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Camino Primitivo : Arrivée à Saint Jacques de Compostelle le 12 octobre

De Lugo, nous savons que nous serons nombreux, en plaine, et partons donc prêts à affronter la foule et le goudron avec la motivation d’arriver, plutôt que de vivre pleinement dans le présent.

Partis à la frontale, parmi des pélerins à l’équipement très léger, le cordon s’étire vite, la frontale et le petit pull sont à nouveau rapidement rangés, pour parcourir les 27 km du jour jusqu’à Ferreira.

Pas de village, quelques auberges à pélerins disséminées dans la campagne et un café restaurant, l’occasion d’un bon souper avec notre ami Markus; aussi notre dernier dortoir minuscule, à 4 paires de lits superposés, l’ultime « sortie de notre zone de confort ». Les trois dernières étapes nous « décevront en bien »,  beaucoup de chemins de forêts, peu de goudron et ayant découpé un peu différemment que la majorité le parcours restant, nous ne sommes pas envahis par le monde et pouvons marcher à notre rythme, seuls parfois. Les toits sont en tuiles rouges, les portes des maisons traditionnelles ont une  treille de vigne comme auvent.

Les hòrreos (greniers) sont en bois, nous avons quitté le granit.

A Melide, nous retrouvons notre petite équipe et allons manger des poulpes et des coquilles saint Jacques dans une grande cantine, (pulperia Ezequiel), une étape incontournable pour les pélerins.

Départ de Mélide
Tableau électronique pour réserver une chambre à Santiago, rappel à la réalité.
Le Camino s’invite partout même dans les pubs de bière.
Pub avec la maxime du poète Machado, Caminante, no hay camino, se hace camino al andar. Marcheur, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant.
Dans les faubourgs de Santiago, nous avions pris la même photo en 2017 avec nos vélos.

Nous arrivons sur la grande place devant l’imposante façade de la cathédrale de Santiago le 12 octobre, vers 15 heures.

Km 0, au centre de la place

Le bureau des pélerins affiche quelque 1840 pélerins arrivés avant nous ce jour. Que d’émotions diverses, de la joie d’avoir terminé sans encombre, en forme, d’avoir vécu cette longue expérience à deux comme tant d’autres, le sentiment aussi de ne pas réaliser que nous vivons la fin d’une aventure. Pierre-Olivier ressent un peu de solitude. Nous tournons dans cette magnifique vieille ville avec notre sac, nos souliers de marche, reculons le moment de les déposer, car nous ne serons plus pélerins.

La météo est magnifique, la place et la grande façade baroque de la cathédrale resplendissent sous le soleil et le ciel parfaitement bleu, des pélerins arrivent, quelques-uns à vélo, l’ambiance est gaie, pas saturée de monde. En fait, le jour de la fête nationale, les magasins sont fermés, les restaurants n’offrent pas de menu du jour, la ville est plus calme et les tours opérateurs y sont absents. Finalement, une excellente date pour arriver et visiter.

A peine arrivés, des jeunes demandent à nous interviewer pour leur projet de Master: « quelle était notre motivation, le moment le plus difficile, sentons-nous plus forts d’avoir vécu ce chemin,…. » Marrant, en 2017 avec nos vélos, nous avions été interviewés exactement de la même façon; nous devons avoir le profil-type et certains Masters perdurent ou se répètent. Nos émotions, les réponses sont toutes positives, mais complexes. Oui c’est une expérience unique; sans être religieuse pour nous, elle n’est pas uniquement sportive, les rencontres, la répétition jour après jour, l’absence d’autres activités que la marche sont des aspects philosophiques cruciaux. Le changement quotidien d’hébergement est un aspect important à gérer, en augmentant le confort, les contacts diminuent, jusqu’à sortir de l’esprit du Camino. Ce n’est pas la plus magnifique des randonnées, c’est autre chose, et le plus difficile a été de dormir, et non de marcher même en ayant parcouru plus de 800 km depuis le 5 septembre et quelque 1600 km cette année.

Nous logeons dans un dortoir immense de 11 lits, bien espacés, au séminaire Mayor, un immense ancien monastère, une vrai fin de Camino, et les seules places trouvées quatre jours auparavant.

Le lendemain, nous nous réveillons dans le bruit de la tempête de vent et de pluie. Nous visitons l’intérieur de la cathédrale, pris dans des queues sans fin, au milieu de groupes de touristes guidés.

Par ce déluge, la visite du reste de la vieille ville est escamotée au profit du musée des pélerins, qui s’avère très instructif au sujet de l’histoire légendaire de Saint Jacques, du développement du chemin et de son énorme impact sur tout le développement du nord de l’Espagne. La « découverte » du corps de St Jacques, arrivé de Jérusalem dans une barque, avait servi l’unification des Espagnols contre les Sarrasins sous le roi Alphonse II (9ieme s.) et initié le pélerinage. La re-découverte au 19 ième siècle des « soi-disantes reliques », cachées au 16 ième pour les sauver du pirate Drake (anglais) sous le presbytère de la cathédrale, a donné une seconde vie au pélerinage tombé en désuétude et permis un essor économique important, avec notamment le développement de villes telles que Burgos, Léon. Le phénomène des pélerinages, présent dans toutes les religions, l’effort physique répété et les opportunités de réflexion qui en découlent y sont aussi abordés.

L’aspect philosophique de notre périple sera complété par la messe des pélerins, cathédrale comble, sermon en espagnol parlé lentement, nous sommes tous impressionnés de ce que nous comprenons, en français et en anglais. Par chance, le Botafumeiro, grand encensoir de plus 60 kg mû par une corde de 100kg et 65 mètres de long, est actionné, nécessitant  8 écclésiastiques pour se balancer très rapidement à 20 mètres au-dessus de nos têtes. A l’époque, les pélerins dormaient dans la cathédrale et l’encens couvrait les odeurs de l’air vicié.

Puis, aussi utopique que cela puisse paraître, nous arrivons à retrouver nos amis et à manger ensemble sans trop de bruit ambiant pour nous quitter avec beaucoup d’émotions.

Nos amis Antonius et Joannes sont déjà loin, par chance nous avions pu passer un moment avec eux, café Churros d’adieux, très émouvants pour moi vu les contacts et les échanges partagés.

Le lendemain, nous partons en bus au cap Finisterre. En espagnol, Fisterra signifie « là où la terre finit et où elle commence ». Ce cap a été vénéré bien avant la chrétienté. Avec l’hypothèse de la Terre plane, pour trouver l’endroit où disparaît le soleil, les Anciens avaient suivi la voie lactée et les couchers de soleil et identifié ce cap comme l’ultime point géographique de disparition du soleil. Nous sommes en effet à l’extrémité ouest de notre continent.

Le phare et le cap sont touristiques, la route permet d’y accéder en quelques pas, nous revenons de notre ballade (6 km, c’est rien !) pour rejoindre une plage moins prisée indiquée par notre charmant hôtelier. Le ciel est nuageux, quelques surfeurs s’en donnent à cœur joie dans de bons rouleaux.

Vu la chaleur des derniers jours, notre week end de repos à la fin de notre voyage pouvait s’imaginer à la plage, mais le soleil a disparu avec nos pas sur le Camino. Nous essayons d’engranger du repos pour affronter la nuit en bus, puis le train jusqu’à Bordeaux, et les heures de TGV par Paris qui nous ramèneront à Gryon, à condition de partir tôt de Bordeaux pour pouvoir avoir une correspondance jusqu’à notre village perché.

Et si…. Les trains de nuit étaient mieux rétablis, et si…. La France pouvait une fois se traverser d’ouest en est… Et si…. Le kérosène était taxé comme l’essence. Les utopies ne doivent jamais être oubliées, elles ont toujours une vérité en d’autres temps.

Camino Primitivo du barrage Grande Sublime à Lugo, 4-8 octobre 2023

Après notre journée de mauvais temps sur les crêtes, une journée de grande descente jusqu’au barrage de Grande Salime nous attend. Nous partons juste avant le lever du soleil, au-dessus des nuages, pour y plonger par un magnifique large chemin en lacets nous faisant perdre 800 mètres d’altitude sans s’en rendre compte.

Au barrage, des bâtiments peut-être liés à la construction des installations, la pinède se remettant d’un incendie datant de quelques années, la vallée profonde engloutie me font percevoir l’endroit comme lugubre. Mais de l’autre rive, la vue est belle, l’ambiance entre pélerins excellente à la terrasse et nous faisons une rencontre inattendue: un couple à vélo solaire couché, dont l’un tire une remorque; intéressant concept !

De crête en crête, de chemin creux en chemin en balcon, au-dessus des nuages le matin, nous foulons les glands,  les châtaignes, quelques noix, et parfois un véritable tapis d’aiguilles de pins.

Nous ramassons encore et toujours quelques pommes au passage. La région est granitique, les toits sont en ardoise,

les maisons en pierres cossues et des plaques de granit mises verticalement délimitent les pâturages, parfois le chemin.

Les crêtes sont souvent coiffées d’une série d’éoliennes, la campagne est vide, peu peuplée, nous sommes pendant quelques jours à plus de 800 m. d’altitude, l’élevage est seul présent.

Nous traversons des hameaux en ruine, et devant ces grands espaces, j’ai vraiment l’impression que la nature a un potentiel, que bien des familles pourraient mieux vivre ici que dans des situations critiques en ville. Je rêve à des programmes structurés, encadrés pour former des personnes volontaires et les aider financièrement à démarrer une exploitation. L’investissement serait compensé à terme par des économies d’aides sociales de toutes sortes. Le Camino pour méditer… et lancer des idées utopiques.

Dans le hameau de Castro, nous sommes logés en « Casa rurale », dans une ferme ou nous avons un souper gargantuesque, comportant tomates du jardin, soupe aux légumes, viande mijotée absolument exquise, vin maison, élaboré à partir de raisins cherchés plus au sud et marc à la myrtille, évidemment « de la casa » aussi. Nous sommes avec nos deux amis Hollandais et un journaliste produisant un film sur le Camino, intéressante soirée bien requinquante.

Un autre soir, à O Covedo, plus personne n’a envie de restaurant, nous sommes saturés de viande, de frites et de thon dans la salade. Nous allons faire les courses et passons une soirée sympathique ratatouille, pâtes, Rioja, à côté de notre étendage. Notre vie: marcher, lessive dans les mini-lavabos, manger et rencontrer !

Question d’organisation, un petit coup de stress chez tout le monde: nous allons :

(i) arriver à 100 km de St Jacques, distance minimale du pélerinage pour avoir la Compostella, donc l’attestation,

(ii) rejoindre en même temps le Camino Frances suivi par la majorité des pélerins,

(iii) arriver à Lugo le week end de la grande fête de Saint Friolan et

(iiii) à Saint Jacques le jour de la fête nationale espagnole, le 12 octobre. Donc, impossible de se mettre dans des circonstances plus complexes pour se loger.

A Lugo, nous prenons la dernière chambre dans un petit hôtel situé dans la cour intérieure du séminaire (formation des écclésiastiques), un immense bâtiment entouré d’une grande barrière, avec portail fermé. Après plus de 30 kilomètres, pour la première fois, malgré les outils modernes, ou plutôt à cause de leur mauvaise utilisation dûe à la fatigue, nous tournons autour de ce grand bâtiment austère un certain nombre de fois avant d’atteindre notre logement. Nous devions sonner au portail pour entrer dans ce parc et y découvrir, caché, notre hôtel.

La fête bat son plein, deux immenses scènes ont été montées, de plus petits groupes folkloriques  jouent et dansent dans les rues. La gaïta, cornemuse galicienne, est très présente, nous rappelant que les Celtes n’ont pas été qu’en Bretagne. Après nos journées dans les collines, le plongeon dans la foule est brusque.

La vieille ville est entourée de remparts romains, très bien conservés, sur lesquels nous pouvons déambuler, par un soleil et une chaleur torride;

mieux vaut en descendre pour viser une « Pulperia » (petit restaurant servant le poulpe à la galicienne ») ou une bonne glace !

Camino Norte, La Isla-26-septembre – 3 octobre 2023

Au revoir l’océan, pélerin moderne, tu suivras de près ou de loin les routes, et suivras en toute sécurité le balisage pour traverser les rond-points. Mais la récompense du jour est la plus charmante des auberges, petite, nous y retrouvons différentes têtes connues, passerons du bon temps autour de la table de jardin.

Après le souper, nous recevons notre tenue du jour lavée, séchée, pliée, la chemise de Pierre-Olivier qui a normalement droit à son rinçage chaque soir ne doit pas comprendre d’où viennent tant d’honneurs. Sergio tient son auberge Donativo (prix libre) pendant 6 mois, 7 jours sur 7 et a un petit bus de camping pour s’évader d’octobre à mars.

Il est aidé ces temps par Géraldine, avec qui nous garderons contact. Ici on ne leur pose pas la question de savoir s’ils ont été à Santiago, mais sur combien de caminos ils ont cheminés. En effet, des chemins mènent aussi à Compostelle de la côte ou de l’intérieur des terres portugaises ou de l’Andalousie. De leur côté, nous quittons le discours de savoir si cette longue marche nous plaît pour la question: comment vis-tu ton camino ?

Demain sera le jour de la séparation entre la continuation du chemin de la côte par Gijon ou la bifurcation d’Oviedo suivie en principe du Camino Primitivo,  les discussions vont bon train car tous n’ont pas encore fait leur choix.

En résumé, la plupart des pélerins suivent en Espagne un itinéraire est-ouest parallèle à la côte mais à l’intérieur des terres, appelé Camino Frances. Nous l’avions suivi sur une bonne partie à vélo en 2017. Une minorité suit l’itinéraire côtier, Camino Norte, que nous avons rejoint à San Sebastian, dont un quart des pélerins bifurque pour passer par Oviedo, et traverser les montagnes asturiennes pour passer en Galice (Camino Primitivo) alors que la fin du chemin côtier (Camino norte)  suit encore l’océan avant de rejoindre Santiago, sans prendre d’altitude. L’itinéraire « montagnard » s’appelle Primitivo car c’est le plus ancien, celui qui a été initié en 834 par le roi des Asturies Alphonse II, basé à Oviedo. En pleine guerre contre les Musulmans et aux prises à des troubles internes, la découverte « miraculeuse »  de la « tombe de Saint Jacques » à Compostelle lui a permis de renforcer le royaume et la chrétienté contre les Musulmans (Reconquista). La raison historique explique le nom, mais les différences entre les deux itinéraires ne concernent pas seulement le type de paysages mais aussi le type de chemins, le Primitivo comportant plus de chemins, moins d’asphalte et plus de dénivelé. Nous avons adoré les chemins côtiers mais la perspective du goudron et la météo chaude confirment notre choix du Primitivo.

Le lendemain, nous y voyons des amies du chemin, nous ne sommes pas seuls dans notre choix. Nous atteignons Oviedo en bus pour les derniers kilomètres dans la banlieue (autoroutes, goudron).

Oviedo nous séduit, sa vieille ville dont la cathédrale et l’hôtel de ville est perchée sur une colline. Très vivante, animée, regorgeant de terrasses et de restaurants, petites vinothèques, fromages alléchants, le pélerin ne peut profiter de tout, même avec un jour de pause gourmande.

Serveur de cidre
Poissons salés des îles Feroe
Fontaine du Moyen âge

La chaleur est revenue de plus belle, même le soir. Cette ville est donc à l’origine du développement du Camino. Je ne vous détaillerai pas l’aspect religieux, ses histoires de bout de suaire conservé etc… ne me touchent pas. Nous nous sentons tellement plus conquis par un autre angle de vue, présenté dans le fabuleux livre « Le bâtard de Nazareth » de Martin Arditi.

Citations régulières des Droits de l’homme sur le chemin, patrimoine mondial de l’Unesco.

La cathédrale n’en est pas moins belle et son retable, foncé et chargé au premier coup d’œil,  peut être vu comme une véritable bande dessinée de l’histoire de la vie de Jésus, version classique.

Et c’est parti pour le Primitivo,

Primitivo à gauche.

La sortie d’Oviedo est très agréable, en plus Pierre-Olivier  trouve une coiffeuse sympathique sur son chemin. Allégé car tondu, mais alourdi par un peu plus de nourriture, nous cheminons dans une nature sereine. Châtaigniers et marronniers sont toujours nombreux, nous longeons parfois une rivière, passons de nombreux ponts moyennageux construits pour développer le chemin. La campagne est nettement moins construite, nous traversons même des hameaux sans chiens alertant tous ses congénères de notre arrivée (ils sont toujours derrière des barrières ou attachés, jamais de peur mais pas non plus de sérénité). Nous nous sentons très bien sur ce nouveau parcours.

Après deux jours de cheminement en forêts à marcher sur un lit de glands, parfois en  balcon au-dessus de la vallée mais sous la crête parsemée d’éoliennes, à monter et descendre des champs aux pâturages, nous atteignons Sallas, vieux village de caractère où notre auberge donne sur la place. Dans les quelques rues, quelques dizaines de pélerins, rares sont les autres touristes, rares aussi sont les têtes inconnues.

Nous finissons la soirée avec des pélerins colombiens à la guitare et au chant, et Antonius au saxo, en compagnie aussi de trois Françaises.

Sans le savoir, notre « famille camino » est en train de se constituer tout naturellement.

Nous dormons très bien au second étage alors que le lendemain matin,  des airs bien fatigués émergent de l’étage d’en-dessous. La Ronfleuse,…. Une dame a ronflé si fort que certains l’ont enregistrée, d’autres ont changé de dortoir dans la nuit ou sont partis plus tôt le matin, en expliquant à une pélerine matinale et fumeuse la raison…. puis en réalisant que c’était justement la personne en question. Elle devient célèbre.. . Le soir suivant, nous quittons les meilleurs couchettes près de la fenêtre pour un fonds de petit dortoir peu aéré à son arrivée dans notre dortoir. L’autre sujet de radio Camino est la météo. Il y a tout le temps du soleil, nous nous liquéfions chaque après-midi en fin d’étape, les 30 degrés doivent parfois de nouveau être atteints alors qu’un jour de mauvais temps est prévu. Il tombe le jour où nous pourrions passer par les crêtes, une variante de quelque 20 km sans couverture pour appeler des secours, sans eau ni ravitaillement, non recommandée dans le brouillard car les pélerins s’y perdent, mais panoramique par beau temps. Notre famille de 7 esquisse de multiples solutions, laisser passer le mauvais temps (et la Ronfleuse) un jour pour passer par cette variante, dite « des Hospitales » en raison des trois ruines d’hôpitaux pour pélerins sur son parcours ou renoncer; chaque option modifiant les réservations d’auberges des prochaines nuits. Finalement, le soleil, le ciel bleu sont si magnifiques la veille, la pluie et le brouillard semblent si anachroniques que nous décidons de nous y engager le lendemain sans attendre. La pluie annoncée diminue tandis que les nuages prévus les jours suivants augmentent. Nous partons à la frontale avec nos trois amies, Babette, Maryvonne et Carla, et la bruine s’invite… Ce sera en effet le jour de bruine et brouillard, peu épais toutefois. Nous sommes obligés d’en rire, d’autant plus que nous n’avons aucun souci pour trouver notre chemin, ambiance magique, impression d’être seuls sur la ligne d’horizon ventée.

Camino Norte, Santander-La Isla, 18-25 septembre 2023

Nous nous baladons dans la rade de Santander, les grands immeubles sont de style homogène puisque tous reconstruits après un important incendie accidentel en 1941. Nous grimpons en-haut du centre Botin pour la vue, visitons la cathédrale puis allons vers le vieux quartier des pêcheurs.

Nous attendions plus d’animation, un marché aux poissons par exemple; alors lorsque nous voyons un attroupement attendre devant un grand bâtiment gris au bord de l’eau, nous nous renseignons. Ah non, c’est l’école, les bambins vont sortir tout soudain. Encore un autre monde parallèle,  le plus important, le quartier vit et n’est pas si touristique. Ayant humé l’atmosphère de cette ville, nous la quittons directement en train, celui-ci étant inévitable plus loin pour traverser le Rio Pas.

Une mini étape en fin d’après-midi, une soirée déluge où nous mangeons avec un couple de pélerins hollandais fêtant ces jours leur anniversaire de mariage et son anniversaire à elle, puis une étape dans une belle campagne, mais toujours sur le goudron, nous amènent à Santillana del Mar.

Voie romaine

Un magnifique village, une église pleine de curiosités ou quand la religion était source d’histoires symboliques dramatiques, comme cette sainte Juliane, qui, ayant refusé de se marier tire le démon de la chair en laisse. Autre curiosité: des fonts baptismaux avec Daniel dans la fosse aux lions, et nous sommes le jour de mon anniversaire !

Mais que de touristes, le Camino fait partie du décor, nous sommes les animaux du zoo.

C’est notre premier souper et déjeuner entre pélerins pris à l’auberge où nous dormons, un ancien couvent en grosses pierres avec jardin intérieur, alignée de mini-chambres d’une paire de lits superposés chacune.

De plus, nous avons la possibilité de participer à un moment d’échanges mené par une nonne carmélite, en habits civils.

Trinité en matériaux, déchets trouvés sur la plage

Plusieurs langues, une trentaine de personnes,  nous avons l’impression que pour beaucoup la motivation d’entreprendre le Camino est une combinaison de plusieurs éléments: un temps à part, un objectif demandant de tenir dans la durée, la nature, un retour à l’essentiel, mais ce ne sont que des impressions. Les mots verdure, immersion dans la nature, nombreuses vaches, chevaux reviennent dans les commentaires des New Yorkais, et moi qui en ai marre du goudron, de l’odeur de l’herbe fermentée dans les ballots plastiques entre autres odeurs camagnardes et de l’habitat dispersé! Mais le vert partout, les nombreux chevaux, c’est incontestablement beau;  des jeunes Sud-Africains nous le confirment,  cela les impressionne.

Le long de belles falaises, nous arrivons à Comillas.

Université pontificale

Les étapes sont courtes car cette ville sera synonyme de journée culturelle pour nous. Nous voudrions y fêter mon anniversaire, mais je suis arrivée en ayant tellement mal à un pied que le moral n’est pas au beau fixe. Soirée fruits de mer quand même, magnifiques maisons anciennes à balcons fermés par des vitres à petits carreaux, voie romaine, plage  entourée de rochers; la météo a changé d’un coup et la journée plage farniente est remplacée par la visite du « Caprice de Gaudi », la première création de cet architecte du 19ième s. Des couleurs, des fleurs, de la lumière, des formes loufoques, vraiment spécial et gai, avec de magnifiques bois exotiques dans chaque pièce.

Après Comillas, nous alignons trois bonnes étapes (28-33km) puis une matinée de beaux coups d’œil sur l’océan, de prairies vertes peuplées de vaches aux très longues cornes se terminant abruptement à l’océan, de reliefs et rochers calcaires aux couches sédimentaires verticales ou obliques bien  visibles, de forêts de marronniers et d’eucalyptus.

Les Picos de Europa

La météo est parfaite, du beau soleil, de la chaleur mais plus de canicule humide. Nous quittons la Cantabrie pour entrer dans les Asturies aux couleurs et à la végétation plus exotiques. Certaines maisons sont colorées en bleu, et sont assez tarabiscotées telles des mini-palais. Ce sont les maisons des Indianos, Espagnols ayant fait fortune à Cuba ou ailleurs en Amérique latine. Le caprice de Gaudi avait été commandé par un Indianos.

Les jardins ont des bougainvillier en fleurs, des palmiers, un air mexicain flotte dans l’air.

Buffones: Sur ce sol calcaire, l’océan à creusé la côte et par endroits, la mer s’enfile sous le sol. La puissance des vagues et du ressac peut la faire jaillir en geysers. Quand nous passons, l’océan est relativement calme, pas de geysers, mais des rugissements terribles venant du sol,  de la prairie au bord du sentier ou de fissures, de petits gouffres d’où jaillissent de la poussière, de la brume lors des plus forts grondements.

En route, tout naturellement, Anita, une pélerine parisienne se joint à nous; échanger, partager la vue de cette belle côte est un plaisir, comme de découvrir le soir le cidre local. Il est servi en petits verres, et doit être oxygéné, soit par le serveur qui le verse de très haut dans le verre tenu en biais, soit servi d’une bouteille avec une pompe. C’est un cidre plus clair, plus acide, bien différent du cidre breton. Nous voyons d’innombrables vergers de pommes, des citronniers bien chargés, quelques orangers en route, mais il est évident que les pommiers sont vraiment les plus nombreux.

Le serveur de cidre

Dans notre organisation, les points à résoudre sont toujours

-De trouver les logements quelques jours en avance, beaucoup de pélerins trouvent que c’est un point problématique, cet aspect ne nous pose pas de soucis pour le moment.

-Le déjeuner: partir vers 7h30 ou 8 heures avec quelquechose dans le ventre. Seules les auberges pour pélerins servent un déjeuner,  celles offrant des dortoirs et lits superposés mettant en évidence notre besoin d’un minimum de confort pour avoir un sommeil récupérateur. Les boulangeries ouvrent souvent tard, nous apprécions parfois en route les toasts avec purée de tomates des bars, ou mangeons des joghourts en chambre, histoire d’éviter à Pierre-Olivier de partir à jeun.

-Devons-nous porter un pique-nique ou allons-nous croiser des buvettes ? Le début du Camino nous avait gâtés, mais dans les Asturies, certains tronçons ont été  longs le ventre creux. Nous ne sommes ni des pélerins marchant deux heures avant la première « morce » , ni de ceux liquidant l’étape sans croquer au moins une tortillas, l’occasion de joyeuses retrouvailles. Nous essayons d’avoir toujours deux pommes dans notre sac. Dommage que la qualité des fruits des épiceries soit catastrophique, septembre et aucun bon raisin !

-Le souper, souvent au restaurant, toujours de magnifiques salades, mais pas avant 20h., servies en terrasses et il fait vraiment frais ou froid le soir.

La conclusion de cette organisation est que la liseuse et le Scrabble sont en trop dans notre sac à dos, nous sommes occupés par l’essentiel, dormir, manger, c’est le Camino.

-Le séchage….

Les chaussettes à la ceinture
Ou sur les bâtons

A la Isla, dernier village au bord de l’océan avant de s’engager dans les terres pour Oviedo, nous nous sommes octroyés un après-midi plage. Il souffle, de bons petits rouleaux, mais installés à l’abri près de rochers, c’est sieste au soleil et trempette. L’eau n’est pas froide et c’est pourtant l’Atlantique, impressionnant, agréable pour nous à défaut de  l’être pour la planète.

A La Isla, bien des hôtels et restaurants sont fermés, dans d’autres petites stations, les écoles de surf se suivaient mais n’étaient plus trop actives, ambiance de fin de saison, peu de touristes, on se retrouve, revoit des pélerins perdus de vue depuis quelques jours, l’énergie du réseau variable se déploie.

Voyager autrement, aperçu des Pyrénées, 11-21 mai 2023

Le retour direct à la maison serait trop brusque, après une étude détaillée des transports publics, nous louons une voiture.

Départ pour la Vallée du Lot, direction Puy-l’Évêque, la météo est toujours mitigée.

Puis cap au sud, visite de Montcuq, puis de Lauzerte, village médiéval charmant, mais plein de pélerins; pas facile de changer de peau, plus de regards croisés, de l’indifférence, malgré nos souliers, nos sacs, la coquille.

Par contre, hors chemin, nous partageons un déjeuner très chaleureux avec un couple louant une chambre d’hôtes et un appartement de vacances créé avec goût dans la cave (ferme de Laspeyrière).

A Moissac, grande église et cloître roman,  nous arrivons en même temps que quelques dizaines de Harley Davidson et grosses cylindrées BMW se garant le long de l’église.

Une grande croix au sol faite de fruits et de légumes complète nos interrogations. La procession de la fête des Rogations va partir.

Cette bénédiction des champs et hommage aux agriculteurs était trés ancrée dans les traditions de cette région et est à nouveau célébrée avec une population enthousiaste grâce au prêtre vietnamien de la paroisse. Jeune et dynamique, cette année la procession se fera à motos de village en village. C’est aussi la journée où les catholiques du Portugal fêtent Fatima, la Vierge. Chants religieux dynamiques des îles, (communauté agricole de Polynésie française), prière à St Christophe, patron des voyageurs, lue par un motard, « Bénédicté » classique chanté où les paroles ont été remplacées pour une bénédiction des motards, statue de la Vierge embarquée à l’arrière d’un pick up qui monte les petites marches en pavés devant l’église, et finalement l’abbé, grimpant en soutane, « bénitier portatif » à la main comme passager de la première moto.

La scène est vraiment intéressante, gaie et quelque peu hétéroclite. Le départ est donné après un concert de « coups de gaz » bien orchestré; j’avais compris que les cloches allaient sonner, erreur… Surprenant ? Cet homme, fils d’agriculteurs, semble très proche de ses ouailles. La recommandation de revenir au retour de la tournée pour la messe dédiée aux agriculteurs nous est donnée, certaines femmes vont y venir en costume traditionnel et l’accent sera mis sur la multi-culturalité. Nous renonçons pour continuer notre route, l’appel de Saint-Jean-Pied-de-Port, (port signifie col en Basque) .

Nous y arrivons en découvrant les contreforts des Pyrénées: montagnes vertes et raides, cônes pointant souvent dans les nuages très bas. Les portes d’entrée datant du Moyen-âge sont bien visibles et la rue centrale piétonne est remplie de pélerins, enfin la journée tandis que le dimanche soir même à 20h., il n’y a pas âme qui vive, presque aucun restaurant ouvert.

St-Jean- Pied-de-Port était une plate-forme commerciale du Moyen-âge et lundi 15 mai, Pierre-Olivier part sur ce passage des Pyrénées qui était la voie reliant Bordeaux et les autres grands ports ou villes françaises à Madrid. Les Celtes, les Romains, Charlemagne, Napoléon, des milliers de pélerins, de voyageurs, de soldats ont emprunté ce passage, le plus aisé pendant longtemps.

Plus prosaiquement,  parti seul,  à son rythme, il abat les 1200m. de dénivelé sans  se presser. Le bonnet, les gants, le gilet supplémentaire rajouté le matin dans le sac, tout a été utilisé dans la pluie et le brouillard.

Arrivé très tôt à l’hospice de Roncevaux en Espagne, il annule sa réservation pour la nuit et rentre en taxi partagé pour me déclarer:  » nous devons revenir, le brouillard ne m’a pas empêché d’être enthousiasmé par le paysage » . Les averses ont été  aussi fortes qu’imprévisibles ces deux derniers jours;  le lendemain nous roulons jusqu’au col d’Ispégui, et le soleil revient.

Nous apprécions Espelette, village lumineux à l’architecture Basque, ses spécialités  de fromages de brebis et confitures de cerises noires, chocolat, gelées et autres préparations au piment d’Espelette, le vin local Ereguely et admirons les beaux cotons tissés.

Espelette
Ainhoa

Lors de notre retour à Cahors, nous nous arrêtons à Albi, nouvelle couleur après les villages de pierres blanches du Quercy, ocres plus au sud et les façades peintes en blanc avec volets colorés du pays Basque. Cette ville, construite à base du sable du Tarn, est en briques rouges. Son imposante cathédrale, destinée à affirmer le pouvoir ecclésiastique de l’archevêque est vraiment imposante, je la ressens même comme oppressante.

Finalement, notre dernière étape sera de fêter l’anniversaire de Pierre-Olivier à Sauzet, une petite auberge perdue. En mode visite, la gastronomie de la région est plus difficile à  supporter qu’en mode pélerin, il est temps de rentrer. Les transports publics disponibles nous mènent par Bordeaux, à Paris où nous avons le plaisir de rencontrer des amis et de visiter l’exposition à la Cité des Sciences sur l’urgence climatique. En dernière étape, nous rentrons dans nos Alpes retrouver notre fille et sa famille chez nous.

Chemin de Saint Jacques de Compostelle: de Figeac à Cahors, 6- 10 mai 2023

Après un bon mois en route, nous n’utilisons aucun pansement, n’avons aucune courbature, juste chacun l’un ou l’autre petit point faible se manifestant épisodiquement le soir, vite oublié une fois en route. Et le matériel ? Rien en trop, si ce n’est le costume de bain, jusqu’à maintenant. Nos chaussons de tissu comme seconde paire de chaussures sont un inconvénient dans les rares gîtes où les sacs et souliers doivent être laissés dans un local nécessitant de passer par l’extérieur pour rejoindre les dortoirs. Par contre, le matériel s’use et le ruban autocollant très solide embarqué en cas d’éventuel accroc à un sac à dos s’avère bien utile pour réparer nos pantalons.

Réparation nécessaire des pantalons qui se déchirent

Après plusieurs colmatages de la dernière chance, ceux de Pierre-Olivier finiront quand même à la poubelle, et mes deux paires sont l’une complètement distendue et l’autre raccomodée à la bande autocollante. Le vieux dicton de nos mères disant que les tissus ont besoin de temps de repos pour durer semble bien correct.

Donc en pleine forme, nous optons pour la vallée du Célé parmi les trois itinéraires possibles (autres: Rocamadour, Gr 65).

Nous démarrons le long de champs et de passages en forêts par une journée devenant de plus en plus chaude. Avant Espagnac, la forêt est sombre, beaucoup de grosses branches sont recouvertes de mousse et nous avons vraiment l’impression de traverser une forêt terrifiante, tirée des contes de fée. Nous apprendrons plus tard que ces branches mortes sont celles de buis, dévasté en 2018 par la pyrale du buis, dont les chenilles,  mangent toutes les feuilles. A cela s’ajoute une longue couleuvre de plus d’un mètre vue sur le bord de ce chemin humide surplombant le Célé. 

A Espagnac, nous pique-niquons dans le jardin du prieuré et commençons à voir les falaises de calcaire typiques, bordant les méandres du Célé.

Nous arrivons à notre camping au bord de la rivière dans l’après-midi et sortons le costume de bain ! L’eau est terreuse, pas de baignade mais il fait une chaleur estivale; suivront des pluies diluviennes le soir et de bons coups de vent. Juste rentrés dans notre petit mobil-home, ceci nous rappelle quelques souvenirs de camping. Le chemin (Gr 651) passait au-dessus des forêts raides surplombant le Célé, en-bas des falaises. Nous devions rejoindre ce parcours panoramique par un sentier raide entretenu par les gérants du camping.

Malheureusement, le lendemain, le sentier est déconseillé suite à l’orage. Toutefois, deux kilomètres plus loin, nous retrouvons le GR651. Le programme des prochains jours est de monter au-dessus des falaises sur le Causse (plateau calcaire) et de redescendre entre deux falaise au prochain village et ainsi de suite. Les dénivellés ne sont toutefois pas élevés, les chemins sont bien caillouteux, souvent bordés de buis et d’une variété d’autres arbustes. Le Causse est vert, prairies et haies, buis, chênes verts, forêts denses, une sorte de maquis impénétrable.  Le paysage est vaste, la météo agréable, l’air au fonds de la vallée est par contre très moite. Ce deuxième jour, notre marche est ralentie par une véritable invasion de chenilles suspendues par leur fil aux  branches de chênes verts. Totalement inoffensives, nous n’aimons quand même pas les avoir sur nous, nos habits. Nous nous nettoyons mutuellement très souvent et devenons de plus en plus habiles pour les repérer et progresser en cassant les fils avec nos bâtons.

Observées par les randonneurs que depuis quelques jours, nouveauté pour notre hébergeuse bien de la région, il s’agirait selon mes recherches de la tordeuse verte du chêne, défoliant les chênes verts. En tout cas, il ne s’agit pas de la pyrale du chêne, chenille descendant le long des troncs et urticante. Nos petites chenilles vertes sont inoffensives pour l’humain, testé pour vous par les pèlerins !

Balayage anti chenilles

Nous descendons à Marcilhac-en-Célé, joli village sans aucune vigne et apprenons que le vin apprécié venait d’un autre village proche: Marcillac ! Le temps d’une grosse averse nous fait découvrir un café associatif, principalement anglophone, le chemin est parcouru d’initiatives sympathiques. Nous remontons évidemment immédiatement à la sortie du village sur le Causse pour redescendre à Sauliac. Le gîte est une maison récente croisée avec une cabane, les deux dortoirs de l’étage donnant sur une pièce centrale fermée du côté vallée que par du plastique transparent. 

La vue est plongeante sur la vallée et les falaises de l’autre rive. Hébergeuse ayant fait le chemin, construction insolite, voyages en Asie pendant la fermeture hivernale, dans ce pays vert et humide, les toilettes sèches présentées comme un engagement écologique me laissent un peu songeuse. Les modes m’apparaissent plus puissantes pour promouvoir les innovations que les études d’impact objectives.

Le lendemain, en chemin, nous visitons les grottes de Pech Merle où nous admirons des peintures rupestres datant certaines de plus de 25000 ans. Mammouths, chevaux, bisons et un ours sont peints avec du charbon de bois et des oxydes de manganèse et de baryum pour le noir et des oxydes de fer pour le rouge en jouant aussi avec le relief de la roche.  Des mains sont peintes avec la technique du pochoir, des empreintes de pas sont bien visibles. Un éboulement a fermé l’accès à toutes les salles, il y a plus de 12000 ans, préservant ainsi ce site, découvert par 3 adolescents expérimentés en 1922. Le réchauffement climatique menace de les abîmer; leur accès, déjà limité, pourrait devenir interdit au public à l’avenir.

Cette pause culturelle intéressante et émouvante nous fait arriver juste à temps à Saint-Cirq-Lapopie, village perché très connu pour son cachet, mais où seulement une poignée d’habitants vivent à l’année.

Raccourci par l’ancienne voie de chemin de fer pour traverser le Lot pour aller à St Cirq Lapopie
Chemin de halage
Art mural sur le chemin de halage
St Cirq Lapopie

Nous apprécions que dans cet endroit hyper-touristique un vrai gîte soit disponible, géré par la patronne d’un restaurant bien sympathique, offrant un accueil pélerin trés correct. Le dortoir est petit, 4 lits, mais rien à faire, Pierre-Olivier n’est pas un colocataire tolérant les ronflements genre « Grande Vadrouille », alors qu’il est partout ailleurs un excellent dormeur. La soirée est rigolote, en compagnie de quatre copines belges, que nous aurons peut-être l’occasion de revoir. Ces derniers jours, les autres marcheurs allaient de Figeac à Cahors exclusivement, contacts sympathiques mais différents de ceux partagés avec des pélerins au long cours.

Rendez-vous le lendemain, dernière halte avant Cahors, chacun gère au mieux cette journée prévue pluvieuse l’après-midi. N’ayant pas visité le village la veille, nous nous y baladons et partons les derniers; et donc serons plus longtemps à nous faire tremper, sautant même le pic-nic par manque d’abri. Vraiment malheureusement, je trébuche sur le chemin caillouteux, comme la plupart des chemins de cette aventure, alors qu’il est plat et sans difficultés. J’ai mal au poignet gauche, mais il reste 5 km sous la pluie battante et de la descente, par chance non glissante. Nous arrivons au gîte avant son heure d’ouverture, mais au vu des pélerins trempés arrivés en avance, l’hébergeuse ouvre, nous fait du thé et s’organise pour le repas à l’intérieur plutôt que dans la cour pour ses 23 pélerins alors que son maximum habituel est de 15. C’est ainsi cette année, tous les hébergeurs sont débordés, le chemin est victime de son succès. Comme je ne peux plus du tout utiliser mes doigts, le lendemain, le 10 mai, nous marchons juste les deux kilomètres nous menant à l’arrêt de bus pour Cahors, direction hôpital. Nous ne le savons pas encore, mais notre chemin de Compostelle est terminé pour cette fois, je ressors avec un plâtre trop important pour continuer. La suite du voyage est à réinventer.

Chemin de Saint Jacques de Compostelle: de Saint-Chély-d’Aubrac à Figeac, 28 avril-5 mai 2023

Chemin faisant, nous goûtons de délicieux farçous, omelettes aux feuilles de blettes et oignons, sur une petite terrasse en pleine nature.

La descente continue pour arriver à St-Côme-d’Olt connu pour son clocher flammé, c’est-à-dire volontairement vrillé, afin de diminuer l’impact du vent.

Nous flanons dans ce petit bourg médiéval, mais de bonnes montées sont au menu de l’après midi, jamais longues, mais raides, le chemin passe par un point de vue (avec statue de la Vierge) dominant Espalion. Pour nous, une étape à l’hôtel de France, vraiment régénératrice. Dormir dans de vrais draps, chambre climatisée donc absolument calme, ce petit hôtel surpasse nos attentes, avec en sus la découverte du  vin de Marcillac, où nous passerons d’ici quelques jours.

Le lendemain, pause de midi à Estaing, un village médiéval connu, se retrouver au milieu de touristes non pèlerins est nouveau pour nous, par chance ils sont très peu nombreux.

C’est aussi notre première traversée du Lot, nous retrouverons cette rivière à maintes reprises, et aurons de belles montées et descentes entre chaque passage, alors je rêve d’être un canard, ou je me demande si le bourdon (bâton du pélerin) ne pourrait pas servir de pagaie pour diriger un radeau…

La végétation évolue, les chênes et les noyers sont nombreux. En ayant perdu de l’altitude tout en allant vers le sud ouest, les fleurs, la verdure des arbres, les jardins nous projettent en avant de plusieurs semaines.

Le prochain gîte est formidable, maison de pierres avec une vue sur les prairies et vallons infinie, une cuisine du terroir, des lentilles, un gâteau de St-Jacques pour encourager ceux qui s’y rendent et pour que les autres l’aient goûté, des conseils, explications pour l’étape du lendemain, de petites chambres à deux… Tout ceci tenu par un pince-sans-rire bourru au premier abord, mais plein d’humour  venant du Chablais. Les caquelons à fondue sont bien exposés, la confiture est aux abricots du Valais; sous une allure de baba-cool, Léo est d’une efficacité et d’un professionnalisme exemplaire (gîte de Fonteille).

Le 1er mai, nous arrivons assez tôt à Conques, une halte absolument superbe.

L’abbatiale romane de petite surface a une hauteur de plus de 40m. à l’intérieur, et qui lui donne une impression de grandeur incroyable. Le village est niché dans une vallée boisée raide, les moines désiraient s’isoler de la civilisation. Après la bénédiction des pélerins, la présentation du tympan, la sculpture au-dessus de la porte d’entrée, par un des moines est connue sur radio Camino, tant ce moine est un acteur hors pair, ayant de l’humour. Pour moi, il représente la personne qui pourrait intéresser n’importe quelle classe à tout sujet. Le tympan, séparation entre l’extérieur et l’intérieur comme celui de notre oreille, représente le jugement dernier; à gauche le paradis, à droite l’enfer; entre les deux une balance qu’un malin essaie de biaiser du côté dantesque. Nous n’aurions jamais vu l’avare dévoré par un serpent alors qu’il tient sa bourse, le roi trop imbu de sa personne humilié par une femme, l’ordre pacifique du paradis et tant d’autres détails sans ses explications et ses mimes des postures sculptées.

Le public, essentiellement des pélerins, aurait pu l’écouter des heures sur le parvis, l’orateur était tout autant frustré de ne pas nous en dire plus, mais un autre moment magique nous attendait à l’intérieur de l’abbatiale: deux femmes s’accompagnant  parfois du violon et du violoncelle chantent en béarnais, une langue occitane. Sans micro, leurs voix résonnent entre ces vieux murs de façon parfaite, franchement merveilleux.

La soirée continue par l’illumination en couleurs du tympan, détail après détail, couleurs très vives comme l’étaient également les couleurs d’origine (plus ternes en enfer qu’au paradis). 

La soirée avait déjà bien commencé car le restaurant de notre auberge de St Jacques était vraiment gastronomique. Le charme des vieilles poutres et la salle de bains mansardée de notre chambre sont une source de risques nécessitant une bonne gymnastique vu que nous ne sommes pas des lilliputiens, mais la vue sur le clocher l’emportent largement sur ces inconvénients. Le lendemain matin, nous visitons l’étage de l’abbatiale avec des explications sur les vitraux de Soulages, controversés, ayant remplacé les vitraux classiques colorés. Modernes, constitués de lignes noires sur fonds blanc, taillés dans des morceaux de verre compressés pour changer de nuances de blanc selon la lumière sans aucun reflet sur la pierre, leur but est de mettre en évidence la beauté de la pierre, d’éclairer l’église sans y ajouter de couleur, et de ressembler aux parchemins fermant les fenêtres avant l’époque des vitraux. En tout cas, cette abbatiale est lumineuse et le regard est porté sur  les pierres des murs et non sur les vitraux.

Par monts et par vaux, de forêts en prairies, de montées et descentes boueuses un peu glissantes, notre Camino, facteur économique essentiel pour la région, nous amène à Decazeville pour une halte de midi par beau soleil, bien différente: ville minière d’extraction du charbon jusqu’en 2001, créée de toutes pièces vers 1800, dont la statue  rend hommage au patron de la sidérurgie de l’Aveyron et où une usine à encore fermé récemment….. Maisons en décrépitude le long d’un axe routier, mais aussi ville ayant abrité un festival de Street Arts donc riche en fresques murales, échoppes tenues par des jeunes, immense hall qui était le laminoir des usines produisant l’acier transformé en hall de patinage, skate, roller. On y sent un vent propice à l’innovation. Le Chemin y passe, détourné pour offrir de quoi dormir et se restaurer aux passants, autre tentative pour relancer un aspect économique. Nous prenons bien du temps, il fait chaud, les commerçants sont très accueillants, mais un coup de chaleur gratifie les grimpettes de l’après-midi, nous arrivons bien fatigués à l’étape.

Arrivée à Figeac

Qu’importe, la prochaine sera courte, 20 km avalés le matin, nous menant à Figeac, bourg médiéval que nous apprécierons bien de visiter aussi le lendemain.

La réservation des hébergements futurs prend aussi du temps, vu que beaucoup sont complets mais nous arrivons pour le  moment à nous organiser systématiquement des étapes de 20 à 26 km. 

En se promenant, Pierre-Olivier s’enfile sans crier gare chez une coiffeuse, l’heure de la tonte a sonné ! Grâce à ce coup de tête, nous passons de bons moments sympas chez cette jeune maman venant d’ouvrir, les amis de Figeac passent lui dire bonjour,  du coup je passe aussi sur le fauteuil et nous allons souper au restaurant adjacent, chez ses beaux-parents. C’est tellement joli et sympa, et notre hébergeuse n’étant pas venue faire le souper comme prévu, que nous y retournons le lendemain. Nous sommes reçus comme des amis, des vieux clients, pourtant le personnel est débordé: c’est la fête annuelle, les Figeacois sont de sortie, manèges et musique dans la vieille ville. Quelques pélerins arrivent tard, surpris par l’ambiance, arborant les mêmes souliers que nous qui avons fait le choix de n’avoir que ceux de marche, même pour sortir ou aller chez la coiffeuse !

Montagne d’asperges

Après une soirée sympathique en compagnie de chansonniers francophones, nous rentrons dans notre « loge de concierge », un studio au rez donnant sur la rue passante, dont la porte et la porte-fenêtre se ferment à double tour, pour un peu d’air, vous repasserez !

Marcher sur le chemin, c’est simple, changer d’hébergement en ne sachant jamais à quoi s’attendre, c’est plus compliqué ! Nous sommes vraiment contents d’avoir pris le temps de parcourir la vieille ville moyenâgeuse (circuit découverte indiqué par l’office du tourisme) en restant deux nuits à Figeac. Les rues abritent de nombreux hôtels particuliers de marchands, aux façades sculptées témoignant de leur richesse, et des maisons d’artisans à encorbellement en bois.

Chemin de Saint Jacques de Compostelle: de Puy-en-Velay à Aubrac , 22-28 avril 2023

La cathédrale du Puy-en-Velay a été agrandie au 12ième s. alors qu’elle était construite sur la pente d’un ancien cône de lave. Les architectes du 12ième s. ont eu l’audace de l’agrandir en sur-plomb, tenant sur des piliers. Les maisons adjacentes masquent ce profil, mais l’imposant escalier menant de la vieille ville à la cathédrale y donne accès en arrivant par une sorte de grande trappe. Il n’y a aucune porte à l’emplacement habituel de l’entrée, elle donnerait dans le vide. Le samedi 22, jour de notre départ, cette porte-trappe était ouverte,  sortie réservée aux pèlerins, gardée souvent fermée à cause du froid qu’elle amène (et tous ces moines, pèlerins etc…. vivaient déjà bien au frais !) Nous quittons donc la cathédrale de façon très conforme, mais faisons un crochet au marché pour nous approvisionner en fromages et, disons, là, au revoir à ma cousine.

Vite un peu en hauteur, nous admirons les vastes étendues du plateau basaltique. Un peu de bétail, des champs de céréales et de lentilles, spécialité de la région, un sol bien caillouteux, nous progressons sur de beaux chemins bordés de murets en pierre sèche et de prunelliers en fleurs. Bien blancs, ravissants, il paraît que leurs petites prunes vertes ne sont bonnes qu’à produire de l’alcool.

Le paysage est vaste, sans avoir du soleil, nous avons au moins la visibilité et marchons au sec jusqu’à notre gîte. L’ambiance sur le chemin et à l’étape est complètement différente depuis le Puy-en-Velay. Au lieu de voir 2 pèlerins, nous en voyons plus d’une dizaine, au lieu de manger seuls avec nos hébergeurs, nous soupons une vingtaine autour de la table. A chacun son chemin avait été la devise donnée à l’apéro d’accueil des Pèlerins la veille, à la cathédrale du Puy en Velay. Autour de la table à Montbonnet, des Coréens assez perdus pour réserver leurs gîtes suivants se faisant immédiatement aidés, une dame reprenant la marche par petites étapes après quelques dizaines d’années, un magnétiseur refaisant le chemin car il a trouvé la Foi à St-Jacques et aimerait mieux comprendre ce qui lui arrive, des jeunes mamans parties entre copines plus bavardes les unes que les autres, un couple de Hollandais très sympathiques et positifs ayant l’habitude des longues randonnées, très calmes … une aubaine, nous partageons la même chambre.

Le lendemain matin, les dômes des anciens volcans et les grands plateaux sont bien visibles, la grande fenêtre du gîte est un endroit idéal,… sauf pour le chauffage…. on doit être devenus douillets.

Nous continuons par ces jolis chemins sur les Monts du Devès  pour finalement descendre vers l’Allier par un sentier de forêts, par chance assez sec. Bien des églises romanes jalonneront notre chemin, comme celle de Saint-Privat d’Allier.

Une vue panoramique de la chapelle de Rochegude et encore une descente terreuse jusqu’à Monistrol d’Allier, vraiment au fonds d’une vallée encaissée. Même ambiance chaleureuse au gîte tenu par une infirmière reconvertie s’étant occupée de ma maman, à Ecublens, et une bonne grimpette au-dessus de l’Allier pour retrouver les grandes étendues. Nous quittons les dômes basaltiques pour entrer sur le plateau granitique.

Sur le chemin, un homme de la région nous vend une sorte de pavé de fruits secs agglomérés, c’est délicieux. Il est dans une position très stratégique, juste en-haut de la côte et fait déguster; le chemin à de tout temps été un important lieu de commerce !

Les forêts sont tantôt des feuillus, n’ayant encore aucun bourgeon, tantôt de l’épicéa planté comme toujours pour sa croissance rapide, des sapins et toutes sortes de pins. Nous admirons toujours sans nous lasser les haies bien fleuries et le paysage ouvert de plateau de la Margeride. Nous progressons bien sur cette bonne étape, 24 km et bien 800m. de dénivellé positif nous menant à Villeret d’Apchier. Le soir, ambiance animée, pas vraiment calme et zen, chacun est sur son téléphone pour trouver les hébergements suivants. Plus de fréquentations que l’année dernière à même époque, un engouement post covid important, difficile de respecter l’esprit du chemin qui serait de vivre et s’organiser jour après jour. Nous observons et profitons toujours de beaucoup d’entraide pour se montrer les différentes applications et se prêter le guide. Nous n’avons rien comme papier, ni guide, ni carte, pour éviter de s’alourdir, la référence est le « Miam-miam Dodo », expression latine utilisée par les moines. Après cette soirée bien administrative, nous serons plus relax, ayant nos logements pour une semaine.

Mardi 25, nous continuons à traverser  la Margeride, les prairies sont de plus en plus riches en tapis de jonquilles, nous nous sentons parfaitement bien en pleine nature.

Nous faisons halte au lieu dit « Le Sauvage » vers une énorme bâtisse en grosses pierres, qui nous paraît être au milieu de nulle part mais qui était au carrefour de chemins de commerce au Moyen-âge et comme beaucoup d’églises aussi, un hospice pour les pélerins, les voyageurs, les indigents.

Ces plateaux ont un climat rude, venté, les distances sont immenses, nous imaginons dans quel état de santé certains devaient être recueillis. Actuellement, le site est une auberge-gîte, un site de promotion d’une gestion durable de la forêt et bénéficie de son étang d’épuration.

Le lendemain, nous marchons avec de nouveaux amis, nos étapes sont très raisonnables, une vingtaine de kilomètres, peu de dénivellé, alors nous profitons de faire des pauses au soleil, d’avancer sans se presser.

A Lasbros, nous dormons chez « Marie-en- Aubrac » , un gîte en pierres, très traditionnel, chaleureux,  le bœuf en d’aube un vrai régal, une authenticité remarquable. Évidemment que la gérante connaît la région et a fait le chemin jusqu’à St-Jacques.

Le lendemain, changement de décors, progressivement quelques bois mais plus de forêts, les vastes étendues caillouteuses sont nues.

C’est l’Aubrac !

Une nuit à Nasbinals, nous logeons dans une bâtisse du 19ième s, internat pour garçons (évidemment rien pour les filles) abritant encore quelques classes. Longs couloirs gris, escaliers imposants, un vrai décor de film. L’accueil est assuré par des hospitaliers, bénévoles ayant fait le chemin et nous avons notre chambrette au grenier. Une première ce 27 avril, nous sortons dans le très joli bourg pour souper au restaurant; à l’exception de notre soirée en Mobil-home tout au début de notre périple, c’est la première fois. Il fait beau, on s’est vu en chemin, on se salue, tout le monde mange l’aligot, une purée de pommes de terre mélangée à du fromage frais de vache, accompagnant ou de la saucisse ou du bœuf d’Aubrac. « Radio Camino » parle des deux filles cheminant chacune seule en bivouac qui pêchent parfois, de la famille aux quatre enfants accompagnés de l’âne « Pivoine », du jeune de 17 ans, et même d’une moustache…

Le lendemain, les Mont-s d’Aubrac (1324m.d’alt.), vallonnés, superbes, au son des oiseaux, avec du soleil, la nature immense nous enveloppe. Aucun bétail ou presque, les vaches sortiront des étables vers la fin mai, les nuits sont froides. C’est avec un peu de regret que nous commençons la descente, pour se rapprocher de la vallée du Lot.

Chemin de Saint Jacques de Compostelle: du Rhône au plateau du Pilat enneigé, puis à Puy-en-Velay, 13 au 21 avril 2023

De Chavanay, nous montons d’abord dans les vignes, puis entre les vergers de pommiers et d’abricotiers, équipés de petits brûleurs à cire entre chaque arbre pour parer aux nuits froides. Soleil, pluie et finalement un peu de grêle à la Croix de sainte Blandine (600 m. d’altitude) avant d’arriver à st Julien Molin Molette. Nous faisons nos emplettes pour un souper simple exceptionnellement pris en tête-à-tête. Au gré des pauses, nous voyons plusieurs fois un couple d’allemands et quelques autres pèlerins.

La prochaine étape nous mène à travers la forêt au col du Tracol,  puis à 1240 m. d’alt., adieu le bassin du Rhône,  passant la ligne de partage des eaux, nous entrons dans celui de la Loire. Nos chemins sont de larges travées d’exploitations forestières (!…). Sur l’autre versant, la végétation est beaucoup plus variée. Pluie,  temps frais,  restes de neige du jour; presqu’arrivés, Pierre-Olivier a un petit coup de rhume et  de fièvre. L’organisation est parfaite, il soigne sa petite crève, nous prenons un jour de repos au gîte des Sétoux,  deux nuits à profiter du meilleur confort jamais eu depuis le départ et il neige et vente toute la journée; nous sommes à 1100m. d’alt. Une meilleure synchronisation aurait été impossible.

N’ayant aucune provision, nous allons à midi au café du hameau, restaurant de Pays proposant le bœuf AOP Fin Gras du plateau du Mezenc, une découverte gastronomique et intéressante. Les vaches sont dehors l’été, dans des prairies d’altitude de fleurs variées et spécifiques. Le climat très rude oblige de garder les bêtes à l’étable de nombreux mois, mais elles ne sont nourries qu’avec le foin local, sans enrubannage ni ensilage, d’où le peu de bêtes à l’hectare. La création et le succès de cette AOP préserve l’avenir économique et social sur ce plateau, ainsi qu’une excellente biodiversité.

Bien reposés, nous repartons par le brouillard, auquel nous n’échapperons pas chaque matin les 4 prochains jours, soit jusqu’à Puy-en-Velay. Forêts, prairies, vastes étendues, mais aussi points de vue passés sans beaucoup de visibilité, hameaux plus ou moins vides rendus encore plus lugubres par la brume. Ces étapes nous laissent plus de souvenirs quant aux contacts avec nos hôtes, ou à la variété du confort aux hébergements toujours imprévisible que d’images de paysages exotiques. Toutefois, nous devinons ces collines circulaires, anciens volcans n’ayant jamais explosés, des dômes de magma. Auparavant, nous avions admiré la collection des douze tableaux flamands du 16ième s. (Albert Grimmer) à Montfaucon-en-Velay.  L’histoire de cette collection qui a échappé à la destruction lors des révoltes protestantes et lors de la Révolution, et a ensuite été retrouvée après avoir été volée en 1995 est un véritable roman policier.

http://grofouillis.canalblog.com/archives/2014/10/03/30696026.html

A l’approche de Puy-en-Velay, notre chemin suit la Loire puis la Borne, le soleil est bien revenu, et nous voyons les rochers, plus ou moins plats sur le dessus, anciens cratères remplis de lave refroidie, du basalt, sur lesquels sont construites des églises fortifiées ou la statue de la Vierge « notre Dame de France ». Les volcans eux-mêmes, de roche plus tendre ont été érodés.

Notre Dame de France, faite avec les canons pris aux Russes en Crimée par Napoléon

Chemin faisant, ma cousine arrivée de Londres arrive à notre rencontre; c’est le début de notre pause touristique de deux journées et demi. Cela fait 18 jours que nous sommes en chemin, dont une petite étape esquivée par du stop et un jour complet de pause à se reposer en regardant tomber la neige. Nos jambes, nos pieds, tout va vraiment bien physiquement, mais personnellement je manque terriblement de sommeil. Nous apprécions vraiment le luxe salutaire d’un appartement très confortable pendant ces quelques jours. Le matériel emporté dans nos sacs nous convient, la seconde paire de chaussures non embarquée ne nous manque pas. Là encore, ma cousine a été d’un secours formidable, en me prêtant une paire pour que je puisse donner la mienne à ressemeller.

Cathédrale du Puy en Velay

Nous visitons la vieille ville moyenâgeuse , l’abbaye de la Chaise-Dieu dans les environs. Immense église, cloître et une visite historique très instructive grâce à un circuit animé. Nous sommes dans l’époque des deux papes (Avignon et Rome, la peste noire 1348, la puissance et la richesse de tout le réseau de monastères et d’abbayes rattachés à la Chaise-Dieu) . En ces temps d’extrême pauvreté, l’église justifiait sa richesse comme un besoin de rayonnement, d’apporter du beau et du positif à la misère. Deux papes, ayant un sens certain de la politique et de la diplomatie seront originaires de la confrérie des moines de la Chaise-Dieu. Le premier combattra sans pouvoir l’empêcher le massacre des Juifs tenus responsables de la peste, et tiendra à l’entretien du pont d’Avignon vu que c’est à l’époque le seul endroit permettant de franchir le Rhône, donc de relier Lyon à la mer. Les papes sont à Avignon suite à l’instabilité à Rome. L’architecture de l’abbatiale romane est grandiose, nous faisant presque oublier la température austère et crue dans tout le site.

St Michel de l’Aiguilhe construit sur la cheminée volcanique
Abbaye de la Chaise Dieu
Cloître de la Chaise Dieu

Le soir, nous sommes des gastro-pèlerins, découvrant un petit restaurant branché innovant, ou un tout aussi minuscule café recommandé par nos derniers hôtes où les locaux se retrouvent devant de belles pièces de viande provenant des plateaux aux alentours. Finalement, pour un repas « chez nous », nous profitons de l’Auvergne et de sa légendaire richesse en fromages après une visite guidée proposée par un spécialiste du Moyen-âge, via l’office du tourisme.

Chemin de Saint Jacques de Compostelle: forêts, cerisiers en fleurs et magnifiques rencontres pour rejoindre la rive droite du Rhône, 7- 12 avril 2023

De Yenne, nous grimpons au Mont Tournier par la variante du chemin, ensoleillé et sec, absolument bucolique entre prairies et haies avec de beaux dégagements vers les collines de l’est. Le chemin classique offrant de beaux belvédères sur le Rhône est entièrement en forêt, plus raide, potentiellement boueux, déconseillé en ce moment.  Par une piste VTT bien sinueuse, nous atteignons le sommet, balcon sur le Rhône. La soirée sera très sympathique, chez une paysanne  à la retraite ayant eu 70 vaches laitières. Elle nous parle de la rénovation de cette ancienne bâtisse, les locaux que nous occupons ayant été laissés  à l’abandon, ils abritaient beaucoup d’hirondelles, qui appréciaient les clous plantés dans les poutres provenant de la forge, pour accrocher leur nids.

L’approche de plus en plus écologique était toujours très pragmatique, et l’évolution de certaines façons de travailler, comme la production de leurs propres céréales et semences pour nourrir  leurs vaches ou l’élevage de deux taureaux, à la place de l’insémination artificielle, ont toujours mené à des économies.  Les autres productions maisons sont l’huile de noix, des centaines de kilos cassées pendant les soirées et les confitures évidemment. Nous dégustons des saucisses de Savoie, nommées diots, gratinées avec des crozets, pâtes de sarrasin. Le lendemain, nous les quittons alors qu’ils commencent à allumer le four banal, juste restauré, pour l’inaugurer le lendemain, jour de Pâques.

Après un jour de météo et paysages variables, nous retrouvons avec grand plaisir une amie de Gryon au « Petit coin tranquille » avant les Abrets pour une soirée gourmande fort sympathique au restaurant bien animé du camping familial. Le petit dernier prenant son biberon avant le début du service, dans les bras de sa maman alors qu’elle prend déjà les commandes. Puis il sera installé proche du passage, mis immédiatement au parfum de l’activité familiale. Le tampon pour nos crédentiels était introuvable, pas grave du tout, mais ma foi les fillettes avaient envie de bricoler, et savaient, elles, où il était ! Il fait frais, et le dortoir où nous ne sommes que les trois n’a pas d’accès direct aux sanitaires. Une pensée pour notre hanneton resté chez nous.

Le lendemain sera notre journée défi…. Un challenge imposé par le manque de logements libres et ouverts, une journée de plus de 30 km et 700m de dénivellé positif.

De belles forêts, du soleil, nous avons beaucoup de plaisir à cheminer à trois, jusqu’à la dernière descente, très raide dans un chemin de galets ronds roulant les uns sur les autres pour arriver à Grand-Lemps, et la petite remontée à notre logement chez un couple très chaleureux. Ayant pitié de nous, Pierre-Olivier est amené en voiture jusqu’à l’automate à pizzas.

Les prochains jours, nous longeons de beaux jardins, malheureusement la traversée des villages est jalonnée par les aboiements des chiens derrière les clôtures. Les cerisiers sont en pleine floraison, absolument magnifiques, il s’agirait en bonne partie de griottiers. Nous avons pendant deux jours la vue sur le Vercors et la Chartreuse, au-delà de la vallée de la Bièvre, entièrement domestiquée par l’agriculture, aucun castor n y a plus sa place et la rivière elle-même ne semble plus trop visible.

Nous faisons des rencontres extrêmement chaleureuses en logeant chez d’anciens pèlerins avec le sentiment d’être reçus chez des amis.

Ces bénévoles nous expliquent leur engagement pour la valorisation du patrimoine de leur village, ou d’un site de sources abritant des orchidées entre autres. Ayant sauté une étape parcourue en stop car ma toux m’avait épuisée, j’ai été dorlotée avec gentillesse. 

Nous visitons le jardin en saluant la variété des poules et partageons les anecdotes marrantes de voyage à pied, à vélo, et les souvenirs de camping. Un couple nous chante le chant du pèlerin pour notre départ.

La traversée d’est en ouest de la vallée du Rhône pour rejoindre Chavanay sur la rive droite sera une étape courte mais très désagréable, goudron, petits tronçons le long des barrière de sécurité. Chavanay est au pied des vignes, le parc du Pilat se profile, nous nous réjouissons de grimper par des sentiers.