A la rencontre de l’hiver norvégien: voyage en train à Kiel puis ferry pour Oslo, 14-18 mars 2024

Départ à 5h du matin, nous laissons notre chalet lové dans les primevères, les crocus et les perce-neiges. L’ aventure a commencé bien des jours auparavant avec les pesées des habits, essais de sacs à dos et de sacs à skis. Fin prêts, le dimanche, nous défaisons le sac à skis planifiant une sortie à peaux de phoque le lundi. Deux heures plus tard, les recommandations arrivent aux nouvelles, le degré de risque d’avalanches passe à 4, nous remballons tout le matériel définitivement pour le départ.

Agréable trajet de Bâle à Kiel, en compagnie d’une famille avec des enfants collectionnant les petits wagons jouets offerts par la DB. Nous sommes obligés de rire du « das ist mein » d’un petit garçon protégeant ses trésors; il nous rappelle tellement le « à moi » de la petite tête bouclée de notre famille.

Kiel  Le temps est doux, nous nous trouvons un excellent restaurant turc. Le lendemain matin, visite du petit musée maritime.

Kiel, ville tournée vers l’activité portuaire depuis sa création, a joué un rôle catalyseur des mouvements sociaux à la fin de la 1ère guerre. La mutinerie des marins en novembre 1918 refusant d’aller combattre les Anglais et rejoints par les ouvriers lors de leur retour au port, initie les soulèvements ouvriers dans tout le pays, faisant tomber l’empire au profit d’un régime d’essence socialiste.

Moi j’associais Kiel aux régates internationales de dériveurs. Or, déjà aux jeux olympiques de 1936,  Kiel a été essentielle comme vitrine de propagande. Les régates, la voile en dériveurs comme loisirs, datent  ici du début du 20ième siècle. Pour 1972, et les jeux olympiques assombris par l’attentat contre les athlètes israeliens à Munich, la ville avait été rénovée, le centre olympique pour la Voile construit pour donner une image pacifiste et cosmopolitaine de  l’Allemagne.

En se baladant, la ville est calme pour ne pas dire déserte, peu d’édifices anciens, Kiel était une ville hanséatique mais a été fortement détruite lors de la seconde guerre. Les rues marchandes au centre présentent une architecture d’après-guerre assez insipide, mais nous tombons sur un magnifique magasin de matériel pour la randonnée. Les messages de ses vitrines sont claires, i) la belle saison arrive, sortez vos filets anti-moustiques, sprays etc….et II) les enfants sont aussi capables de marcher, le choix d’habits et de sacs à dos adéquat est complet. Pierre-Olivier rêve devant les petits grills à bois.

Le ferry de Color Line nous plonge dans un autre monde. Des imitations de rues marchandes, des beaux restaurants au style un peu rétro, des bars de différents styles s’alignent dans ce palace flottant de 15 étages. Nous visitons, je trouve le casino aussi triste qu’ailleurs, par contre les glaces italiennes ne renient pas leur origine.

Rencontre insolite: les clubs norvégiens de motards conduisant des Harley Davidson, environ 400 personnes, sont sur le bateau pour une sortie et « boire quelques bières » avec de la bonne musique, dixit un participant. Au début de l’après-midi, nous nous demandons s’il y a un réservoir de bière comparable à ceux pour le fuel. La musique est digne des US, accordée à l’âge moyen de ces « rockers » donc au nôtre, je vous laisse imaginer le public, défilé de cuirs noirs et de tatouages. Nous sommes invités à les joindre le soir pour la soirée rock’n roll; ce sera après le spectacle de danse et musique, et le buffet. Décidément nous voyageons déjà bien loin de nos alpages à peine partis, c’est génial sauf que bagages compacts obligent, nous n’avons que des bottes fourrées. Nous passerons la soirée en « chaussons-cabanes » même pour danser.

Oslo Le lendemain, des rafales de vent et de neige nous accueillent à Oslo. Un temps idéal pour le musée national présentant entre autres des œuvres de peintres norvégiens du 19 ième siècle. Le plus célèbre, Munch n’est toutefois de loin pas notre favori.

Après la tempête du samedi, un dimanche froid et parfaitement ensoleillé, ciel bleu, mer aux reflets d’acier,  luminosité parfaite, netteté glaciale. Au musée « Fram », nous nous plongeons (pas trop !) dans les expéditions maritimes norvégiennes. Entre 1890 et 1912, la course est lancée pour i) atteindre le Pôle Nord, ii) trouver le passage du nord-ouest permettant de relier l’Atlantique au Pacifique en longeant le Groenland par l’ouest, puis les îles bordant l’Alaska pour terminer par le détroit de Béring et ainsi ouvrir de nouvelles voies commerciales iii) découvrir le Pôle Sud. Les Norvégiens ont été les premiers à planter leur drapeau au Pôle Sud et au Pôle Nord. Les expéditions avaient aussi comme objectifs la recherche de nouvelles populations de baleines et surtout l’acquisition de connaissances scientifiques.

Un des chefs d’expédition, Amundsen a été le premier professeur d’océanographie et un passionné de la culture Inuit.  La vie partagée avec eux parfois durant tout un hiver lui avait appris à vivre dans ces conditions extrêmes, acquis décisif pour sa réussite au Pôle Sud. Par exemple, les Norvégiens ont combiné leur propre connaissance du ski avec l’utilisation des traîneaux et des chiens  des Inuits, et ont embarqué dès le départ une centaine de chiens à bord.  Ils ont construit une base, un village de tentes comme les Inuits nomades avant de s’élancer vers le Pôle Sud. Les Anglais sont arrivés avec du matériel beaucoup plus lourd motorisé mais ont progressivement échoué et aucun n’a survécu.

Le musée présente les deux principaux bateaux norvégiens ayant servi à ces expéditions: le Fram, deux versions avaient été construites, la seconde  ayant permis d’atteindre les côtes de l’Antarctique et le Pôle Sud le 15 décembre 1911 avec 16 chiens et 2 traîneaux et le Goya ayant atteint le détroit de Béring. Ces voiliers équipés de moteurs pour gagner de la vitesse sont évidemment passionnants à visiter.

La vie à bord avec les chiens, les cochons pour la viande fraîche, le peu de place, l’absence de confort exigeait vraiment des marins motivés, et extrêmement résistants, mais l’exposition insiste sur leurs intérêts et compétences multidisciplinaires et complémentaires, telles que la médecine vétérinaire,  la botanique, la physique pour étudier l’aspect magnétique et la dérive des glaces. Un des explorateurs, Nansen, était encore en plus un artiste peintre.

Puis nous changeons d’époque en visitant le musée dédié à l’explorateur Thor Heyerdahl, explorateur, anthropologue, biologiste né en 1914, et à son radeau le Kon Tiki. L’origine du projet était de montrer qu’un radeau construit selon des techniques très anciennes, en balsa, sans aucun clou par exemple, pouvait permettre d’atteindre la Polynésie depuis le Pérou. Ceci afin d’ étayer l’hypothèse que les îles polynésiennes n’ont pas été colonisées à partir de  l’Australie qui est plus proche, mais à partir de l’Amérique du Sud, au niveau de l’Equateur environ, grâce à des vents et des courants constants permettant à un radeau de progresser toujours vers l’ouest. L’aventure Pérou-Marquises entreprise en 1947 est relatée par le film tourné par Heyerdahl lui-même. Cette expédition a réussi, mais a dû surmonter des dangers importants bien différents de ceux prédits. Par exemple, l’abondance de poissons, donc de nourriture était énorme alors que l’idée admise était que seule les côtes en  regorgeaient. Les attaques de requins ont été un des gros dangers.

Un autre radeau, le Ra, construit en papyrus, est aussi présenté, utilisé pour  relier le Maroc au Vénézuela dans le contexte de l’étude de certaines similarités entre les peuples d’Afrique du Nord et d’Amérique centrale.

Camino Primitivo : Arrivée à Saint Jacques de Compostelle le 12 octobre

De Lugo, nous savons que nous serons nombreux, en plaine, et partons donc prêts à affronter la foule et le goudron avec la motivation d’arriver, plutôt que de vivre pleinement dans le présent.

Partis à la frontale, parmi des pélerins à l’équipement très léger, le cordon s’étire vite, la frontale et le petit pull sont à nouveau rapidement rangés, pour parcourir les 27 km du jour jusqu’à Ferreira.

Pas de village, quelques auberges à pélerins disséminées dans la campagne et un café restaurant, l’occasion d’un bon souper avec notre ami Markus; aussi notre dernier dortoir minuscule, à 4 paires de lits superposés, l’ultime « sortie de notre zone de confort ». Les trois dernières étapes nous « décevront en bien »,  beaucoup de chemins de forêts, peu de goudron et ayant découpé un peu différemment que la majorité le parcours restant, nous ne sommes pas envahis par le monde et pouvons marcher à notre rythme, seuls parfois. Les toits sont en tuiles rouges, les portes des maisons traditionnelles ont une  treille de vigne comme auvent.

Les hòrreos (greniers) sont en bois, nous avons quitté le granit.

A Melide, nous retrouvons notre petite équipe et allons manger des poulpes et des coquilles saint Jacques dans une grande cantine, (pulperia Ezequiel), une étape incontournable pour les pélerins.

Départ de Mélide
Tableau électronique pour réserver une chambre à Santiago, rappel à la réalité.
Le Camino s’invite partout même dans les pubs de bière.
Pub avec la maxime du poète Machado, Caminante, no hay camino, se hace camino al andar. Marcheur, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant.
Dans les faubourgs de Santiago, nous avions pris la même photo en 2017 avec nos vélos.

Nous arrivons sur la grande place devant l’imposante façade de la cathédrale de Santiago le 12 octobre, vers 15 heures.

Km 0, au centre de la place

Le bureau des pélerins affiche quelque 1840 pélerins arrivés avant nous ce jour. Que d’émotions diverses, de la joie d’avoir terminé sans encombre, en forme, d’avoir vécu cette longue expérience à deux comme tant d’autres, le sentiment aussi de ne pas réaliser que nous vivons la fin d’une aventure. Pierre-Olivier ressent un peu de solitude. Nous tournons dans cette magnifique vieille ville avec notre sac, nos souliers de marche, reculons le moment de les déposer, car nous ne serons plus pélerins.

La météo est magnifique, la place et la grande façade baroque de la cathédrale resplendissent sous le soleil et le ciel parfaitement bleu, des pélerins arrivent, quelques-uns à vélo, l’ambiance est gaie, pas saturée de monde. En fait, le jour de la fête nationale, les magasins sont fermés, les restaurants n’offrent pas de menu du jour, la ville est plus calme et les tours opérateurs y sont absents. Finalement, une excellente date pour arriver et visiter.

A peine arrivés, des jeunes demandent à nous interviewer pour leur projet de Master: « quelle était notre motivation, le moment le plus difficile, sentons-nous plus forts d’avoir vécu ce chemin,…. » Marrant, en 2017 avec nos vélos, nous avions été interviewés exactement de la même façon; nous devons avoir le profil-type et certains Masters perdurent ou se répètent. Nos émotions, les réponses sont toutes positives, mais complexes. Oui c’est une expérience unique; sans être religieuse pour nous, elle n’est pas uniquement sportive, les rencontres, la répétition jour après jour, l’absence d’autres activités que la marche sont des aspects philosophiques cruciaux. Le changement quotidien d’hébergement est un aspect important à gérer, en augmentant le confort, les contacts diminuent, jusqu’à sortir de l’esprit du Camino. Ce n’est pas la plus magnifique des randonnées, c’est autre chose, et le plus difficile a été de dormir, et non de marcher même en ayant parcouru plus de 800 km depuis le 5 septembre et quelque 1600 km cette année.

Nous logeons dans un dortoir immense de 11 lits, bien espacés, au séminaire Mayor, un immense ancien monastère, une vrai fin de Camino, et les seules places trouvées quatre jours auparavant.

Le lendemain, nous nous réveillons dans le bruit de la tempête de vent et de pluie. Nous visitons l’intérieur de la cathédrale, pris dans des queues sans fin, au milieu de groupes de touristes guidés.

Par ce déluge, la visite du reste de la vieille ville est escamotée au profit du musée des pélerins, qui s’avère très instructif au sujet de l’histoire légendaire de Saint Jacques, du développement du chemin et de son énorme impact sur tout le développement du nord de l’Espagne. La « découverte » du corps de St Jacques, arrivé de Jérusalem dans une barque, avait servi l’unification des Espagnols contre les Sarrasins sous le roi Alphonse II (9ieme s.) et initié le pélerinage. La re-découverte au 19 ième siècle des « soi-disantes reliques », cachées au 16 ième pour les sauver du pirate Drake (anglais) sous le presbytère de la cathédrale, a donné une seconde vie au pélerinage tombé en désuétude et permis un essor économique important, avec notamment le développement de villes telles que Burgos, Léon. Le phénomène des pélerinages, présent dans toutes les religions, l’effort physique répété et les opportunités de réflexion qui en découlent y sont aussi abordés.

L’aspect philosophique de notre périple sera complété par la messe des pélerins, cathédrale comble, sermon en espagnol parlé lentement, nous sommes tous impressionnés de ce que nous comprenons, en français et en anglais. Par chance, le Botafumeiro, grand encensoir de plus 60 kg mû par une corde de 100kg et 65 mètres de long, est actionné, nécessitant  8 écclésiastiques pour se balancer très rapidement à 20 mètres au-dessus de nos têtes. A l’époque, les pélerins dormaient dans la cathédrale et l’encens couvrait les odeurs de l’air vicié.

Puis, aussi utopique que cela puisse paraître, nous arrivons à retrouver nos amis et à manger ensemble sans trop de bruit ambiant pour nous quitter avec beaucoup d’émotions.

Nos amis Antonius et Joannes sont déjà loin, par chance nous avions pu passer un moment avec eux, café Churros d’adieux, très émouvants pour moi vu les contacts et les échanges partagés.

Le lendemain, nous partons en bus au cap Finisterre. En espagnol, Fisterra signifie « là où la terre finit et où elle commence ». Ce cap a été vénéré bien avant la chrétienté. Avec l’hypothèse de la Terre plane, pour trouver l’endroit où disparaît le soleil, les Anciens avaient suivi la voie lactée et les couchers de soleil et identifié ce cap comme l’ultime point géographique de disparition du soleil. Nous sommes en effet à l’extrémité ouest de notre continent.

Le phare et le cap sont touristiques, la route permet d’y accéder en quelques pas, nous revenons de notre ballade (6 km, c’est rien !) pour rejoindre une plage moins prisée indiquée par notre charmant hôtelier. Le ciel est nuageux, quelques surfeurs s’en donnent à cœur joie dans de bons rouleaux.

Vu la chaleur des derniers jours, notre week end de repos à la fin de notre voyage pouvait s’imaginer à la plage, mais le soleil a disparu avec nos pas sur le Camino. Nous essayons d’engranger du repos pour affronter la nuit en bus, puis le train jusqu’à Bordeaux, et les heures de TGV par Paris qui nous ramèneront à Gryon, à condition de partir tôt de Bordeaux pour pouvoir avoir une correspondance jusqu’à notre village perché.

Et si…. Les trains de nuit étaient mieux rétablis, et si…. La France pouvait une fois se traverser d’ouest en est… Et si…. Le kérosène était taxé comme l’essence. Les utopies ne doivent jamais être oubliées, elles ont toujours une vérité en d’autres temps.

Camino Primitivo du barrage Grande Sublime à Lugo, 4-8 octobre 2023

Après notre journée de mauvais temps sur les crêtes, une journée de grande descente jusqu’au barrage de Grande Salime nous attend. Nous partons juste avant le lever du soleil, au-dessus des nuages, pour y plonger par un magnifique large chemin en lacets nous faisant perdre 800 mètres d’altitude sans s’en rendre compte.

Au barrage, des bâtiments peut-être liés à la construction des installations, la pinède se remettant d’un incendie datant de quelques années, la vallée profonde engloutie me font percevoir l’endroit comme lugubre. Mais de l’autre rive, la vue est belle, l’ambiance entre pélerins excellente à la terrasse et nous faisons une rencontre inattendue: un couple à vélo solaire couché, dont l’un tire une remorque; intéressant concept !

De crête en crête, de chemin creux en chemin en balcon, au-dessus des nuages le matin, nous foulons les glands,  les châtaignes, quelques noix, et parfois un véritable tapis d’aiguilles de pins.

Nous ramassons encore et toujours quelques pommes au passage. La région est granitique, les toits sont en ardoise,

les maisons en pierres cossues et des plaques de granit mises verticalement délimitent les pâturages, parfois le chemin.

Les crêtes sont souvent coiffées d’une série d’éoliennes, la campagne est vide, peu peuplée, nous sommes pendant quelques jours à plus de 800 m. d’altitude, l’élevage est seul présent.

Nous traversons des hameaux en ruine, et devant ces grands espaces, j’ai vraiment l’impression que la nature a un potentiel, que bien des familles pourraient mieux vivre ici que dans des situations critiques en ville. Je rêve à des programmes structurés, encadrés pour former des personnes volontaires et les aider financièrement à démarrer une exploitation. L’investissement serait compensé à terme par des économies d’aides sociales de toutes sortes. Le Camino pour méditer… et lancer des idées utopiques.

Dans le hameau de Castro, nous sommes logés en « Casa rurale », dans une ferme ou nous avons un souper gargantuesque, comportant tomates du jardin, soupe aux légumes, viande mijotée absolument exquise, vin maison, élaboré à partir de raisins cherchés plus au sud et marc à la myrtille, évidemment « de la casa » aussi. Nous sommes avec nos deux amis Hollandais et un journaliste produisant un film sur le Camino, intéressante soirée bien requinquante.

Un autre soir, à O Covedo, plus personne n’a envie de restaurant, nous sommes saturés de viande, de frites et de thon dans la salade. Nous allons faire les courses et passons une soirée sympathique ratatouille, pâtes, Rioja, à côté de notre étendage. Notre vie: marcher, lessive dans les mini-lavabos, manger et rencontrer !

Question d’organisation, un petit coup de stress chez tout le monde: nous allons :

(i) arriver à 100 km de St Jacques, distance minimale du pélerinage pour avoir la Compostella, donc l’attestation,

(ii) rejoindre en même temps le Camino Frances suivi par la majorité des pélerins,

(iii) arriver à Lugo le week end de la grande fête de Saint Friolan et

(iiii) à Saint Jacques le jour de la fête nationale espagnole, le 12 octobre. Donc, impossible de se mettre dans des circonstances plus complexes pour se loger.

A Lugo, nous prenons la dernière chambre dans un petit hôtel situé dans la cour intérieure du séminaire (formation des écclésiastiques), un immense bâtiment entouré d’une grande barrière, avec portail fermé. Après plus de 30 kilomètres, pour la première fois, malgré les outils modernes, ou plutôt à cause de leur mauvaise utilisation dûe à la fatigue, nous tournons autour de ce grand bâtiment austère un certain nombre de fois avant d’atteindre notre logement. Nous devions sonner au portail pour entrer dans ce parc et y découvrir, caché, notre hôtel.

La fête bat son plein, deux immenses scènes ont été montées, de plus petits groupes folkloriques  jouent et dansent dans les rues. La gaïta, cornemuse galicienne, est très présente, nous rappelant que les Celtes n’ont pas été qu’en Bretagne. Après nos journées dans les collines, le plongeon dans la foule est brusque.

La vieille ville est entourée de remparts romains, très bien conservés, sur lesquels nous pouvons déambuler, par un soleil et une chaleur torride;

mieux vaut en descendre pour viser une « Pulperia » (petit restaurant servant le poulpe à la galicienne ») ou une bonne glace !

Camino Norte, La Isla-26-septembre – 3 octobre 2023

Au revoir l’océan, pélerin moderne, tu suivras de près ou de loin les routes, et suivras en toute sécurité le balisage pour traverser les rond-points. Mais la récompense du jour est la plus charmante des auberges, petite, nous y retrouvons différentes têtes connues, passerons du bon temps autour de la table de jardin.

Après le souper, nous recevons notre tenue du jour lavée, séchée, pliée, la chemise de Pierre-Olivier qui a normalement droit à son rinçage chaque soir ne doit pas comprendre d’où viennent tant d’honneurs. Sergio tient son auberge Donativo (prix libre) pendant 6 mois, 7 jours sur 7 et a un petit bus de camping pour s’évader d’octobre à mars.

Il est aidé ces temps par Géraldine, avec qui nous garderons contact. Ici on ne leur pose pas la question de savoir s’ils ont été à Santiago, mais sur combien de caminos ils ont cheminés. En effet, des chemins mènent aussi à Compostelle de la côte ou de l’intérieur des terres portugaises ou de l’Andalousie. De leur côté, nous quittons le discours de savoir si cette longue marche nous plaît pour la question: comment vis-tu ton camino ?

Demain sera le jour de la séparation entre la continuation du chemin de la côte par Gijon ou la bifurcation d’Oviedo suivie en principe du Camino Primitivo,  les discussions vont bon train car tous n’ont pas encore fait leur choix.

En résumé, la plupart des pélerins suivent en Espagne un itinéraire est-ouest parallèle à la côte mais à l’intérieur des terres, appelé Camino Frances. Nous l’avions suivi sur une bonne partie à vélo en 2017. Une minorité suit l’itinéraire côtier, Camino Norte, que nous avons rejoint à San Sebastian, dont un quart des pélerins bifurque pour passer par Oviedo, et traverser les montagnes asturiennes pour passer en Galice (Camino Primitivo) alors que la fin du chemin côtier (Camino norte)  suit encore l’océan avant de rejoindre Santiago, sans prendre d’altitude. L’itinéraire « montagnard » s’appelle Primitivo car c’est le plus ancien, celui qui a été initié en 834 par le roi des Asturies Alphonse II, basé à Oviedo. En pleine guerre contre les Musulmans et aux prises à des troubles internes, la découverte « miraculeuse »  de la « tombe de Saint Jacques » à Compostelle lui a permis de renforcer le royaume et la chrétienté contre les Musulmans (Reconquista). La raison historique explique le nom, mais les différences entre les deux itinéraires ne concernent pas seulement le type de paysages mais aussi le type de chemins, le Primitivo comportant plus de chemins, moins d’asphalte et plus de dénivelé. Nous avons adoré les chemins côtiers mais la perspective du goudron et la météo chaude confirment notre choix du Primitivo.

Le lendemain, nous y voyons des amies du chemin, nous ne sommes pas seuls dans notre choix. Nous atteignons Oviedo en bus pour les derniers kilomètres dans la banlieue (autoroutes, goudron).

Oviedo nous séduit, sa vieille ville dont la cathédrale et l’hôtel de ville est perchée sur une colline. Très vivante, animée, regorgeant de terrasses et de restaurants, petites vinothèques, fromages alléchants, le pélerin ne peut profiter de tout, même avec un jour de pause gourmande.

Serveur de cidre
Poissons salés des îles Feroe
Fontaine du Moyen âge

La chaleur est revenue de plus belle, même le soir. Cette ville est donc à l’origine du développement du Camino. Je ne vous détaillerai pas l’aspect religieux, ses histoires de bout de suaire conservé etc… ne me touchent pas. Nous nous sentons tellement plus conquis par un autre angle de vue, présenté dans le fabuleux livre « Le bâtard de Nazareth » de Martin Arditi.

Citations régulières des Droits de l’homme sur le chemin, patrimoine mondial de l’Unesco.

La cathédrale n’en est pas moins belle et son retable, foncé et chargé au premier coup d’œil,  peut être vu comme une véritable bande dessinée de l’histoire de la vie de Jésus, version classique.

Et c’est parti pour le Primitivo,

Primitivo à gauche.

La sortie d’Oviedo est très agréable, en plus Pierre-Olivier  trouve une coiffeuse sympathique sur son chemin. Allégé car tondu, mais alourdi par un peu plus de nourriture, nous cheminons dans une nature sereine. Châtaigniers et marronniers sont toujours nombreux, nous longeons parfois une rivière, passons de nombreux ponts moyennageux construits pour développer le chemin. La campagne est nettement moins construite, nous traversons même des hameaux sans chiens alertant tous ses congénères de notre arrivée (ils sont toujours derrière des barrières ou attachés, jamais de peur mais pas non plus de sérénité). Nous nous sentons très bien sur ce nouveau parcours.

Après deux jours de cheminement en forêts à marcher sur un lit de glands, parfois en  balcon au-dessus de la vallée mais sous la crête parsemée d’éoliennes, à monter et descendre des champs aux pâturages, nous atteignons Sallas, vieux village de caractère où notre auberge donne sur la place. Dans les quelques rues, quelques dizaines de pélerins, rares sont les autres touristes, rares aussi sont les têtes inconnues.

Nous finissons la soirée avec des pélerins colombiens à la guitare et au chant, et Antonius au saxo, en compagnie aussi de trois Françaises.

Sans le savoir, notre « famille camino » est en train de se constituer tout naturellement.

Nous dormons très bien au second étage alors que le lendemain matin,  des airs bien fatigués émergent de l’étage d’en-dessous. La Ronfleuse,…. Une dame a ronflé si fort que certains l’ont enregistrée, d’autres ont changé de dortoir dans la nuit ou sont partis plus tôt le matin, en expliquant à une pélerine matinale et fumeuse la raison…. puis en réalisant que c’était justement la personne en question. Elle devient célèbre.. . Le soir suivant, nous quittons les meilleurs couchettes près de la fenêtre pour un fonds de petit dortoir peu aéré à son arrivée dans notre dortoir. L’autre sujet de radio Camino est la météo. Il y a tout le temps du soleil, nous nous liquéfions chaque après-midi en fin d’étape, les 30 degrés doivent parfois de nouveau être atteints alors qu’un jour de mauvais temps est prévu. Il tombe le jour où nous pourrions passer par les crêtes, une variante de quelque 20 km sans couverture pour appeler des secours, sans eau ni ravitaillement, non recommandée dans le brouillard car les pélerins s’y perdent, mais panoramique par beau temps. Notre famille de 7 esquisse de multiples solutions, laisser passer le mauvais temps (et la Ronfleuse) un jour pour passer par cette variante, dite « des Hospitales » en raison des trois ruines d’hôpitaux pour pélerins sur son parcours ou renoncer; chaque option modifiant les réservations d’auberges des prochaines nuits. Finalement, le soleil, le ciel bleu sont si magnifiques la veille, la pluie et le brouillard semblent si anachroniques que nous décidons de nous y engager le lendemain sans attendre. La pluie annoncée diminue tandis que les nuages prévus les jours suivants augmentent. Nous partons à la frontale avec nos trois amies, Babette, Maryvonne et Carla, et la bruine s’invite… Ce sera en effet le jour de bruine et brouillard, peu épais toutefois. Nous sommes obligés d’en rire, d’autant plus que nous n’avons aucun souci pour trouver notre chemin, ambiance magique, impression d’être seuls sur la ligne d’horizon ventée.

Camino Norte, Santander-La Isla, 18-25 septembre 2023

Nous nous baladons dans la rade de Santander, les grands immeubles sont de style homogène puisque tous reconstruits après un important incendie accidentel en 1941. Nous grimpons en-haut du centre Botin pour la vue, visitons la cathédrale puis allons vers le vieux quartier des pêcheurs.

Nous attendions plus d’animation, un marché aux poissons par exemple; alors lorsque nous voyons un attroupement attendre devant un grand bâtiment gris au bord de l’eau, nous nous renseignons. Ah non, c’est l’école, les bambins vont sortir tout soudain. Encore un autre monde parallèle,  le plus important, le quartier vit et n’est pas si touristique. Ayant humé l’atmosphère de cette ville, nous la quittons directement en train, celui-ci étant inévitable plus loin pour traverser le Rio Pas.

Une mini étape en fin d’après-midi, une soirée déluge où nous mangeons avec un couple de pélerins hollandais fêtant ces jours leur anniversaire de mariage et son anniversaire à elle, puis une étape dans une belle campagne, mais toujours sur le goudron, nous amènent à Santillana del Mar.

Voie romaine

Un magnifique village, une église pleine de curiosités ou quand la religion était source d’histoires symboliques dramatiques, comme cette sainte Juliane, qui, ayant refusé de se marier tire le démon de la chair en laisse. Autre curiosité: des fonts baptismaux avec Daniel dans la fosse aux lions, et nous sommes le jour de mon anniversaire !

Mais que de touristes, le Camino fait partie du décor, nous sommes les animaux du zoo.

C’est notre premier souper et déjeuner entre pélerins pris à l’auberge où nous dormons, un ancien couvent en grosses pierres avec jardin intérieur, alignée de mini-chambres d’une paire de lits superposés chacune.

De plus, nous avons la possibilité de participer à un moment d’échanges mené par une nonne carmélite, en habits civils.

Trinité en matériaux, déchets trouvés sur la plage

Plusieurs langues, une trentaine de personnes,  nous avons l’impression que pour beaucoup la motivation d’entreprendre le Camino est une combinaison de plusieurs éléments: un temps à part, un objectif demandant de tenir dans la durée, la nature, un retour à l’essentiel, mais ce ne sont que des impressions. Les mots verdure, immersion dans la nature, nombreuses vaches, chevaux reviennent dans les commentaires des New Yorkais, et moi qui en ai marre du goudron, de l’odeur de l’herbe fermentée dans les ballots plastiques entre autres odeurs camagnardes et de l’habitat dispersé! Mais le vert partout, les nombreux chevaux, c’est incontestablement beau;  des jeunes Sud-Africains nous le confirment,  cela les impressionne.

Le long de belles falaises, nous arrivons à Comillas.

Université pontificale

Les étapes sont courtes car cette ville sera synonyme de journée culturelle pour nous. Nous voudrions y fêter mon anniversaire, mais je suis arrivée en ayant tellement mal à un pied que le moral n’est pas au beau fixe. Soirée fruits de mer quand même, magnifiques maisons anciennes à balcons fermés par des vitres à petits carreaux, voie romaine, plage  entourée de rochers; la météo a changé d’un coup et la journée plage farniente est remplacée par la visite du « Caprice de Gaudi », la première création de cet architecte du 19ième s. Des couleurs, des fleurs, de la lumière, des formes loufoques, vraiment spécial et gai, avec de magnifiques bois exotiques dans chaque pièce.

Après Comillas, nous alignons trois bonnes étapes (28-33km) puis une matinée de beaux coups d’œil sur l’océan, de prairies vertes peuplées de vaches aux très longues cornes se terminant abruptement à l’océan, de reliefs et rochers calcaires aux couches sédimentaires verticales ou obliques bien  visibles, de forêts de marronniers et d’eucalyptus.

Les Picos de Europa

La météo est parfaite, du beau soleil, de la chaleur mais plus de canicule humide. Nous quittons la Cantabrie pour entrer dans les Asturies aux couleurs et à la végétation plus exotiques. Certaines maisons sont colorées en bleu, et sont assez tarabiscotées telles des mini-palais. Ce sont les maisons des Indianos, Espagnols ayant fait fortune à Cuba ou ailleurs en Amérique latine. Le caprice de Gaudi avait été commandé par un Indianos.

Les jardins ont des bougainvillier en fleurs, des palmiers, un air mexicain flotte dans l’air.

Buffones: Sur ce sol calcaire, l’océan à creusé la côte et par endroits, la mer s’enfile sous le sol. La puissance des vagues et du ressac peut la faire jaillir en geysers. Quand nous passons, l’océan est relativement calme, pas de geysers, mais des rugissements terribles venant du sol,  de la prairie au bord du sentier ou de fissures, de petits gouffres d’où jaillissent de la poussière, de la brume lors des plus forts grondements.

En route, tout naturellement, Anita, une pélerine parisienne se joint à nous; échanger, partager la vue de cette belle côte est un plaisir, comme de découvrir le soir le cidre local. Il est servi en petits verres, et doit être oxygéné, soit par le serveur qui le verse de très haut dans le verre tenu en biais, soit servi d’une bouteille avec une pompe. C’est un cidre plus clair, plus acide, bien différent du cidre breton. Nous voyons d’innombrables vergers de pommes, des citronniers bien chargés, quelques orangers en route, mais il est évident que les pommiers sont vraiment les plus nombreux.

Le serveur de cidre

Dans notre organisation, les points à résoudre sont toujours

-De trouver les logements quelques jours en avance, beaucoup de pélerins trouvent que c’est un point problématique, cet aspect ne nous pose pas de soucis pour le moment.

-Le déjeuner: partir vers 7h30 ou 8 heures avec quelquechose dans le ventre. Seules les auberges pour pélerins servent un déjeuner,  celles offrant des dortoirs et lits superposés mettant en évidence notre besoin d’un minimum de confort pour avoir un sommeil récupérateur. Les boulangeries ouvrent souvent tard, nous apprécions parfois en route les toasts avec purée de tomates des bars, ou mangeons des joghourts en chambre, histoire d’éviter à Pierre-Olivier de partir à jeun.

-Devons-nous porter un pique-nique ou allons-nous croiser des buvettes ? Le début du Camino nous avait gâtés, mais dans les Asturies, certains tronçons ont été  longs le ventre creux. Nous ne sommes ni des pélerins marchant deux heures avant la première « morce » , ni de ceux liquidant l’étape sans croquer au moins une tortillas, l’occasion de joyeuses retrouvailles. Nous essayons d’avoir toujours deux pommes dans notre sac. Dommage que la qualité des fruits des épiceries soit catastrophique, septembre et aucun bon raisin !

-Le souper, souvent au restaurant, toujours de magnifiques salades, mais pas avant 20h., servies en terrasses et il fait vraiment frais ou froid le soir.

La conclusion de cette organisation est que la liseuse et le Scrabble sont en trop dans notre sac à dos, nous sommes occupés par l’essentiel, dormir, manger, c’est le Camino.

-Le séchage….

Les chaussettes à la ceinture
Ou sur les bâtons

A la Isla, dernier village au bord de l’océan avant de s’engager dans les terres pour Oviedo, nous nous sommes octroyés un après-midi plage. Il souffle, de bons petits rouleaux, mais installés à l’abri près de rochers, c’est sieste au soleil et trempette. L’eau n’est pas froide et c’est pourtant l’Atlantique, impressionnant, agréable pour nous à défaut de  l’être pour la planète.

A La Isla, bien des hôtels et restaurants sont fermés, dans d’autres petites stations, les écoles de surf se suivaient mais n’étaient plus trop actives, ambiance de fin de saison, peu de touristes, on se retrouve, revoit des pélerins perdus de vue depuis quelques jours, l’énergie du réseau variable se déploie.

Camino Norte, San Sebastian, Bilbao, Santander, 8-17 septembre 2023

Départ tôt le matin de San Sebastian par la plage. Une  première:  Pierre-Olivier démarre sa journée sans avoir bu son café. La chaleur nous rend matinaux, mais les cafés et restaurants étaient eux plus vivants la veille au soir pour nous servir des tapas de délicieux poivrons entre autres. Après 1h30 de marche, nous pique-niquons pour déjeuner, vers 9 heures. Vergers, prairies, bétail, nous cheminons sur un chemin en balcon à environ 200 mètres au-dessus de l’océan.

Après un arrêt à une buvette tenue par des bénévoles indiennes très dévouées, le chemin rejoint Zarautz, station balnéaire aux grands immeubles bordant la plage, suivie d’une route en corniche,  où le goudron par plus de 30 degrés anihile l’appréciation de la vue, avant d’arriver à Getaria.

Le gîte est à l’entre sol
Tentative de séchage au bord du carrefour

L’auberge de pélerins est un rez de chaussée d’immeuble, long dortoir avec juste une imposte, lits superposés fermés chacun par un rideau…. 100% d’humidité dehors, idem dedans avec moins d’air. Malgré les avertissements très clairs du  gérant concernant l’impossibilité de sécher quoi que ce soit par cette météo, en bon pélerin, nous nous mettons à la lessive, puis partons pour une trempette dans l’océan vraiment tempéré.      

Ma découverte du jour: le moyen le plus rapide de sécher mon pantalon est de le remettre mouillé juste après l’avoir lavé. En marchant, il sèche vite alors que toute autre tentative de séchage est une perte de temps.

De Getaria à Deba, belles forêts, belles prairies, belles vues sur l’océan puis nous décidons de prendre le Camino classique. C’est vert, beau mais la descente sur Deba est extrêmement raide et nous regrettons de ne pas avoir pris le chemin côtier, comme ma cousine. Nous admirons quand même les couches de schiste plissées et érodées affleurant l’eau ou s’élevant verticalement en falaises bordant l’océan

A Deba, faute d’avoir pu réserver dans une auberge pour pélerins, j’avais trouvé un appartement;  grande surprise: nous logeons dans le plus bel immeuble de Deba, avec un très grand balcon. Décision est immédiatement prise d’acheter du souper au lieu d’aller au restaurant, notre balcon est trop incroyable. Nous rejoignons la plage par un jeu d’ascenseurs, je me baigne puis vais aider Pierre-Olivier à ramener les courses. Soirée souper froid sur terassse de luxe. Nous avons une chambre de trop mais ne retrouvons malheureusement pas le pélerin allemand rencontré ce jour pour la lui proposer. Jadis important port de commerce exportant la pêche et la laine vers les Flandres et l’Angleterre, Deba a gardé le charme d’une petite localité, c’est samedi les familles sont à la plage.

Le jour suivant nous mène par forêts, prairies, vues sur les collines bien vertes et finalement descente bien boueuse à Markina Xemein. La journée a été un peu moins chaude, le thermomètre de la rue reste à 28 degrés toute la soirée et la nuit est étouffante, mais nous logeons dans un appartement de la vieille ville rénové par un artiste, décidément le Camino nous réserve des surprises. C’est assez rare de disposer d’un livre présentant les photos des lampes, petites tables design et en même temps de les utiliser pour… poser les chaussettes du pélerin.

Les belles forêts,  les bonnes montées continuent par la suite, arrêt au monastère de Zenarruzako , descente si raide que des passerelles d’escaliers y ont été installées, chic cela nous sauve de la boue glissante pour atteindre une buvette servant des pains grillés à la tomate, et des tortillas mais ceci est une évidence: c’est ce que nous pouvons manger partout et en tout temps ! Le chemin de forêt est charmant mais long, 27 km avec un dénivellé positif et négatif d’environ 800 mètres pour atteindre Gernika.

La ville met en évidence le bombardement de 1937 par l’aviation allemande, qui appuyait les troupes de Franco; ma cousine et moi ressentons une certaine grisaille,une lourdeur triste bien que les rues aient été très animées jusque tard le soir.

Le trajet pour Bilbao nous fait traverser les monocultures d’eucalyptus, quel désastre ! Nous observons de près, même de si près que notre chemin se perd dans les traces des engins, l’abattage, l’élagage et la coupe des eucalyptus par une seule machine de taille modeste. Ces arbres modifient le sol et pompent l’eau des nappes phréatiques profondément, autant ils sont agréables en forêt mélangée, autant nous sommes là devant une aberration écologique.

Je finis l’étape en bus, comme prévu alors que Pierre-Olivier rejoint Bilbao à pied, bien fatigué de s’être rajouté 15 km de goudron.

Bilbao: ville surprenante, ville post- industrielle muée en ville culturelle, un peu hétéroclite avec des bâtiments art nouveau, une  vieille ville trés animée où il fait bon pour être dehors jusque vers 22 heures. L’architecture du musée Guggenheim nous enthousiasme suggérant un cargo, référence à la construction navale, piler économique dans le passé. Les collections exposées par contre sont intéressantes mais ne nous réconcilient décidément pas avec l’art moderne (Yayoi Kusama).

De Bilbao à Santander, nous marchons la plupart du temps sur de petites routes sans trafic ou parfois le long de plages magnifiques. Certaines comme celle de Castro Urdiales sont bordées d’immeubles, mais celle avant Noja est bordée de maquis, nous y faisons un arrêt baignade bien mérité après l’étape de la veille. En effet, à Castro Urdiales, nous logions au milieu de la rade alors que la vieille ville déterminant le début de l’étape jusqu’à Loredo est 2 bons kilomètres plus loin. Le matin, nous longeons donc la plage une paire de kilomètres, tête branchée sur 32 km, pour arriver à la borne « Loredo 34 km » , puis une fois sortis de la ville à une borne de peinture plus récente « Loredo 35 km » ! Nous tenons un bon rythme, l’humeur n’est plus à la contemplation, pour arriver à Liendo où nous comprenons que la fin de parcours à été modifiée pour emprunter un chemin de côte, plus long, avec bien du dénivellé mais plus beau. Suivant les indications d’une locale et pour garder l’étape à 35 km (mieux que 39!) et 800 mètres de dénivellé, nous suivons l’ancien tracé, décor déprimant de hameaux mal entretenus, sur fonds de bruit d’autoroute et atteignons Loredo vers 18 heures.

Notre vie est un peu plus compliquée sur ce camino que lorsque nous cheminions en France. Les auberges municipales ou paroissiales ne peuvent pas se réserver, de plus nous appréhendons les grands dortoirs, surtout par nuits très chaudes. Dans nos différents hébergements, chambre chez particulier, appartement, pension, auberge de pélerins privée, donc réservable, ni le déjeuner ni le souper ne sont proposés. Nous devons donc sortir le soir trouver un café proposant un plat, (le menu du jour n’ est souvent servi qu’à midi), se mettre aux tapas délicieux mais n’étant pas à même de ravigorer un marcheur en fin de journée ou encore commander une grande salade, délicieuse et souvent très copieuse mais ne correspondant manifestement pas aux habitudes locales. Nous nous régalons de calamars également ou prenons plaisir à un petit déjeuner en terrasse à Santana, le samedi matin comme bien des familles du coin. La campagne est bien verte, beaucoup de chevaux, chèvres, vaches parfois dans des pâturages surplombant la mer, aux roches karstiques apparentes. L’architecture en général et les fermes n’ont aucun charme, elles sont parfois entourées d’objets non débarrassés. Marcher sur le goudron, hameaux mal entretenus, parfois bruits de l’autoroute mettent à mal la motivation, même si nous sommes heureux d’être partis, de revivre cette expérience de vie de nomade à pied. Le paysage doit-il être toujours beau pour apprécier l’expérience, sauter les tronçons trop urbains pour garder majoritairement de bons souvenirs ou vivre l’expérience d’un cheminement purement à pied sont l’objet de nos méditations. Nous optons pour la sortie de Bilbao et celle de Santander en transports publics.

Le dernier tronçon le long des côtes avant Santander est splendide, l’arrivée en bateau permettant de traverser le Rio de Solia une jolie expérience.

Encore 3 km de ville pour arriver dans un mini hôtel hyper fonctionnel, hyper propre, totalement déshumanisé, rendant le téléphone portable indispensable. En fait quelques chambres sur un étage d’immeuble accessibles par code. Auberge pour pélerin robot ? Nous sommes un peu désarçonnés. A l’intérieur d’un petit hall, 6 key boxes avec les clés des chambres. Nous y avons  très bien dormi après un repas, au café péruvien du coin, petite arrière-salle, en compagnie d’une joyeuse et jeune tablée gérant l’écran TV géant mais l’ayant éteint pour la prière avant leur repas.

Compostelle, camino Norte, septembre 23

Départ de Lausanne le dimanche 3 septembre.

Suite à des problèmes informatiques, nous publions un résumé très succinct de la première partie de notre cheminement, le long du Camino Frances. Nous en sommes navrés.

St-Jean-Pied-de-Port

Arrivée à St-Jean-Pied-de-Port le 4 septembre. Le 5, départ pour Roncevaux.
Gîte d’Orisson, sur la montée du col de Roncevaux.
Manech : mouton basque, pattes et tête noirs
Camion de ravitaillement

Collégiale de Roncevaux.
Fin d’étape, dénivellé +1459m,-650m.
1 dortoir de 100 lits env. par étage
Etape à Zubiri. Dortoir bondé et chaleur étouffante, mais souper typique à 5 plats délicieux.
Pause à Zurian.
Arrivée à Pampelune. Nous prenons le bus jusqu’à San Sebastián.

Voyager autrement, aperçu des Pyrénées, 11-21 mai 2023

Le retour direct à la maison serait trop brusque, après une étude détaillée des transports publics, nous louons une voiture.

Départ pour la Vallée du Lot, direction Puy-l’Évêque, la météo est toujours mitigée.

Puis cap au sud, visite de Montcuq, puis de Lauzerte, village médiéval charmant, mais plein de pélerins; pas facile de changer de peau, plus de regards croisés, de l’indifférence, malgré nos souliers, nos sacs, la coquille.

Par contre, hors chemin, nous partageons un déjeuner très chaleureux avec un couple louant une chambre d’hôtes et un appartement de vacances créé avec goût dans la cave (ferme de Laspeyrière).

A Moissac, grande église et cloître roman,  nous arrivons en même temps que quelques dizaines de Harley Davidson et grosses cylindrées BMW se garant le long de l’église.

Une grande croix au sol faite de fruits et de légumes complète nos interrogations. La procession de la fête des Rogations va partir.

Cette bénédiction des champs et hommage aux agriculteurs était trés ancrée dans les traditions de cette région et est à nouveau célébrée avec une population enthousiaste grâce au prêtre vietnamien de la paroisse. Jeune et dynamique, cette année la procession se fera à motos de village en village. C’est aussi la journée où les catholiques du Portugal fêtent Fatima, la Vierge. Chants religieux dynamiques des îles, (communauté agricole de Polynésie française), prière à St Christophe, patron des voyageurs, lue par un motard, « Bénédicté » classique chanté où les paroles ont été remplacées pour une bénédiction des motards, statue de la Vierge embarquée à l’arrière d’un pick up qui monte les petites marches en pavés devant l’église, et finalement l’abbé, grimpant en soutane, « bénitier portatif » à la main comme passager de la première moto.

La scène est vraiment intéressante, gaie et quelque peu hétéroclite. Le départ est donné après un concert de « coups de gaz » bien orchestré; j’avais compris que les cloches allaient sonner, erreur… Surprenant ? Cet homme, fils d’agriculteurs, semble très proche de ses ouailles. La recommandation de revenir au retour de la tournée pour la messe dédiée aux agriculteurs nous est donnée, certaines femmes vont y venir en costume traditionnel et l’accent sera mis sur la multi-culturalité. Nous renonçons pour continuer notre route, l’appel de Saint-Jean-Pied-de-Port, (port signifie col en Basque) .

Nous y arrivons en découvrant les contreforts des Pyrénées: montagnes vertes et raides, cônes pointant souvent dans les nuages très bas. Les portes d’entrée datant du Moyen-âge sont bien visibles et la rue centrale piétonne est remplie de pélerins, enfin la journée tandis que le dimanche soir même à 20h., il n’y a pas âme qui vive, presque aucun restaurant ouvert.

St-Jean- Pied-de-Port était une plate-forme commerciale du Moyen-âge et lundi 15 mai, Pierre-Olivier part sur ce passage des Pyrénées qui était la voie reliant Bordeaux et les autres grands ports ou villes françaises à Madrid. Les Celtes, les Romains, Charlemagne, Napoléon, des milliers de pélerins, de voyageurs, de soldats ont emprunté ce passage, le plus aisé pendant longtemps.

Plus prosaiquement,  parti seul,  à son rythme, il abat les 1200m. de dénivelé sans  se presser. Le bonnet, les gants, le gilet supplémentaire rajouté le matin dans le sac, tout a été utilisé dans la pluie et le brouillard.

Arrivé très tôt à l’hospice de Roncevaux en Espagne, il annule sa réservation pour la nuit et rentre en taxi partagé pour me déclarer:  » nous devons revenir, le brouillard ne m’a pas empêché d’être enthousiasmé par le paysage » . Les averses ont été  aussi fortes qu’imprévisibles ces deux derniers jours;  le lendemain nous roulons jusqu’au col d’Ispégui, et le soleil revient.

Nous apprécions Espelette, village lumineux à l’architecture Basque, ses spécialités  de fromages de brebis et confitures de cerises noires, chocolat, gelées et autres préparations au piment d’Espelette, le vin local Ereguely et admirons les beaux cotons tissés.

Espelette
Ainhoa

Lors de notre retour à Cahors, nous nous arrêtons à Albi, nouvelle couleur après les villages de pierres blanches du Quercy, ocres plus au sud et les façades peintes en blanc avec volets colorés du pays Basque. Cette ville, construite à base du sable du Tarn, est en briques rouges. Son imposante cathédrale, destinée à affirmer le pouvoir ecclésiastique de l’archevêque est vraiment imposante, je la ressens même comme oppressante.

Finalement, notre dernière étape sera de fêter l’anniversaire de Pierre-Olivier à Sauzet, une petite auberge perdue. En mode visite, la gastronomie de la région est plus difficile à  supporter qu’en mode pélerin, il est temps de rentrer. Les transports publics disponibles nous mènent par Bordeaux, à Paris où nous avons le plaisir de rencontrer des amis et de visiter l’exposition à la Cité des Sciences sur l’urgence climatique. En dernière étape, nous rentrons dans nos Alpes retrouver notre fille et sa famille chez nous.

Chemin de Saint Jacques de Compostelle: de Figeac à Cahors, 6- 10 mai 2023

Après un bon mois en route, nous n’utilisons aucun pansement, n’avons aucune courbature, juste chacun l’un ou l’autre petit point faible se manifestant épisodiquement le soir, vite oublié une fois en route. Et le matériel ? Rien en trop, si ce n’est le costume de bain, jusqu’à maintenant. Nos chaussons de tissu comme seconde paire de chaussures sont un inconvénient dans les rares gîtes où les sacs et souliers doivent être laissés dans un local nécessitant de passer par l’extérieur pour rejoindre les dortoirs. Par contre, le matériel s’use et le ruban autocollant très solide embarqué en cas d’éventuel accroc à un sac à dos s’avère bien utile pour réparer nos pantalons.

Réparation nécessaire des pantalons qui se déchirent

Après plusieurs colmatages de la dernière chance, ceux de Pierre-Olivier finiront quand même à la poubelle, et mes deux paires sont l’une complètement distendue et l’autre raccomodée à la bande autocollante. Le vieux dicton de nos mères disant que les tissus ont besoin de temps de repos pour durer semble bien correct.

Donc en pleine forme, nous optons pour la vallée du Célé parmi les trois itinéraires possibles (autres: Rocamadour, Gr 65).

Nous démarrons le long de champs et de passages en forêts par une journée devenant de plus en plus chaude. Avant Espagnac, la forêt est sombre, beaucoup de grosses branches sont recouvertes de mousse et nous avons vraiment l’impression de traverser une forêt terrifiante, tirée des contes de fée. Nous apprendrons plus tard que ces branches mortes sont celles de buis, dévasté en 2018 par la pyrale du buis, dont les chenilles,  mangent toutes les feuilles. A cela s’ajoute une longue couleuvre de plus d’un mètre vue sur le bord de ce chemin humide surplombant le Célé. 

A Espagnac, nous pique-niquons dans le jardin du prieuré et commençons à voir les falaises de calcaire typiques, bordant les méandres du Célé.

Nous arrivons à notre camping au bord de la rivière dans l’après-midi et sortons le costume de bain ! L’eau est terreuse, pas de baignade mais il fait une chaleur estivale; suivront des pluies diluviennes le soir et de bons coups de vent. Juste rentrés dans notre petit mobil-home, ceci nous rappelle quelques souvenirs de camping. Le chemin (Gr 651) passait au-dessus des forêts raides surplombant le Célé, en-bas des falaises. Nous devions rejoindre ce parcours panoramique par un sentier raide entretenu par les gérants du camping.

Malheureusement, le lendemain, le sentier est déconseillé suite à l’orage. Toutefois, deux kilomètres plus loin, nous retrouvons le GR651. Le programme des prochains jours est de monter au-dessus des falaises sur le Causse (plateau calcaire) et de redescendre entre deux falaise au prochain village et ainsi de suite. Les dénivellés ne sont toutefois pas élevés, les chemins sont bien caillouteux, souvent bordés de buis et d’une variété d’autres arbustes. Le Causse est vert, prairies et haies, buis, chênes verts, forêts denses, une sorte de maquis impénétrable.  Le paysage est vaste, la météo agréable, l’air au fonds de la vallée est par contre très moite. Ce deuxième jour, notre marche est ralentie par une véritable invasion de chenilles suspendues par leur fil aux  branches de chênes verts. Totalement inoffensives, nous n’aimons quand même pas les avoir sur nous, nos habits. Nous nous nettoyons mutuellement très souvent et devenons de plus en plus habiles pour les repérer et progresser en cassant les fils avec nos bâtons.

Observées par les randonneurs que depuis quelques jours, nouveauté pour notre hébergeuse bien de la région, il s’agirait selon mes recherches de la tordeuse verte du chêne, défoliant les chênes verts. En tout cas, il ne s’agit pas de la pyrale du chêne, chenille descendant le long des troncs et urticante. Nos petites chenilles vertes sont inoffensives pour l’humain, testé pour vous par les pèlerins !

Balayage anti chenilles

Nous descendons à Marcilhac-en-Célé, joli village sans aucune vigne et apprenons que le vin apprécié venait d’un autre village proche: Marcillac ! Le temps d’une grosse averse nous fait découvrir un café associatif, principalement anglophone, le chemin est parcouru d’initiatives sympathiques. Nous remontons évidemment immédiatement à la sortie du village sur le Causse pour redescendre à Sauliac. Le gîte est une maison récente croisée avec une cabane, les deux dortoirs de l’étage donnant sur une pièce centrale fermée du côté vallée que par du plastique transparent. 

La vue est plongeante sur la vallée et les falaises de l’autre rive. Hébergeuse ayant fait le chemin, construction insolite, voyages en Asie pendant la fermeture hivernale, dans ce pays vert et humide, les toilettes sèches présentées comme un engagement écologique me laissent un peu songeuse. Les modes m’apparaissent plus puissantes pour promouvoir les innovations que les études d’impact objectives.

Le lendemain, en chemin, nous visitons les grottes de Pech Merle où nous admirons des peintures rupestres datant certaines de plus de 25000 ans. Mammouths, chevaux, bisons et un ours sont peints avec du charbon de bois et des oxydes de manganèse et de baryum pour le noir et des oxydes de fer pour le rouge en jouant aussi avec le relief de la roche.  Des mains sont peintes avec la technique du pochoir, des empreintes de pas sont bien visibles. Un éboulement a fermé l’accès à toutes les salles, il y a plus de 12000 ans, préservant ainsi ce site, découvert par 3 adolescents expérimentés en 1922. Le réchauffement climatique menace de les abîmer; leur accès, déjà limité, pourrait devenir interdit au public à l’avenir.

Cette pause culturelle intéressante et émouvante nous fait arriver juste à temps à Saint-Cirq-Lapopie, village perché très connu pour son cachet, mais où seulement une poignée d’habitants vivent à l’année.

Raccourci par l’ancienne voie de chemin de fer pour traverser le Lot pour aller à St Cirq Lapopie
Chemin de halage
Art mural sur le chemin de halage
St Cirq Lapopie

Nous apprécions que dans cet endroit hyper-touristique un vrai gîte soit disponible, géré par la patronne d’un restaurant bien sympathique, offrant un accueil pélerin trés correct. Le dortoir est petit, 4 lits, mais rien à faire, Pierre-Olivier n’est pas un colocataire tolérant les ronflements genre « Grande Vadrouille », alors qu’il est partout ailleurs un excellent dormeur. La soirée est rigolote, en compagnie de quatre copines belges, que nous aurons peut-être l’occasion de revoir. Ces derniers jours, les autres marcheurs allaient de Figeac à Cahors exclusivement, contacts sympathiques mais différents de ceux partagés avec des pélerins au long cours.

Rendez-vous le lendemain, dernière halte avant Cahors, chacun gère au mieux cette journée prévue pluvieuse l’après-midi. N’ayant pas visité le village la veille, nous nous y baladons et partons les derniers; et donc serons plus longtemps à nous faire tremper, sautant même le pic-nic par manque d’abri. Vraiment malheureusement, je trébuche sur le chemin caillouteux, comme la plupart des chemins de cette aventure, alors qu’il est plat et sans difficultés. J’ai mal au poignet gauche, mais il reste 5 km sous la pluie battante et de la descente, par chance non glissante. Nous arrivons au gîte avant son heure d’ouverture, mais au vu des pélerins trempés arrivés en avance, l’hébergeuse ouvre, nous fait du thé et s’organise pour le repas à l’intérieur plutôt que dans la cour pour ses 23 pélerins alors que son maximum habituel est de 15. C’est ainsi cette année, tous les hébergeurs sont débordés, le chemin est victime de son succès. Comme je ne peux plus du tout utiliser mes doigts, le lendemain, le 10 mai, nous marchons juste les deux kilomètres nous menant à l’arrêt de bus pour Cahors, direction hôpital. Nous ne le savons pas encore, mais notre chemin de Compostelle est terminé pour cette fois, je ressors avec un plâtre trop important pour continuer. La suite du voyage est à réinventer.

Chemin de Saint Jacques de Compostelle: de Saint-Chély-d’Aubrac à Figeac, 28 avril-5 mai 2023

Chemin faisant, nous goûtons de délicieux farçous, omelettes aux feuilles de blettes et oignons, sur une petite terrasse en pleine nature.

La descente continue pour arriver à St-Côme-d’Olt connu pour son clocher flammé, c’est-à-dire volontairement vrillé, afin de diminuer l’impact du vent.

Nous flanons dans ce petit bourg médiéval, mais de bonnes montées sont au menu de l’après midi, jamais longues, mais raides, le chemin passe par un point de vue (avec statue de la Vierge) dominant Espalion. Pour nous, une étape à l’hôtel de France, vraiment régénératrice. Dormir dans de vrais draps, chambre climatisée donc absolument calme, ce petit hôtel surpasse nos attentes, avec en sus la découverte du  vin de Marcillac, où nous passerons d’ici quelques jours.

Le lendemain, pause de midi à Estaing, un village médiéval connu, se retrouver au milieu de touristes non pèlerins est nouveau pour nous, par chance ils sont très peu nombreux.

C’est aussi notre première traversée du Lot, nous retrouverons cette rivière à maintes reprises, et aurons de belles montées et descentes entre chaque passage, alors je rêve d’être un canard, ou je me demande si le bourdon (bâton du pélerin) ne pourrait pas servir de pagaie pour diriger un radeau…

La végétation évolue, les chênes et les noyers sont nombreux. En ayant perdu de l’altitude tout en allant vers le sud ouest, les fleurs, la verdure des arbres, les jardins nous projettent en avant de plusieurs semaines.

Le prochain gîte est formidable, maison de pierres avec une vue sur les prairies et vallons infinie, une cuisine du terroir, des lentilles, un gâteau de St-Jacques pour encourager ceux qui s’y rendent et pour que les autres l’aient goûté, des conseils, explications pour l’étape du lendemain, de petites chambres à deux… Tout ceci tenu par un pince-sans-rire bourru au premier abord, mais plein d’humour  venant du Chablais. Les caquelons à fondue sont bien exposés, la confiture est aux abricots du Valais; sous une allure de baba-cool, Léo est d’une efficacité et d’un professionnalisme exemplaire (gîte de Fonteille).

Le 1er mai, nous arrivons assez tôt à Conques, une halte absolument superbe.

L’abbatiale romane de petite surface a une hauteur de plus de 40m. à l’intérieur, et qui lui donne une impression de grandeur incroyable. Le village est niché dans une vallée boisée raide, les moines désiraient s’isoler de la civilisation. Après la bénédiction des pélerins, la présentation du tympan, la sculpture au-dessus de la porte d’entrée, par un des moines est connue sur radio Camino, tant ce moine est un acteur hors pair, ayant de l’humour. Pour moi, il représente la personne qui pourrait intéresser n’importe quelle classe à tout sujet. Le tympan, séparation entre l’extérieur et l’intérieur comme celui de notre oreille, représente le jugement dernier; à gauche le paradis, à droite l’enfer; entre les deux une balance qu’un malin essaie de biaiser du côté dantesque. Nous n’aurions jamais vu l’avare dévoré par un serpent alors qu’il tient sa bourse, le roi trop imbu de sa personne humilié par une femme, l’ordre pacifique du paradis et tant d’autres détails sans ses explications et ses mimes des postures sculptées.

Le public, essentiellement des pélerins, aurait pu l’écouter des heures sur le parvis, l’orateur était tout autant frustré de ne pas nous en dire plus, mais un autre moment magique nous attendait à l’intérieur de l’abbatiale: deux femmes s’accompagnant  parfois du violon et du violoncelle chantent en béarnais, une langue occitane. Sans micro, leurs voix résonnent entre ces vieux murs de façon parfaite, franchement merveilleux.

La soirée continue par l’illumination en couleurs du tympan, détail après détail, couleurs très vives comme l’étaient également les couleurs d’origine (plus ternes en enfer qu’au paradis). 

La soirée avait déjà bien commencé car le restaurant de notre auberge de St Jacques était vraiment gastronomique. Le charme des vieilles poutres et la salle de bains mansardée de notre chambre sont une source de risques nécessitant une bonne gymnastique vu que nous ne sommes pas des lilliputiens, mais la vue sur le clocher l’emportent largement sur ces inconvénients. Le lendemain matin, nous visitons l’étage de l’abbatiale avec des explications sur les vitraux de Soulages, controversés, ayant remplacé les vitraux classiques colorés. Modernes, constitués de lignes noires sur fonds blanc, taillés dans des morceaux de verre compressés pour changer de nuances de blanc selon la lumière sans aucun reflet sur la pierre, leur but est de mettre en évidence la beauté de la pierre, d’éclairer l’église sans y ajouter de couleur, et de ressembler aux parchemins fermant les fenêtres avant l’époque des vitraux. En tout cas, cette abbatiale est lumineuse et le regard est porté sur  les pierres des murs et non sur les vitraux.

Par monts et par vaux, de forêts en prairies, de montées et descentes boueuses un peu glissantes, notre Camino, facteur économique essentiel pour la région, nous amène à Decazeville pour une halte de midi par beau soleil, bien différente: ville minière d’extraction du charbon jusqu’en 2001, créée de toutes pièces vers 1800, dont la statue  rend hommage au patron de la sidérurgie de l’Aveyron et où une usine à encore fermé récemment….. Maisons en décrépitude le long d’un axe routier, mais aussi ville ayant abrité un festival de Street Arts donc riche en fresques murales, échoppes tenues par des jeunes, immense hall qui était le laminoir des usines produisant l’acier transformé en hall de patinage, skate, roller. On y sent un vent propice à l’innovation. Le Chemin y passe, détourné pour offrir de quoi dormir et se restaurer aux passants, autre tentative pour relancer un aspect économique. Nous prenons bien du temps, il fait chaud, les commerçants sont très accueillants, mais un coup de chaleur gratifie les grimpettes de l’après-midi, nous arrivons bien fatigués à l’étape.

Arrivée à Figeac

Qu’importe, la prochaine sera courte, 20 km avalés le matin, nous menant à Figeac, bourg médiéval que nous apprécierons bien de visiter aussi le lendemain.

La réservation des hébergements futurs prend aussi du temps, vu que beaucoup sont complets mais nous arrivons pour le  moment à nous organiser systématiquement des étapes de 20 à 26 km. 

En se promenant, Pierre-Olivier s’enfile sans crier gare chez une coiffeuse, l’heure de la tonte a sonné ! Grâce à ce coup de tête, nous passons de bons moments sympas chez cette jeune maman venant d’ouvrir, les amis de Figeac passent lui dire bonjour,  du coup je passe aussi sur le fauteuil et nous allons souper au restaurant adjacent, chez ses beaux-parents. C’est tellement joli et sympa, et notre hébergeuse n’étant pas venue faire le souper comme prévu, que nous y retournons le lendemain. Nous sommes reçus comme des amis, des vieux clients, pourtant le personnel est débordé: c’est la fête annuelle, les Figeacois sont de sortie, manèges et musique dans la vieille ville. Quelques pélerins arrivent tard, surpris par l’ambiance, arborant les mêmes souliers que nous qui avons fait le choix de n’avoir que ceux de marche, même pour sortir ou aller chez la coiffeuse !

Montagne d’asperges

Après une soirée sympathique en compagnie de chansonniers francophones, nous rentrons dans notre « loge de concierge », un studio au rez donnant sur la rue passante, dont la porte et la porte-fenêtre se ferment à double tour, pour un peu d’air, vous repasserez !

Marcher sur le chemin, c’est simple, changer d’hébergement en ne sachant jamais à quoi s’attendre, c’est plus compliqué ! Nous sommes vraiment contents d’avoir pris le temps de parcourir la vieille ville moyenâgeuse (circuit découverte indiqué par l’office du tourisme) en restant deux nuits à Figeac. Les rues abritent de nombreux hôtels particuliers de marchands, aux façades sculptées témoignant de leur richesse, et des maisons d’artisans à encorbellement en bois.

Découvrir, rencontrer, partager : Caminante, no hay camino, se hace camino al andar (marcheur, il n'y a pas de chamin, le chemin se fait en marchant).