le transport des containers, et des véhicules, plusieurs étages de garages.

Avons appareillé avec un jour de retard à cause d’une erreur de manoeuvre lors du chargement d’une machine de chantier ayant eu comme conséquence d’endommager une porte, devant être réparée pour que nous puissions partir.


Souvent du soleil, une cabine avec fenêtre, des chaises sur le pont, vent arrière de sorte que nous pouvons être dehors en ne sentant aucun courant d’air, même à une vitesse de 35 km/h, (plus de 19 noeuds), donc une belle traversée, très rapide. Seul notre capitaine est très en soucis car il a donné rendez-vous au pilote de port de Liverpool en s’engageant à rattraper le retard.

Un matin, réveil dans un brouillard épais, aussi dense que celui qui nous fait perdre l’équilibre sur les pistes de ski! Impressionnant d’être sur le pont, aucun repère, on flotte dans le coton et on continue toujours à presque 20 noeuds.

Nos co-passagers sont trois étudiants, scientifiques, intérêt respectivement pour la physique liée à l’environnement et aux conséquences économiques du réchauffement, pour l’écotoxicologie de l’’eau, et la génétique, tous ayant modifié leur façon de vivre pour diminuer leur impact CO2. C’est dire que les discussions sont d’un niveau élevé, ils rentrent très critiques face aux Américains après leur séjour dans la Silicon Valley par exemple. Tout se passe très bien, même si l’ingénieur des machines est plus enthousiaste pour nous montrer les pistons que le traitement des eaux usées, ou que le capitaine très fier de ce bateau « green », c’est-à-dire équipé d’un filtre spécial pour retenir les composés soufrés entre autres, de sorte que notre fumée est blanche, spécifie qu’évidemment le filtre est enclenché que dans les zones spécifiques où cela est requis!
Parmi les bons moments, quelques soirées de jeux comme le Quoridor,

aie….ils sont jeunes, rapides, réfléchissent avec stratégie…mais doivent quand même se mettre à deux ensemble pour battre P.-Olivier aux échecs! Nous nous retrouvons un autre soir les 3 filles devant les cartes du Dobble, Sarah aimerait trouver le schéma mathématique pour sa création. Alors si vous voulez de la gymnastique à neurones: il y a en tout 50 symboles différents, 55 cartes comportant chacune 8 symboles différents, et toute paire de cartes a exactement UN symbole commun. Comment créer les cartes, pourrait-il y en avoir plus? (en fait, 57 serait le maximum).

L’arrivée à Liverpool est impressionnante, le navire remplit l’écluse, il reste entre 20 et 40 cm de chaque côté, et on y arrive de biais! Notre paquebot fait 300 m. de long, à « enfiler » de biais et à ressortir en droite ligne; silence et concentration dans le pont de pilotage, nous sommes envoyés sur le toit, pour suivre à plus de 40m mètres au-dessus de l’eau la manoeuvre sans gêner du tout la visibilité.

Nous pouvons flâner une journée à Liverpool, où l’ancien port a été transformé en zone de promenade très agréable; décidément l’architecture industrielle aux briques rouges nous plaît énormément dans sa version rénovée, y mêlant des lignes et des matériaux modernes comme le verre.

Hambourg: arrivée complexe également puisque nous aurons pilote de mer, puis de rivière, puis finalement de port auprès de notre capitaine. Mais surtout spectaculaire, jusqu’en ville, passant tout près du nouveau bâtiment Elbharmonie, (salles de concert pour orchestre philarmonique, hôtels et….). Le public situé au-dessus de la partie en briques (7 -9 étages?) nous fait signe, nous sommes à leur hauteur, dans une position parfaite pour admirer la ville. Nous irons nous balader au centre, canaux, terrasses, un charmant tout petit bistrot indiqué par des locaux.

Après une matinée de queue et de formalités dont l’utilité et la logique nous échappent totalement, nous retrouvons notre Hanneton, cap sur Amsterdam. Visite que nous résumerons par: des kilomètres de canaux et de belles balades par une chaleur incroyable, des terrasses prises d’assaut par une foule impressionnante et en conséquence pas de billets disponibles pour le musée Van Gogh, mais bien du plaisir quand même.

Etape balnéaire le long de la mer du Nord, en Belgique. Chaleur parfois caniculaire, eau agréable, immense plage, tellement large:du linge à l‘eau, on marche…Paysage pastel à l’extrême, sable beige et brun mouillé, eau gris-bleue, ciel voilé, lumière surnaturelle. Une ligne d’horizon si peu nette, qu’un voilier tout proche, dont la voile et le génois sont bien visibles, semble flotter en l’air, largement au-dessus de l’eau. A ce paysage si spécial, s’ajoute les barres de blocs de béton, gris, surplombant la plage de leur dizaine d’étages. La brume atténue les sons, dans le silence, des pêcheurs ramassent des vers dans le sable, j’observe ce tableau pastel, silencieux mais plein de vie, en appréciant une chaleur y semblant étrangère.


Dernier souper en table d’hôtes dans une ancienne abbaye, l’abbaye du val de Choues, habité par un couple élevant une meute de chiens pour la chasse à courre. Nous nous endormons avec les hululements des chouettes, au milieu de la forêt bourguignonne.
Le lendemain,…..

Ainsi s’achèvent 24529 km, 149 jours de voyage formidable.

Traverser l’Atlantique avec son propre camping car, une bonne idée?

OUI, définitivement.
Mais voici une esquisse de réponse plus rationnelle prenant comme hypothèse que nous avons arrêté de travailler pour voyager et que le sud-ouest des USA était une des régions de nos rêves.
Esquisse de bilan CO2 pour les 5 mois, début avril-début septembre, pour nous deux
  • Trajet en cargo transportant des containers, des machines de chantier et autres camions: Le Hanneton n’a pas compté pour un millième de la charge transportée, notre cabine était une cabine non occupée par l’équipage. Nous considérons donc notre contribution CO2 comme nulle. Pour rappel, nous avons vu sur le bateau le traitement des eaux usées avec inactivation bactérienne et la gestion des déchets.
  • 23500 km avec notre Hanneton, 9.3 l de diesel/100km (valeur de l’ordinateur de bord) : 8.5 tonnes CO2 (référence site web My climate). Là, vous dites Aie,Aie….comme nous!
  • Autres consommations liées à notre vie en camping-car:
  • Environ 25 litres d’eau par jour, en restant fréquentables: 1 douche par jour et par personne) et en en consommant beaucoup sous forme de thé, tisanes et eaux de cuisson.
  • Environ 20 litres de propane par mois (un peu de chauffage, frigo, petit compartiment congélateur, eau chaude). La consommation serait doublée par des températures hivernales.
  • 40 ml de produit à vaisselle par mois. Astuce: laver sans produit, puis une goutte de produit sur la brosse, laver sans autre eau puis rincer. Produit de douche et autres utilisés avec la même parcimonie.
  • Liquide pour les toilettes: adapter les quantités au besoin selon la chaleur. En Europe, produit compatible avec les fosses septiques, ou produit biodégradable aux USA. La variante serait de passer aux toilettes sèches, ce qui est faisable si vous partez avec un camping-car fait sur mesure.
  • Electricité: autonomie complète grâce au panneau solaire: ventilation du chauffage, lumières LED, pompe à eau, recharge des téléphones, lampe anti-moustiques, appareil de photo. Ondulateur branché sur le moteur pendant que nous roulons pour recharger l’ordinateur.
  • Surface impactée pour notre logement (facteur important des bilans écologiques): nous avons quitté la maison familiale située dans un environnement propice à une famille active professionnellement au profit d’un appartement dans un endroit de vacances où les logements sont généralement vides. Notre société devrait aider financièrement les retraités pour ce genre de déménagements, vu la peine que les jeunes ont à se loger.
  • Autre consommation liée à la vie nord américaine:
  • Les aliments sont sur-emballés et la vaisselle de tous les petits restaurants et snacks est jetable. Nous avons donc généré beaucoup plus de déchets que d’habitude. Nous avons au moins utilisé nos sacs pour les courses et essayé de dialoguer à ce sujet, avec des retours positifs.
Si nous n’avions pas pris notre Hanneton,
  • Option 1: vol à San Francisco et voiture louée, impensable financièrement vu les hôtels et les repas au restaurant à ajouter.
  • Vol: 7.1 tonnes CO2.
  • Voiture: 15000 km à 7l/100km: 3.8 tonnes. Les kilomètres ont été diminués vu que nous n’aurions pas eu à traverser le continent.
  • Total : 10.9 tonnes CO2.
  • A cela s’ajoutent les impacts annexes de la vie en hôtels et aux restaurants, vaisselle jetable par exemple.
  • Option 2: vol à San Francisco et location d’un camping-car
  • Vol: 7.1 tonnes CO2.
  • Camping car américain au départ de San Francisco: 15000 km à 20l essence/100km:10.9 tonnes. C’est la consommation des plus petits camping-cars américains!
  • Total : 18 tonnes CO2.
  • Option 3: vol pour nous et son propre camping car sur le cargo.
  • Vol 7.1 tonnes CO2.
  • Camping-car: 8.5 tonnes CO2.
  • Total CO2 : 15.6 tonnes. C’est une option couramment choisie, quel dommage quand on a le temps! En plus, la traversée est une expérience intéressante.
  • Option 4: rester à la maison et ….déprimer, vu que nous ne sommes pas des artistes capables de s’évader grâce à nos compétences…. La moyenne suisse est de plus de 4.5 tonnes de CO2 par personne, sans considérer le transport international maritime et en avion (OFEV 2017). Mais en comptant les marchandises importées, elle grimpe à 14 tonnes! (OFEV, 2015) Vu notre consommation diminuée de manière globale (peu de biens de consommation) et le peu d’utilisation de la voiture en Suisse, il est difficile d’estimer si 4.25 tonnes par personne pour 5 mois (8.5/2) nous mènent en-dessous ou au-dessus de 14.5 tonnes. Disons que l’impact de notre voyage est au moins partiellement compensé par celui de notre changement de mode de vie.
Notre bilan CO2 est beaucoup trop élevé relativement aux objectifs qu’il faudrait atteindre pour la santé ou plutôt la convalescence de notre planète (1.5 t. /hab.en 2050, OFEV 2017), mais l’option de voyager en cargo avec notre camping-car permet de diminuer son impact environnemental relativement à celui engendré par les moyens de transport courants.
Alors, une question à tous les retraités voyageurs si nombreux que nous croisons: Pourquoi des voyages si souvent courts et en avion?
  • Pour gagner du temps pour….? Partir ailleurs et encore augmenter votre impact?
    Je provoque, non c’est humain. Si notre visite des USA n’avait pris qu’un mois, d’autres projets nous auraient tentés pour les autres mois.
  • 12 jours sur un bateau c’est long, mais chez vous ne vous arrive-t-il pas de flegmer une semaine entre lectures et autres activités sédentaires? Parfois d’autres considérations entrent en ligne de compte, la famille, des événements spéciaux mais pas systématiquement.
  • Des voyages longs sont plus difficiles pour la famille qui reste, et là il est vrai que chaque personne a son histoire et décidera du compromis acceptable.
  • Des voyages longs demandent plus d’organisation, paiements à distance etc…Mais nous sommes de mieux en mieux rôdés; et est-ce normal de nos jours que certaines organisations refusent un système de paiement à distance! A eux de s’adapter, pas à nous!
  • Le plus difficile, émotionnellement: s’alléger définitivement de tous « nos fils à la patte » tels que le jardin, le chat, et autre poisson rouge ainsi que des souvenirs matériels encombrants sans léser un animal évidemment… Que d’autres en profitent est aussi une satisfaction.
  • Ce mode de vie est déséquilibré, nous ne voyons pas notre entourage pendant quelques mois, sauf 24h/24h son adorable conjoint…Et ensuite c’est la grande vie d’invitations en rencontres. J’ai adoré avoir du monde chaque semaine pendant 10 semaines de la saison de ski chez nous à la montagne; on apprécie tellement mieux sa région en la faisant découvrir aux autres! Pour maintenir une bonne vie saine active et régulière, ce n’est pas top mais pour un esprit jeune et créatif, il paraît que le changement perpétuel c’est la santé!

En conclusion, n’oublions pas de nous poser les bonnes questions à chaque départ, et si nous choisissons l’avion dans certains cas, au moins payons nos compensations même si ce n’est qu’une solution très partielle, et militons au maximum pour faciliter la diminution de notre impact:
  • Pour plus de trains de nuit,
  • Pour la possibilité d’être embarqué sur les cargos sans que cela devienne des croisières de luxe déguisées,
  • Pour améliorer la prise en charge et la place des bagages dans les trains,
  • Pour plus de wagons cyclo-compatibles,
  • Pour plus de transports de voitures par le train, même en-dehors des mois d’été.
Nous, les retraités représentons une forte proportion des voyageurs de loisir avec en plus un pouvoir d’achat certain, donc nous pouvons et devons faire entendre nos revendications.
Et notre hanneton a vécu une vie de starlette pendant 3 mois et demi
Fini les:
« I love your véhicule, so cute! » reçus à la volée dans les parkings
Les visiteurs dans chaque camping, presqu’en file…
« It must be so nice to drive it » par les chauffeurs d’immenses pick up avec caravane
9.3 l/100km: Amazing! Unbelievable!
Les pouces levés et les sourires aux feux rouges, « I love it »
« No electricity required and no generator? How do you do? » A l’entrée des campings alors que la région est si généreuse en soleil

Yellowstone ou une semaine sur un couvercle de marmite à vapeur en surchauffe

La surprise de l’étape: qui est ce nageur?Nous sommes en camping au milieu du parc grâce à une colocation de place in extremis, avec un jeune couple de Bernois. Partis à 6h20 avant déjeuner, nous sommes arrivés vers 9h30, bien trop tard. Ils étaient devant nous dans la file et ont eu l’avant-dernière place, ouf! Après 2 jours, nous gardons la place pour nous, prêts à la partager, mais n’avons aucune demande dans ce sens. Ce n’est pas trop la coutume.Nous roulons de geyser en vapeur fumante, et en petits lacs bouillants de différentes couleurs. C’est magique!
En résumé: Une éruption a eu lieu il y a 640000 ans, laissant un immense cratère de plusieurs dizaines de kilomètres de diamètre. Ce cratère solidifié est mince, la croûte terrestre n’a que 2 à 5 km d’épaisseur. L’eau de pluie et la neige percolent à travers cette croûte et atteignent des roches chauffées  par le magma. Sous pression par la chaleur,  et surélevé de 600 mètres par le jeu des plaques tectoniques, cette eau sort un peu partout dans ce parc. S’il y a constriction, cela fait des geysers, si le canal de sortie est plus large, des lacs fumants, des sources chaudes et des lacs de boue en ébullition continue si l’eau a dissout beaucoup de roches lors de sa montée. La vapeur , qui peut atteindre plus de 200°C,  se chargent aussi de minéraux tels que l’arsenic, le manganèse, le fer par exemple, tous colorés.
Mais la géothermie se complète par la microbiologie! Un voyage aux origines de la vie. Nous pouvons contempler les mares et lacs d’un turquoise parfait et lumineux et les ruisseaux oranges et verts d’un oeil purement artistique, ou réaliser que nous sommes devant des populations de bactéries vivant dans des conditions extrêmes, étudiées comme « modèle » du début de la vie. Des algues et des bactéries dont des thermophiles extrêmes, vivent à l’aise certaines à 70°c, d’autres à 50°C, certaines en milieu alcalin, d’autres en milieu acide. Les bactéries spécifiques à diverses températures ont des pigments différents d’où des mares vertes pour les algues (préférant le tiède), oranges ou bleues turquoises pour les bactéries. Un vrai thermomètre coloré! Certaines bactéries spécifiques se royaument dans une eau acide, transformant les oxydes de soufre en acide sulfurique dans un milieu très riche en fer. Elles sont étudiées car ce sont des conditions assez similaires à celles de la planète Mars. La palette de dame Nature peintre est donc bien odorante! Ailleurs, la silice à la blancheur de porcelaine se dépose autour de certains geysers.  

La fréquence des éruptions est très variable, les geysers connectés par leur réseaux souterrains ont des éruptions aléatoires alors que les solitaires sont plus réguliers, pour la joie des touristes qui arrivent au spectacle à la bonne heure.
Entre les groupes de geysers, sources chaudes, trous bouillonnants et rugissant comme des portes de l’enfer, nous parcourons des étendues de forêts, de prairies de sauges et de zones humides incroyables, entre 1900m. et 2700m. d’altitude. Là, c’est la traque à la faune, en voiture, assez rocambolesque. Les photographes de petites fleurs peuvent créer un attroupement, un bouchon….comme les bisons ou les wapitis décidant de traverser la route.  

Pour nous, la bonne surprise aura été un bison décidant de changer de rive de rivière. Nage tranquille, sortie de l’eau un peu lourdaude, puis il s’est ébroué la tête comme le font les chiens! Mais la tête d’un bison, c’est vraiment impressionnant!Nous optons pour des levers tôt, retour à la tombée de la nuit, histoire d’admirer les geysers sans la foule et de voir plus d’animaux le soir. 
Troupeaux de wapitisUn coyote un peu paniqué m’oblige à bien ralentir
Pour les balades, nous peinons un peu à dire vrai. Les geysers sont ce qu’il y a de plus spécial relativement aux autres parcs et pas besoin de grandes marches pour les admirer, de jolies petites balades permettent quelques beaux points de vue relativement tranquilles. Nous sommes drillés à chaque début de sentier, à chaque discussion avec les rangers, sur chaque table de chaque place de camping, lors de l’achat de….notre spray contre les ours. Nous pourrions mimer en dormant les bons gestes devant l’ours non agressif, le grizzli agressif, et celui ayant passé à l’attaque, également différencier l’ours noir et le grizzli par le profil et par les traces. Mais pour partir en longue marche, nous avons un peu d’hésitation, bien que les risques pris en roulant jusqu’ici soient bien plus importants! 

Un jour nous roulons plus de 200 km dans le parc, pique-niquant, nous arrêtant systématiquement aux bonnes clairières à la bonne heure pour admirer enfin ces fameux ours. Rentrés bredouille de nuit au camping, le voisin arrive: « Faites attention, ne sortez pas de nuit, une ourse et ses 2 rejetons étaient ici même, dans le camping, aujourd’hui ».  
Le lendemain, nous améliorons notre technique: nous nous arrêtons comme toujours lorsque nous voyons des voitures arrêtées pour apprendre qu’il ya eu des ours, qui sont maintenant partis. Schéma classique. Nous décidons de rester sur place lorsque tout le monde s’en va, et en effet les 2 ours noirs se sont remis en marche, nous les avons vus!
Nous quittons le parc par le nord est, la vallée de Lamar, vallée glaciaire magnifique. Là, de petits groupes de voitures se sont arrêtés pour différentes mères ourses noires avec leur ourson. Nous les avons manqué de peu et décidons de rester sur notre place d’évitement. L’avantage avec notre hanneton, c’est que nous avons toujours le garde manger, le tricot, la lecture, les jumelles avec nous! L’ourson revient, mais je le repère en marchant, où est la mère? Nos jumelles et nos regards bien dirigés vers cet « adorable » ourson noir au museau clair, commencent déjà à créer un début d’attroupement. Là, la mère arrive tranquillement, …et se dresse, quelle bête impressionnante, les consignes si bien répétées ne sont appliquées par personne! L’ourson choisit de brouter et fouiner le sol en se rapprochant toujours plus de nous, les 90 mètres de sécurité ont grandement rétréci, la mère ne suit pas, nous ne la verrons plus. Nous avons regagné la proximité de notre hanneton, et réalisons que cet ourson a déjà bien la taille d’un petit mouton. Perdu de vue, puis revu plus loin, l’ourson aura fait une promenade d’en tout cas 1 km le long de la route, créant un bel embouteillage. 

Nous quittons le Yellowstone, et passons le lendemain le col de Beartooth à plus de 3300m., névés, vent, grands plateaux, canyons avant de descendre dans les grandes plaines.

Départ pour le Nord: Bear lake, Jackson et Grand Teton National Park, 29 juin – 9 juillet

La question du jour: de quelle langue est issu le mot « orignal » ? Une bonne bouteille à partager sur l’Alpe est en jeu!
En route pour le Yellowstone, une découverte le « Bear lake », eau claire, nous nous baignons, campons à raz l’eau en compagnie d’un couple de pélicans.

S’ensuit un arrêt dans un vrai camping équipé, et une journée nettoyage, lessive, où tout est sorti du camping car, TOUT!! Nous retrouvons une bière qui avait filé dans les sous-sols….Par chance, nous avons pu obtenir une place pour tente et non pour camping-car: sans voisins avec générateur, avec plus d’arbres, le glouglou de la rivière et beaucoup d’espace!
Jackson:
Une petite station à 1900 m. d’altitude, des maisons en bois, style « cow-boy touristique », et surtout une poste restante supposée garder le courrier. Deux bureaux de poste, nous nous rendons dans le mauvais bureau, celui n’ayant pas la poste restante, mais nous y faisons la connaissance de Jane, venant nous proposer de nous mener au bon bureau et de nous loger dans sa cour quand nous le désirons, en tout cas pour le 4 juillet (fête de l’indépendance) qui est dans 2 jours. En attendant, nous partons pour Grand Teton NP.
Grand Teton National Park:
Une vallée glaciaire très large, verte, des prairies de sauge, des zones humides, de la forêt surtout sur les pentes et des montagnes enneigées bordant la vallée. Nous passons une journée à « traquer » l’animal sauvage en voiture….la meilleure tactique étant de s’arrêter où d’autres voitures sont stationnées. Nous admirons, souvent à l’aide de nos jumelles, quelques orignaux,

un grand troupeau de bisons (les mâles peuvent dépasser la tonne),

quelques wapitis et des antilopes américaines tellement gracieuses (la kératine de leur cornes pleines tombent chaque année, animal le plus rapide du continent américain, pointes à 86 km/h).

Nous prévoyons de marcher autour de 2 lacs, (two Ocean lake et Emma Matilda lake) moins peuplé que le lac Jenny, magnifique mais bondé. Des essaims denses de minuscules moustiques, un panneau « Etes-vous prêt à être attaqué par un ours » complétant les innombrables messages de prévention habituels nous font faire demi-tour.

Je suis piquée à travers les habits fins, c’est insupportable. Plus loin, un grand attroupement sur la route, des rangers, donc nous allons aux nouvelles. Une jeune grizzli de 2 ans, un peu perdue de vivre hors du giron maternel depuis quelques mois, fait la sieste dans la prairie. Nous voyons juste sa tête grâce à nos jumelles. C’est une bonne chasseuse qui a déjà tué plusieurs jeunes bisons mais a été rôder dans un camping tout proche. En conséquence, elle porte un collier pour être suivie. Si elle retourne trop souvent au camping, elle sera euthanasie comme d’autres de ses congénères chaque année. En attendant, il semble qu’elle n’ait pas envie de sortir de sa sieste, malgré ou à cause de l’énorme public qui la guette. L’occasion de discuter avec des rangers nous apprend que la balade que nous avions tentée se situe dans une zone réputée pour ses grizzlis mâles! Heureux d’y avoir renoncé, nous partons le lendemain autour des lacs Taggart et Bradley, site prisés des ours noirs (qui peuvent être de différentes couleurs mais sont plus peureux moins souvent agressifs).

D’ours, nous ne verrons qu’une crotte fraîche, mais une belle végétation, toujours beaucoup de fleurs, et la belle vue sur les Tetons, dominant la vallée de leur 4000m.

Retour à Jackson:
Nous nous installons dans la cour de Jane et Dick,

sommes immédiatement embarqués pour un apéro, un souper et une soirée dans un pub « cow boy », animaux empaillés, décoration de bois, grizzli empaillé ayant été tué à mains nues par un chasseur réputé, peintures de diligences, tout y est, sauf l’orchestre local pas du tout de style country.

On danse, P.-O se désespère de toute notre tablée qui a décidé de passer la soirée à l’eau du robinet avec glaçons. Il faut boire de l’eau à cause de l’altitude selon une bonne marcheuse sportive, nous transmettrons ….de retour en Suisse! Nous rentrons rapidement, mais tout de même les derniers de la tablée.

Le lendemain matin, parade du 4 juillet, Jackson est une ville réputée pour la fête nationale. Le cortège comporte beaucoup de véhicules, défilé de jeeps, de camions pompiers rutilants, voitures anciennes. A cela s’ajoute les scouts, les associations de toute sorte, et les représentations commerciales, comme les banques. peu de piétons, un seul orchestre, pas de char fleuri, mais la police à cheval.

Le soir, en route dans le vieil SUV, selon Dick cela fait partie de notre visite des US, nous sommes invités à un souper canadien extrêmement sympathique chez une de leurs amies architecte, mares dans le jardin, vue sur les montagnes. Une vingtaine de personnes, toutes plus intéressées par notre voyage les unes que les autres, nous sommes plus qu’accueillis, nous sommes attendus!

Tout ce monde est sportif, se connaît par les marches en montagne et est férocement démocrate! Jane et Dick viennent de New Jersey et ont de la parenté ayant travaillé directement pour les Clinton. La politique n’est pas un sujet favori tellement la situation de leur pays les révolte. Délicieux plats maisons, pies, mais vers 21h. la soirée est terminée.

Nous nous installons sur la terrasse du toit chez Jane et Dick pour admirer le feu d’artifice.

Jane est extrêmement chaleureuse, Dick est dans une excellente forme physique, ayant passé adulte du télémark au snow board; nous espérons les accueillir chez nous un jour.

Et retour dans le Grand Teton NP
Nous nous installons dans la partie nord cette fois, à Colter Bay, au bord du Jackson lake.
Merveilleuse marche le long des rives et dans des forêts denses, où nous progressons seuls, poussant parfois une « boêlée », selon les recommandations dans les endroits sans visibilité sur la suite de notre trajectoire, pour éviter de surprendre un ours. L’idéal serait d’en observer un de loin, ou sans qu’il nous ait vu. Ce n’est pas encore pour aujourd’hui.

Magnifiques coup d’oeil sur les montagnes, les rives et retour le long de ruisseaux, de mares. Notre seconde marche nous fera suivre le « Cascade canyon », balade le long d’une importante rivière, neige sur les hauteurs vers 2700m., magnifiques reflets dans le torrent s’élargissant parfois en se partageant en plusieurs bras séparés par des îles recouvertes d’arbustes, un délice pour l’énorme orignal mâle (ou élan) que nous contemplons en plein repas.

Ses bois, tombant à chaque automne et repoussant chaque printemps, poussent de 2.5 cm/jour, pouvant atteindre un poids de 20 kg. Au début du printemps, ses bois sont recouverts d’une peau dite de velours.

Deux jours supplémentaires de calme et repos: téléphones en Suisse pour le plaisir d’avoir d’excellentes nouvelles, (bravo à Joseph pour son excellent master, bonne humeur de Nathalie en Pleine Forme); petite trempette pour moi dans le lac, pas si froid vu la neige et les cascades alentour, bricolage et entretien après plus de 16000km., grillade, amélioration de la fabrication maison du pain, une des rares mauvaises découvertes dans ce pays, à mettre dans la même catégorie que les générateurs des gros camping-cars.
Le nouveau jouet: une seule fonction mais elle est pliable ce qui lui a valu une exemption à la règle! (Jacqueline’s rule: tout objet doit avoir au moins deux utilisations pour entrer dans un cc).
L’occasion aussi d’aller à une causerie d’un rangers nous expliquant encore et encore que nous ne devons rien laisser comme déchets ou nourriture pour que la faune sauvage le reste, que l‘ancienne attitude dans les parcs favorisant le contact avec les ours est bien terminée. Personne ne peut ignorer la différence de morphologie entre un ours noir et un grizzli, le port recommandé du spray anti-ours, de ne jamais courir, ni de laisser de la nourriture dans sa voiture. Pour le moment, nous vivons au milieu des écureuils roux ou rayés et des petits rongeurs (pika) qui sont absolument partout en nombre,

et les mini-moustiques sont ceux qui nous agressent!

San Francisco, 23 – 27 juin 2019

Le détour était de taille, quelque mille kilomètres, mais Pierre-Olivier n’ était jamais allé….Alors en route….
Rouler en Californie, atteindre la ville par le Bay bridge, être dans la bonne présélection en ville, confier notre hanneton à un chauffeur qui l’a mis dans son parking privé, et ressortir de la ville 4 jours plus tard, rien n’a été simple et ce n’est pas le conducteur qui a eu le plus de sueurs froides. Il n’y a pas de parking-camping où nous aurions pu dormir.
La circulation beaucoup plus nerveuse, la grisaille, l’humidité du Pacifique, les prix qui prennent l’ascenseur, les sans-abris sur les trottoirs, nous arrivons par Tenderloin, un quartier où les guides recommandent de ne pas aller. Où est la Californie rêvée par les colons, celle des vergers, du soleil et du mythe américain ?
Choquant de voir un aveugle mendier pour pouvoir aller se faire soigner les yeux dans le pays des technologies de pointes. Ceci est connu, mais le constat sur le terrain est prenant. Est-ce encore la ville où le crack est bon marché, est-ce les prix si élèvés en Californie qui génèrent plus de pauvreté, je ne me permettrais aucune analyse hâtive, mais force est de constater que la déchéance humaine visible dans les rues du centre, même touristiques, animées, hors de Downtown ou Tenderloin, est triste, choquante par le nombre de personnes de tout âge totalement dans leur monde, au comportement parfois hystérique, au physique également en mauvais état. Ceci en plus de la pauvreté des sans-abris.
Mais aussi quelques bonnes découvertes:
Le quartier chinois, une ville authentique de 150’000 habitants, un petit restaurant où les clients se connaissent ( Pacific str. , ) de nombreuses épiceries. Avec les conseils d’une jeune Chinoise, nous nous achetons des fruits beaux rouges, des mangues jaunes bien différentes de celles que nous connaissons, délicieuses. Mais le soir, le quartier est mort, tout est fermé. Même la journée, ce quartier populaire par bien des aspects est exempt de sans-abris ou de drogue dure visible.

Quittance de restau

En-haut, en-bas, nous montons et descendons quelques-unes des collines; incroyables par leur nombre et la pente.

Une visite sympathique, celle de la centrale des câbles auxquels les fameux funiculaires s’accrochent grâce à un système de pince pour être tiré ou retenu. Le charme de la ville est là intact.

San Francisco, ville mythique pour notre génération, capitale de la contre culture en 1967, qu’en reste-t-il?

Aucune nostalgie dans les mentions de cette période il me semble. Reste le cannabis libre, voir promus dans les brochures destinées aux touristes, avec la recommandation de le consommer en privé et non dans la rue. Alors là, on tombe dans l’hypocrisie politiquement correcte!
La petite maison en mauvais état de Jimi Hendrix, des peintures murales présentant Janis Joplin entre autres, dans ce quartier de maisons victoriennes, délaissées après la seconde guerre mondiale par ses propriétaires riches lors du développement de la communauté noire. Une aubaine pour les 50 000 hippies s’installant dans le quartier et ses parcs durant ce fameux été 1967.

Le quartier Castro, est très calme, maisons victoriennes refaites, entretenues pour la plupart, une habitante nous confie qu’actuellement c’est le quartier où acquérir une maison est mission impossible.

A deux pas de là, un quartier bien animé, quelques ruelles extrêmement étroites où les magnifiques peintures murales appellent à la lutte des classes, à la justice, parlent racisme, exclusion, souffrance, parfois de façon simpliste. Nous y rencontrons un jeune professeur ou éducateur essayant de déclencher la passion chez un groupe d’adolescents, une caricature, autant par certaines explications simplistes, que par la non-réaction de son auditoire! Je n’ai pas pu m’empêcher de l’écouter sur le chapitre « mise en bouteilles de la totalité de l’eau mondiale par Nestlé et Coca Cola ». Ces peintures restent toutefois tristement d’actualité, celle concernant l’immigration en venant du Mexique interpelle évidemment dans le contexte actuel.

Et puis, nous L’AVONS TROUVÉE!

« C’est une maison bleue accrochée à la colline….. ». verte à l origine, repeinte, mais elle est mignonne, bien tranquille dans le quartier Castro.

Ainsi que le Golden Gate bridge comme les cartes postales ne le montrent pas!

Et la suite de la chanson « San Francisco s’embrume,…. »

Canyonlands-Arches-Capitol reef-Escalante-Bryce, 25 mai-7 juin

Canyonlands est un immense parc, où se rejoignent la Green river et le Colorado. Il est divisé en 3 parties, les « Needles », « Islands in the sky » et « Maze ». Pour nous y rendre, nous prenons de l’altitude, la neige sur les sommets des « Henry Mountains », les pins, les bouleaux…Ouf, cela redescend pour arriver à Canyonland.

Needles: Camping sauvage sur un gros rocher plus ou moins plat, le long de la route 212 allant au parc. Nous sommes loin d’être tout seuls, le lundi est férié en l’honneur des soldats décédés au combat, et c’est le premier week end estival.

Splendide marche jusqu’à un col passant les « Needles », ces aiguilles rouges, peu de monde dès que nous nous éloignons un peu, des rochers en forme de champignons, nommés Hamburger rocks, des genévriers tortueux, des passages un peu acrobatiques, et finalement la vue sur la barrière des Needles toute proche et une grimpette pour les passer. Nous redescendons par le même chemin, avec toujours la neige sur les montagnes en arrière fonds. Cette marche était vraiment splendide, et calme (de Elephant hill à Chester park).

Pour faire des marches de plusieurs jours, les places de campement se réservent 9 mois à l’avance! Certaines sont sur les chemins 4×4 d’autres pour les randonneurs le long des sentiers.

Islands in the sky: Nous sommes dans un petit camping très nature, avec une splendide vue, une belle place abritée des coups de vent, avec table, et anneau à feu, mais pas d’eau. Nous visitons les points de vue, touristiques et faisons quelques-unes des marches proposées, jamais bien longues (1-2 heures).

Comme dans beaucoup de parcs nationaux, le « visitor center » en plus d’être un centre de documentation, est pour nous aussi le lieu où il y a de l’eau, et du wifi pour tenter de téléphoner par skype. Ce jour-là, nous recevons la première mouture de la thèse de master de Joseph , intéressante lecture pour la soirée. A Bretigny tout va bien, sauf des mauvaises nouvelles concernant que le zoo, maladie et mauvaise rencontre avec le renard pour les poules, hérisson non sauvé après un empoisonnement. Nous rencontrons un couple zurichois-japonaise, en route pour 2 ans avec camping car très long, qu’ils vont amener au Japon pour ensuite rentrer par la Russie. Beaucoup de va—vient au « visitor center », donc quelques visites du hanneton, d’Américains voyageant en van, toujours intrigués et enthousiasmés par notre petite taille, notre équipement (peu ou pas de panneau solaire aux US), et nos gros pneus.

Les points de vue sur le Colorado et la Green river sont tous aussi incroyables les uns que les autres, spécialement vertigineux depuis « Dead Horse ».

Nous soupons sur place pour y être au coucher du soleil; les couleurs sont magnifiques lorsque le jour descend, mais l’astre du jour préfère se dorloter dans les nuages, comme bien d’autres fois.

De notre camping du « voleur de chevaux « Horsethief », nous visitons aussi le parc des Arches, très touristique mais splendide.

Nous avons réservé une marche avec une ranger, dans la partie du parc accessible qu’accompagné ou avec permis spécial. (Fiery Furnace). Balade très ludique, passages étroits, toboggans sur les rochers, grimpette de toutes sortes.

Nous nous arrêtons dans un cercle de quelques dizaines de mètres de diamètre, entourés de rochers très élevés, formant un cône percé sur nos têtes. Lors des dépôts de couches sédimentaires par-dessus la couche de plusieurs dizaines de centimètres de sel laissé par l’évaporation de la mer intérieure, des pressions ont été si fortes par endroits que le sel a fait éclater les couches sédimentaires ailleurs. Ainsi l’eau a pu atteindre la couche de sel par ces craquelures, l’a évidemment dissoute et nous nous trouvons dans une de ces bulles d’éclatement.

Les Arches ont saussi été formées par la dissolution du sel , ne laissant plus que les roches plus dures. je simplifie, mais ces paysages sont aussi simplement magnifiques pris comme des oeuvres d’art.

Nous restons au parc pour le coucher du soleil, que c’est bien d’avoir sa cuisine et son souper avec soi pour patienter. Nous retrouvons notre place au camping, notre étiquette avec notre jour de départ est en place, les américains nous apparaissent comme un peuple incroyablement discipliné. Moyennant d’aller le plus loin possible dans le parc, à Devil’s garden, nous trouvons des sentiers moins encombrés où nous marchons en toute sérénité parmi les cactus en fleurs.

A côté de tous paysages dont le point commun est toujours l’immensité, quelques clins d’oeil à des beautés de taille plus humaine, ou encore plus petites:
  • Le sol croûté (crust soils): tellement crucial pour cet environnement. La terre se présente comme une croûte bosselée. Un réseau de filaments composés de cyanobactéries, d’algues, de champignons ainsi que de leurs déchets fixe le sable sur les rochers, luttant contre l’érosion et permettant le développement de la vie en-dessous de cette croûte. Un sol brun, a mis déjà 100 ans à se former, une croûte dite mûre, noire, est beaucoup plus âgée. D’où l’importance de rester bien soigneusement sur les chemins!
  • Les Prickle pear cactus (donc cactus-poires?) sont en fleurs.
  • Accompagnés d’autres fleurs, comme celles du yucca à feuilles étroites par exemple.
  • Question arbustes, broussailles, voir grands arbres, le genévrier est présent partout. Ses racines peuvent aller jusqu’à 50 m. de profondeur et sur un rayon de 70 m. Les troncs sont toujours torsadés, en apparence complètement secs et pourtant du vert ça et là nous indique que l’arbre est bien vivant. Vu la longueur de ses racines, nous voyons en fait des ressurgescences du même arbre. Bois dense, de croissance lente, utilisé en construction, les spécimens que nous contemplons peuvent avoir au moins100 ans. Ce « Juniper » est toujours accompagné de pins à pignons. Très courant aussi, le « sagebrush » (Artemisia tridentata), plante médicinale des Indiens Navajo, dégage une odeur de camphre et n’est pas de la même famille que la sauge culinaire.
Notre parcours se poursuit par la traversée du désert de San Rafael pour arriver à Torrey, en traversant le parc de Capitol Reef. Immensité plate, bordée par une chaîne de rochers, vide, nous dînons en nous installant sur un chemin de traverse, seul loin à la ronde.

Torrey, arrêt gastro, le restaurant du coin sert des couronnes de « ribs » incroyables, en plus la sommelière locale a envie d’échanger. Elle est très contente de vivre dans cette région très isolée, de travailler juste certains jours pour élever 3 enfants avec son mari. Nous parlant de son organisation familiale, elle nous confie de s’être pas du tout intéressée à l’Obamacare car, comme la plupart des Américains, toute la famille est assurée par l’employeur de son mari pour maladie et accidents, y compris quand ils seront à la retraite. En fait, ils ne sont pas concernés par cette mesure sociale.
Le camping fournit douche et machine à laver; quel luxe!…..(le hanneton a une douche, pas de panique, nous sommes encore fréquentables!)
Prochaine étape par la route 212, très populaire comme route scénique. Elle grimpe à 3000 mètres avant de redescendre à Escalante. Nous retrouvons les pins, puis les bouleaux aux jeune feuilles vertes, puis les bouleaux sans feuilles et les taches de neige. La descente se fait par un tracé offrant de magnifiques vues, parfois même des deux côtés de la route, celle-ci serpentant sur la crête.

Pour visiter le sud d’Escalante, la piste est longue, variant entre tôle ondulée et sable, pauvre hanneton, qui résiste en tout cas pour le moment, signalant seulement tout couvercle de casseroles pas bien calé.

Balade vers Zébra canyon: trop d’eau, nous ne pourrons pas nous enfiler dans l’étroit passage.

Slot de Peek a Boo près de Zebra

En rentrant à pied, subitement, je vois nettement un puma (ou cougar) allant se mettre partiellement derrière un arbre devant nous, s’arrêter, puis repartir derrière une butte et je n’ai plus pu le suivre des yeux. Nous nous remettons en marche, en parlant fort, et en observant la petite butte des fois qu’il nous guetterait. J’ai une une énorme chance, ces félins ne se laissent pas voir facilement, je n’en reviens pas. Evidemment, pas de photos, tout est allé trop vite et j’avais d’autres pensées, je n’ai pas réussi à expliquer assez rapidement à Pierre-Olivier son emplacement. Immobile, il se confondait parfaitement à la couleur du sol, je ne l’ai vu que parce qu’il a bougé. Le lendemain, nous trouvons des panneaux d’explications claires et discutons avec un ranger expérimenté, notre attitude a été correcte, nous ajoutons juste des alarmes sonores à notre sac à dos. Le soir, nous dormons en pleine nature près de là, avec la visite de bonnes grosses vaches de leur veaux et de quelques lièvres.

Un foyer est déjà en place, c’est incroyable comme ce pays est fait pour vivre hors des structures, tout en étant propre.

Continuant la route scénique, arrêt au state park Kodachrome et au plus joli camping de notre périple. Logeons au pied des falaises, ponctuées de pitons dont l’origine reste mystérieuse. Ballades, la roche est beaucoup plus friable que les gros rochers ronds d’Arches.

Bryce Canyon
  • Visite de tous les points de vue, tous plus époustouflants les uns que les autres. Après le soulèvement du plateau, les couches sédimentaires ont été érodées par le vent, l’hiver, au dégel, l’eau dissout les parties plus tendres, créant d’abord des cavités, puis séparant des pitons rocheux. Le blanc est du calcaire, les roches colorées contiennent des minéraux, fer et manganèse.
  • Dormons en forêt, à quelques centaines de mètres de l’entrée du parc, comme une dizaine de camping cars éparpillés aux alentours.Nous rencontrons des Zurichois, en jeep, un couple en voyage pour 3 mois, l’autre pour une années, grands parents heureux d’avoir les jeunes générations les ayant rejoints pour des vacances.
  • Marche de « Bryce point », pour descendre jusqu’au fond de l’amphithéâtre de pitons, différents pins aux verts vifs splendides ressortant bien sur la couleur orange-rose saumon tellement typique de Bryce canyon.Remontons par un autre chemin, vers « Sunrise point », plus touristique.Bryce canyon est un endroit évoluant particulièrement vite, cela se voit que rien n’est solide! et connu pour avoir une grande obscurité et un ciel magnifique pour l’observation des astres. Pierre-Olivier fait quelques courtes sorties nocturnes, captivé par la voie lactée.
Lever du soleil 08.06 à 06h20,

St Louis – Sante Fe – Las Vegas, 1er mai-12 mai

La question de cette étape: Qui a inventé l’auto-stop?
L‘état du Missouri nous apparaît comme splendide, des collines, des forêts, des haies, des prairies d’élevage, où de magnifiques troupeaux de vaches, taureaux et veaux paissent dans d’immenses espaces, souvent arborisés, ponctués de grands étangs.Nous roulons hors autoroute pour rejoindre les lacs Orzak, impression de lunapark: montées et descentes courtes mais raides et contours n’en finissent pas dans ce magnifique décor.

Après ce petit détour, juste 100 km!, nous campons parmi les chevreuils, les écureuils, toutes sortes d’oiseaux et dormons lorsque les crapauds s’en donnent à coeur joie. Première grillade au feu de bois, vin californien, que du bonheur…Dépêchons-nous d’en profiter car la pluie revient!

Visite intéressante de Red Oak II, village reconstruit par un artiste désirant faire revivre ses souvenirs d’enfance. Ce village déserté après la seconde guerre mondiale propose maintenant des maisons et nous y croisons du monde.

Toy Toy années 30

Puis nous arrivons dans l’Oklahoma, où nous visitons le musée Gil Crease à Tulsa:
  • Art amérindien traditionnel et moderne; illustrant le chemin des larmes (trail of tears), déplacement des Indiens de différentes tribus vers le sud-est pour laisser les terres aux colons, conditions de froid extrêmes, beaucoup sont décédés (1831-1838).

  • Exposition sur le tournage des westerns, aspect technique et surtout la réalité à la place du mythe hollywoodien donnant au colon un rôle de héros devant sécurisé l’ouest pour les futures générations. En réalité, les Indiens étaient pour la plupart des peuples très pacifiques, les premiers contacts ont été commerciaux et cordiaux, les locaux aidant les nouveaux arrivants vu que l’espace était suffisant pour tous. Très peu des 500’000 colons traversant le nord du Texas entre 1840 et 1860 ont été tués par des Indiens, beaucoup plus sont décédés accidentellement ou de maladies. Les colons ont décimé les troupeaux de bisons, surexploité les prairies, brûlé le peu de bois, pollué l’eau donc décimé toutes les ressources naturelles indiennes.

  • Photos du prix Pulitzer honorant des journalistes dénonçant des situations de guerre ou d’autres d’injustices. Images révoltantes, souvent des personnes prises de près, la ségrégation raciale très violente y apparaît tellement récente. Personnellement, la photo très pudique d’une jeune fille accroupie, regardant sous sa jupe son corps mutilé par l’excision opérée la veille me restera gravée en mémoire. Les explications mentionnent aussi certains suivis qu’ont pu apporter les journalistes aux victimes, mais beaucoup sont décédées.

La route mythique 66:
Depuis St Louis nous suivons son tracé, ou celui de l’autoroute qui l’a remplacée. La route 66 a été construite comme première route traversant les US de Chicago à Santa Monica, près de Los Angeles à partir de 1926.
Le développement économique le long de son parcours a été très rapide, lié au commerce puis au début du voyage d’agrément avant la seconde guerre. Début des panneaux publicitaires, des restaurants , des motels, l’ère de la consommation démarre. La pose du revêtement en goudron rose a pris 12 ans de 1926 à 1938, chantier faisant partie du plan de relance économique de Roosevelt (new deal) après la grande dépression de 1929.
Dans les campagnes, où l’agriculture s’est intensifiée, les années 1930 à 34, ne voient aucune récolte: des conditions de sécheresse extrême conjointement à des vents violents ont raison des sols surexploités, rendus très durs. Les tempêtes de sable sont terribles, asphyxiant même jusqu’à la mort le bétail affamé. La route 66 est celle de l’exode de familles entières, ventres vides, en voiture brinquebalante, en tracteur, voire à pied, vers la Californie et ses vergers, quelques milliers de kilomètres à l’ouest (Steinbeck: les raisins de la colères).
Pendant la guerre, la route 66 était celle du départ et des retours des soldats.Les bus Greyond ont vu le jour, mais pour les retours à la maison, les transports publics ne suffisant pas, les soldats ont inventé l’auto-stop le long de la route 66!
Ces informations sont bien illustrées au sympathique musée de Clinton.

Une petite agglomération traversée par la route, quelques magasins, stations d’essence, tout est plat, beige doré de soleil, quasi personne et à nouveau un caissier tellement aimable au supermarché, qui prend le temps d’échanger quelques propos, nous indiquant le chemin pour le downtown avec les boutiques: … c’est un ou deux magasins et 3 piétons. Pierre-Olivier a dû lui montrer sa carte d’identité pour acheter du vin, apparemment il n’est pas le gérant, car il doit encore faire venir celui-ci pour valider le ticket et la présentation du passeport. La loi c’est ainsi, pas de vente d’alcools aux moins de 21 ans et aux sans-papier, mais appliquée avec le sourire. Beaucoup d’Américains n’ont pas de carte d’identité, bien que les démarches soient très faciles, selon une jeune américaine rencontrée plus loin, dont le travail est d’apprendre ce genre de base à des jeunes de quartiers pauvres. Le long de la route nous mangeons aussi dans des snacks de l’époque, à Carthage Deli (Missouri) tout y est: du feu de passage à niveau, au juke box, sièges de voitures roses. Nos étapes sont longues, nous sommes motivés d’arriver à Las Vegas pour le 10 mai car il y a un week end de rodéos avec des professionnels.

Nous traversons juste le nord du Texas, l’espace est grandiose encore plus plat que dans l’Oklahoma, nous ne pensions pas que c’était possible! Nous sommes en mai et les tornades sont la spécialité saisonnière. Le thermomètre grimpe, l’humidité aussi au cours de la journée et nous progressons subitement vers un petit rond de nuages noirs, isolé dans le ciel bleu. Des trombes d’eau, du vent, une atmosphère sombre pendant un quart d’heure et nous sommes quittes pour cette version minimaliste.

Nous rencontrons une voiture équipée d’instruments de surveillance de la météo à Amarillo, où nous allons au Stockyard: la vente hebdomadaire du bétail à la criée.

Que des veaux ce jour-là, les signes pour faire monter les prix sont si discrets que nous n’arrivons pas du tout à suivre le processus. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes les seuls touristes européens; notre hanneton a été bien repéré sur le parking, tous les cow boy sont en jeans, chapeau, la plupart en bottes, nous remarquons même un colt à la ceinture. Nous allons manger au restaurant , quelle gentillesse, quel enthousiasme dans cette ville éclatée, les trains traversant les zones un peu terrain vague de ce marché. Chacun arrive avec sa pick up tirant une remorque à bestiaux.

Nous nous baladons dans un grand canyon, Palo Duro mais en fin d’après-midi, visons vite un camping, hanneton face au vent.Nous contemplons le bal des nuages, quelques gouttes et quelques bonnes rafales la nuit, et ce sera de nouveau tout.
En route pour Santa Fe, l’herbe devient clairsemée, les tons jaunes, les roches, remplacent la verdure. Le paysage prend du relief, avec des petites buttes plates sur le dessus, la terre est rouge. Nous grimpons continuellement sans s’en rendre compte pour aller dormir en forêt juste au-dessus de la ville à plus de 2000m. d’altitude.


Santa Fe (Nouveau Mexique): quel changement, rues étroites, tous les noms sont de consonance hispanique, et les maisons carrées à toit plat en adobe: briques de terre mélangée à la paille. Ville d’artistes, de galeries de peinture, de vente de bijoux indiens, d’habits artisanaux à prix exorbitants, un centre, une place, subitement l’impression d’avoir retraversé l’Atlantique.

En Arizona, les casinos apparaissent au milieu de la campagne, ressource financière pour les Indiens. Hameaux pauvres, groupements de quelques maisons ou mobil homes en mauvais état, toujours entourés de ferrailles en tout genre, rouillant, éparpillées.
Nuit au bord du parc national de Petrified Desert, (troncs entiers fossilisés), toujours des plateaux rosés, désertiques, que la route est longue, le paysage aride, même à notre époque, alors du temps des exodes!! A un moment donné, lorsque nous voyons la route droite jusqu’à l’horizon, nous avons le bus scolaire jaune devant et le train de plus de 100 wagons de containers à côté. Il annonce toujours son passage, c’est mythique.
Seligman,, Arizona,sur la route pour Las Vegas. Le mythique Snow Cap Drive In, café fondé en 1953.


Las Vegas: la ville des superlatifs et de la consommation

  • tout brille, tout scintille, tout est kitsch à un tel point que cela en devient drôle, fascinant,
  • Downtown: la bonne humeur, la danse dans la rue, la musique partout dans une ambiance bon enfant, messieurs vous pouvez vous faire photographier avec une nymphe bien déshabillée, ou mesdames avec un monsieur muscle, certaines limousines paraissent s’être encore allongées,…Si jamais vous avez un fantasme tel que faire du vélo en bikini dans la foule ou autre, c’est l’endroit idéal, ou passer en tyrolienne au-dessus de la rue piétonne la plus animée….
  • Las Vegas : le « strip » quartier des grands hôtels-casinos: nous en visitons l’intérieur de quelques-uns. L’intérieur…pour y voir reconstitués les canaux de Venise bordés de boutiques, les terrasses de Paris… Les salles de jeux sont immenses, nombreuses, bruyantes, ennuyeuses.

  • Pour le dimanche de la fête des mères, nous testons un brunch- buffet: quel plaisir, un régal de produits frais, au goût véritable et authentique. C’est dimanche, alors au champagne, c’est ainsi le week end.
  • Il fait très chaud, notamment la nuit sur notre parking à camping-cars au pied du Hilton, et très froid dans les hôtels et les bus climatisés.

  • Mais n’oublions pas la raison de notre visite: les rodéos.Nous ne serons pas déçus, près du centre, mais suivis essentiellement par un public de Las Vegas, il s’agit de différents concours impliquant l’usage par les cavaliers de lasso pour attraper un taurillon, soit pour rester en selle sur un cheval ou un bison dont le ventre est sanglé. L’animal rue continuellement pour essayer d’enlever cette sangle. Pour gagner des points, donc de l’argent, le cavalier doit rester en selle 8 secondes en ne se tenant que d’une main et sa position est également prise en compte pour la note.

    Des cow-girls (c’est ainsi que sont appelées ces cavalières hors pair) ouvrent la cérémonie de façon très solennelle, hymne national, drapeau, pièce droite sur leur monture au galop.

    Elles participent aussi à des parcours de vitesse avec obstacles. Une des meilleures cow-girl du monde fait un show d’acrobatie sur son cheval toujours au galop absolument incroyable. Elle est par exemple couchée horizontalement, totalement à côté de sa monture en ne se tenant que par les bottes à son cheval, ou passe aussi sous son cheval sans toucher terre pour se remettre en selle. Autant les démonstrations que les concours sont très rapides, les chevaux galopant à fond de train sans aucune pause. Un clown assure le lien entre les concours, il nous remercie d’être venu et vient nous serrer la main à la fin des festivités.

Anvers-Halifax, du 8 au 19 avril 2019

Nous embarquons à bord du Grande Senegal le lundi matin 8 avril et quitterons Halifax le mardi soir.

Le grande Senegal navigue sous pavillon italien, l’équipage du poste de pilotage est essentiellement de la région de Naples alors que les ingénieurs et l’équipe des machines sont des Philippins. Grande Senegal est un cargo mixte, soit en jargon, RO-RO (roll in-roll out) ce qui signifie qu’il a un pont avant pour les containers, et des garages à l’arrière. Notre cargaison se compose de près de 300 containers et plus de 500 énormes machines de chantier, nécessitant de naviguer plus précautionneusement dans le mauvais temps;

de plus il ne mesure que 210 mètres alors que les cargos mixtes plus modernes ont une longueur de plus de 300 mètres. Fréquemment, comme la semaine passée, ce cargo effectue une liaison entre le Ghana et le Texas. Suite à la panne survenue sur un grand cargo de la même compagnie Grimaldi, il a été détourné depuis le Ghana pour venir nous chercher ainsi que la cargaison prévue pour le vaisseau mis en cale sèche. Nous sommes donc aux mains d’une équipe extrêmement chaleureuse, sur un cargo qui n’a jamais pris de passagers avec de surcroît un capitaine napolitain à 200%, soucieux de bien nous accueillir. Pratiquement, nous dégustons les spécialités napolitaines et siciliennes, à chaque repas, parfois des biscuits d’apéritifs ou des en-cas viennent encore s’ajouter.

Nous mangeons pâtes ou risotto, poisson et viande plusieurs fois par jour, visitons la cuisine et le poste de pilotage aussi souvent que nous le voulons de façon tout-à-fait libre et informelle.

Lundi nous observons le chargement des containers et des énormes machines de chantier.

L’idée est de mettre nos 4 pick up, camping cars et camion à la fin pour pouvoir sortir en premier. Au milieu du souper, nous sommes appelés et devons retourner en voiture au parking où sont nos véhicules. Chacun a un autre système pour le gaz et les autorités portuaires bloquent l’accès au bateau, n’étant pas assurées que personne n’a de gaz à bord. Pour nous, pas de soucis, nous ouvrons notre coffre pour montrer l’emplacement de nos bonbonnes, vide, nous avions laissé notre bonbonne suisse au camping à Anvers pour la récupérer au retour. Un couple a un Hymer avec bonbonnes fixes remplissables, mais vides. Il leur manque un certificat attestant le nettoyage du système, et le chef du port ne veut pas les laisser passer. Après promesse que le système sera démonté une fois le camping car chargé, par un de nos compagnons de voyage, chauffeur de camions professionnel et muni d’outils, le véhicule est autorisé à approcher du bateau. Notre cargo est plein, et il y a maintenant des discussions quant à la place. Heureusement, le second de notre bateau n’est pas d’accord avec le chef du port, et prend la responsabilité de charger nos 4 camping cars (une Land Rover avec cellule est déjà dedans depuis longtemps), le nôtre en premier car sa petitesse est à nouveau un atout! Nous bouchons un petit trou laissé entre une énorme machine et la poupe; aïe ! la grosse machine ne doit pas broncher!

Tous les véhicules sont fixés par des chaînes et des sangles accrochés dans le sol.

Après bien une heure de gros soucis pour le couple ayant l’Hymer à bonbonnes fixes, le dépôt sur le pont de la bonbonne de gaz du camion d’un autre couple, nous retournons finir de souper soulagés. Gaby et Juergen partent pour 2 ans ou plus avec leur Hymer, ils n’ont plus d’autre logement, ont les deux quittés des places de travail à haute responsabilité pour vivre à un autre rythme.

Mardi soir, c’est le départ, nous sommes tous dans la cabine de pilotage, large de plus de 30 mètres, pour le passage de l’écluse nous menant sur L’Escaut. Nous apprenons à lire les différents écrans, notre vitesse sera d’environ de 17 nœuds (26 km/h) en plein océan.

Le temps s’écoule paisiblement, l’occasion que le capitaine s’ouvre, nous parlant de son petit-fils de neuf mois qui lui manque, du bel appartement qu’il peut offrir à sa famille grâce à ce travail. Le second est croate, aussi issu d’une famille d’officiers de marine, mais heureux que son fils stoppe cette lignée. Le temps dans les ports devient très court car les marchandises sont toutes en containers, le métier perd de l’attrait et la motivation principale semble surtout pécuniaire. Les équipages italiens naviguent pendant quatre mois puis ont deux mois de repos à la maison, les philippins ont des contrats de huit mois.

Mercredi, nous nous mettons en marche…moyennant de suivre les lignées de fixation pour voitures sur le pont arrière vide, en faisant bien toutes les lignes, nous arrivons à marcher plusieurs kilomètres, matin et après-midi. Nous testons aussi la corde à sauter avec roulis, étonnamment plus facile que la course et fixons notre élastique à différents barrières et crochets pour inventer de la variété dans nos mouvements.

L’ambiance est très sympa dans le groupe, nous avons tous notre projet, des véhicules bien différents et il n’y a aucune prise de tête. Nous rions à la proposition de notre capitaine que les dames viennent voir la confection des pâtes fraîches le lendemain: pourquoi seulement nous? Parce qu’un homme ne va jamais dans une cuisine, comme une femme na va pas dans la cave où sont le bonnes bouteilles, les verres et les saucissons pour l’apéro! Nous sommes à Naples….au milieu de la Manche.

Jeudi matin, nous sommes tous, y compris le capitaine en cuisine avec Michele, le cuisinier sicilien, 8 oeufs par kilo de farine, la pâte à lasagnes est étalée en la passant par une sorte d’étau manuel de 2 rouleaux.

Michele, au vu de ses 9 passagers majoritairement germanophones a complété chaque jour le petit-déjeuner à l’italienne avec de la viande froide, des yoghourts et des spécialités telles que pâte à pizza avec des oignons, beignets au séré. Ceci en plus des repas à 3 plats à l’italienne, le poisson et la viande nous sont servis seuls dans l’assiette, la salade venant ensuite.

L’équipage des machines a un autre réfectoire et des menus adaptés à leur culture, vu qu’ils sont philippins. Notre capitaine estime important que chacun puisse manger selon ses coutumes. Nous sommes 35 en tout à bord. P.-Olivier a très vite une bonne relation avec Michele, le cuisinier, ayant repéré son choix de cafetières italiennes.

Après la cuisine, visite de la salle de contrôle et des machines avec les ingénieurs philippins.

Le moteur du bateau sert aussi de générateur pour l’électricité par temps calme. En cas de mauvaise météo, le courant n’est pas assez stable et il ya 4 autres générateurs disponibles pour produire l’électricité. Nous avançons avec une puissance de 13000 KW, le moteur a 8000 chevaux.

Nous voyons les cylindres, l’axe de transmission de la direction au safran, l’installation de désalinisation de l’eau de mer par distillation.

L’eau de refroidissement est en circuit fermé. L’eau usagée, déchets broyés, est traitée avec des bactéries aérobies puis chlorée pour les tuer avant le rejet à la mer.

La vie suit son cours, nous passons des moments agréables, émouvants, intéressants:
  • La marche sur le pont arrière est remplacée par la marche dans un garage à voiture vides (nous en avons sur 5 étages), à cause du vent trop fort. Une table de ping-pong est installée à notre intention, chaque moitié étant fixée de part et d’autre d’un pilier du garage. Le filet est remplacé par un espace de bien 20 cm entre les deux moitiés! Intéressant, nous arrivons à bien jouer malgré le roulis. Le sol est ponctué de trous donnant sur l’étage d’en-dessous, probablement pour évacuer l’eau si nécessaire. Un challenge supplémentaire est donc de garder notre balle sans la perdre au niveau inférieur auquel nous n’avons pas accès.

  • L’équipe des machines est tellement enthousiaste de nous expliquer leur travail. Ils n’ont jamais eu de visiteurs et demandent à nous photographier dans leur salle de contrôle. Un jeune ingénieur nous montre des exemples d’écran, le niveau de tous les réservoirs du bateau, fuel, eau, toujours équilibrés et le niveau des réservoirs d’eau de mer servant uniquement de ballast aussi équilibrés en permanence, pendant le chargement de la cargaison et pendant le transport. Il a 26 ans, est déjà second car il a étudié très vite, a deux petites filles et lors d’une autre discussion, nous confie que son salaire est 8 fois supérieur à celui qu’il aurait aux Philippines. Son anglais et ses explications sont claires, précises. La plupart des marins du monde entier sont philippins, en tout cas dans les salles de machines. Grimaldi engage par ailleurs surtout des Italiens comme marins de pont. Dans les entrailles du navire, voir l’axe bouger, côtoyer dans le roulis les générateurs, les cylindres est assez impressionnant.
  • Nous passons de longues heures dans le poste de pilotage, regardons les cartes sur écran ou papier, les instruments, apprenons à lire notre vitesse, notre cap et contemplons l’océan ou le brouillard parfois, les jets des baleine au large des Açores. Le dernier jour, nous avons la chance de voir plusieurs groupes de dauphins, sautant hors de l’eau, parfois plusieurs en même temps, un magnifique ballet. La cabine est un espace aéré, plus frais, le seul avec fenêtres et les 2 “chaises de capitaine” surélevées, jamais utilisées par ce dernier, sont l’endroit idéal pour tricoter avec un oeil sur l’eau. Le capitaine vient parfois aux nouvelles, suis-je Pénélope?

    Mais non, après le corps, la première puis la seconde manche; donc parfois la pièce de tricot est plus petite que celle de la veille!

  • Pierre-Olivier joue aux échecs avec Henning. Avec son amie Bianca, architecte comme lui, ils ont dessiné, fait construire et cherché sur internet les différents éléments de leur « boîte habitable» posée sur un ancien camion de l’armée autrichienne. Leur véhicule de 10 tonnes est très impressionnant, et nous nous réjouissons de le visiter, Bianca a cousu elle-même les tissus des meubles et le cuir des sièges. Les toilettes sèches ont été testées dans leur cave avant d’entrer dans “la boîte”.
  • Les matchs de Zim Zim (Baby foot) permettent d’attendre l’heure des « pasta ».

  • Nous apprenons et participons à la confection des Canollos, ces rouleaux siciliens en pâte à beignets fourrés de crème au séré ou au chocolat.

    Nous suivons aussi la confection des Arancine, grosses boulettes de riz fourrées à la viande hachée, au fromage et aux petits pois. Le nombre d’ingrédients différents par repas est très important, parfois pâtes, fromage, viande, poisson, salade, lentilles voir pommes de terre répartis entre nos 3 plats. Tout est servi avec beaucoup de gentillesse, Michele est un cuisinier passionné. Ce voyage n’est toutefois pas à comparer avec un séjour touristique, il n’ya pas de chaises sur les ponts, nous avons parfois des tripes, le vin est plus apprécié pour le sourire avec lequel il est offert que pour sa qualité! Il fait aussi parfois très chaud à l’intérieur, j’adore le roulis la nuit mais nous manquons d’air frais.

  • Comme partout, la buanderie est aussi un endroit où papoter avec l’équipage, une machine nous y est réservée, mais la température des différents programmes reste un mystère, très chaud!

  • Tout le monde est heureux de se sentir loin de tout, mais lorsque nous passons au sud des Açores, chacun profite du réseau pour téléphoner, voir ses mails.

    L’équipage est aussi dehors, téléphone collé à l’oreille, une effervescence de quelques heures, nous manquons même le moment de confectionner nos pizzas! Cet après-midi, soleil, et ciel bleu remplacent la grisaille, la bruine et le brouillard.

    Nous participons à un exercice, « feu à la buanderie » destiné à l’équipage et évacuation en bateau de sauvetage pour nous, ce qui nous donne l’occasion d’en voir l’intérieur.

    Mais les canots ne sont pas descendus à la mer, nous jetons juste un oeil dedans.

    Les vagues ont jusqu’à 6 mètres de haut, ce qui est difficile à croire depuis l’étage 12, le plus élevé, celui de la cabine de pilotage, environ 38 mètres au-dessus de l’eau.

  • Nous croisons très peu d’autres navires, quelques voiliers, très grands (35 mètres selon les caractéristiques données par le radar), les jumelles sont aussi à disposition.
  • En traversant le Gulf stream, l’air est agréable, l’océan vraiment bleu mais couvert de moutons brillants au soleil. Moments de détente au soleil à l’extérieur, mais pour la balade, il faut lutter pour aller droit, et parfois abandonner.

  • Le dernier jeudi, l’équipage nous prépare un apéro surprise et nous offre différents objets souvenirs, une casquette de protection, T-shirt Grimaldi, une ancienne carte marine et un certificat pour nos plus de 3000 miles nautiques, et nos acquis culinaires tels que la confection des lasagnes! Nous avons aussi des attentions sonnantes pour notre cuisinier, notre serveur et homme de ménage, et pour le prochain barbecue de l’équipage.

    J’ai aussi tricoté des moufles pour le petit-fils du capitaine, il nous en a tellement parlé!

    Nous arrivons à Halifax samedi matin 19 avril, ayant dû ralentir notre allure pour arriver à la bonne heure au rendez-vous avec le pilote de port. Notre route très au sud nous aura permis d’éviter 3 dépressions sérieuses, des vagues de 12 mètres, infranchissables avec notre cargaison. L’océan est calme pour l’arrivée mais il souffle un fort vent très froid dans la grisaille d’Halifax.
    C’est vendredi Saint et nous devons attendre lundi pour que les douanes inspectent nos camping car.