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Norvège à ski de fond: une semaine à Bessheim, 26 mars – 1er avril 2024

A Otta  c’est le papa de l’hôtelière de Bessheim qui nous attend à notre descente de bus. 70 km nous attendent, assez pour nous donner quelques explications et nous présenter la famille. L’hôtel est un ancien alpage (« summer farm ») de la famille. Vers 1900, quand la Norvège était un des pays les plus pauvres d’Europe, le bétail était monté à l’alpage en été comme partout. Mais en plus, les bêtes remontaient à la ferme toujours appelée « summer farm » pour l’hiver. Durant la belle saison, des mousses, des feuilles et autres végétaux étaient ramassés et dans cette région où les alpages étaient très éloignés, il était plus facile de remonter le bétail à la fin de l’automne que de descendre ces nourritures récoltées. Les « summer farm » étaient finalement plus grandes que les fermes principales de plaine. Au milieu du 20ième s., certains de ces alpages  ont commencé à avoir une partie hôtelière. Les transhumances ont cessé par le développement de grandes halles de stabulation libre pour les vaches laitières et seules les vaches allaitantes, et les bêtes destinées à la production de viande continuent de transhumer. Nous n’avons toutefois vu aucune de ces grandes étables dont notre chauffeur nous parle. Il est avocat, âgé de 75 ans, et donne des coups de main à sa fille. Cet hôtel familial a été développé par son arrière grand-mère et a été tenu surtout par des femmes. Il se présente comme le maillon manquant, son père ayant transmis l’hôtel à sa fille. Il habite dans la ferme de plaine, ou un autre beau-fils gère l’activité agricole, l’orge étant la seule céréale cultivable dans cet environnement où la belle saison est courte. Forts de toutes ces explications, nous arrivons à cette ferme devenue hôtel : un bâtiment rectangulaire auquel nous n’aurions jamais attribué un passé fermier !

Au cours des jours suivants, nous réalisons progressivement que cet établissement est connu pour sa gastronomie mettant en valeur les produits locaux, des habitués y viennent d’année en année. L’hôtel a été complété par des « cabines », chalets  de vacances pour familles ou groupes, dont les résidents viennent manger le soir à l’hôtel.

Pâques approche, le lundi soir, nous sommes quelques dizaines à déguster un pot au feu de renne délicieux. Le mardi soir, les chalets se sont remplis, un buffet est mis en place; le chef de cuisine en personne découpe filets et gigots de renne, pièces d’élan, agneaux de la ferme; tout est parfait, une cuisine maison, du beurre aux herbes, au pain croustillant, les compotes et confitures de rhubarbe, de myrtilles et d’airelles sont délicieuses.

Ce chef de cuisine à la stature imposante n’est autre que l’époux de l’hôtelière, elle aussi très présente et toujours souriante. Nous sommes les seuls étrangers, aux petits soins pour une semaine. Mais nous, nous sommes venus ici parce que c’est la porte d’entrée du parc du Jotunheimen, donc dans l’idée d’une semaine sportive aussi !

Le mardi matin, soleil, nous partons à ski de fond, traversons le lac et skions dans les contreforts des premières montagnes. La vue sur les sommets aux alentours est splendide, mais cela grimpe vite et nous affrontons une petite descente un peu raide pour nous. Nous croisons d’autres skieurs, presque tous à peaux de phoque. Ils peinent au plat, nous peinons à la descente. Ici la nature est intacte, à chacun de s’adapter pour en profiter.

Dans un camping, les enfants ont amélioré un tertre pour s’exercer. La nature est grandiose et c’est avec joie que j’ai l’impression de m’y plonger sans la modifier. Difficile ou impossible d’avoir l’équipement adéquat en tout temps: sur les plateaux, nos skis courts et compacts ne glissaient pas comme des skis plus longs et fins, dans la forêt, ils étaient plus maniables mais des arêtes auraient été bienvenues et là, nous sommes dans un magnifique environnement de montagnes, sans aucune infrastructure, un univers offrant apparemment des sorties à peaux de phoque sans danger pour gagner les premiers plateaux vers 1300m. Nos skis de randonnée sont à Oslo, pourquoi ne pas rêver de revenir un autre hiver ?

Le lendemain, il neige, le long du lac nous ne rencontrons que deux skieuses. Le jeudi, nous gagnons un autre lac, deux bateaux y sont carrénés, posés sur la glace, nous pouvons pique-niquer dans un hôtel, avant de revenir pour le tour de notre lac.

Malheureusement, un coup de chaud arrive et vendredi la neige est molle. Mais le soleil du matin nous permet de découvrir les sorties familiales, bébé dans la pulka, couverture et même peau de renne pour s’installer pique-niquer dans la neige au soleil. Nous rejoignons un petit rocher pour nous installer sur nos plastiques à bulles et prendre le soleil. Les traces ramollies nous guident moins lors des descentes, de plus beaucoup de familles ont des chiens qui montrent beaucoup d’enthousiasme dans la neige mais n’améliorent pas les traces; nous nous offrons donc quelques belles sorties de piste, filant tout droit au lieu de suivre les courbes. Le ski est plus ludique et sportif qu’à Gålå, aux multiples possibilités bien tracées.

Samedi, heureux du soleil nous partons de bon matin sur le lac; faux départ, les traces profondes et molles de la veille ont gelé. Nous rebroussons chemin et petite surprise:  deux rennes bien accompagnés sont là, l’un tirant un traîneau destiné aux enfants pour un tout petit parcours, l’autre juste là pour être caressé, un vieux mâle venant d’avoir perdu ses bois, au tempérament exceptionnellement calme d’où sa longue vie comme renne « domestique ». 

Son « maître » travaille pour l’entreprise possédant les quelque 2300 rennes de la région et nous désigne les pâturages d’été, en amont sur les montagnes, et ceux d’hiver, en aval. Son travail est de les garder sur les terres louées qui leur sont destinés. Le cheptel atteint presque 4000 têtes avec la naissance des veaux. Les femelles sont gardées environ 10 ans et les mâles une année et demi, c’est-à-dire une saison de reproduction. L’abattage des quelque 1500 bêtes fournit 50000 kilos de viande annuellement. Notre chef cuisinier nous avait bien précisé que la viande de renne que nous mangeons ne venait pas de loin, comme les myrtilles et les truites saumonnées, apprêtées de bien des façons pour le souper de fête du samedi soir. Mais avant, d’autres petites surprises pour ce samedi de Pâques : une piste avec tremplins aménagée pour les enfants et un barbecue de saucisses dehors sur la terrasse, que nous dégustons assis bien au chaud sur des peaux de rennes.

Repas du samedi soir, l’hôtelière et sa nièce en costume, tout le monde est servi en même temps, repas plus cérémonial et convivial aussi. Le dimanche par contre, rien de spécial n’est organisé. Un client se lève pour remercier toute l’équipe et dire que c’est son 40ième Pâques chez eux.

Le soir un orchestre de 4 musiciennes et un musicien, trois accordéons très différents, une contrebasse et une chanteuse s’accompagnant à la guitare joue largement jusqu’au matin du folklore d’alpage un peu et surtout du folk américain, Johnny Cash par exemple. Quelques excellents danseurs parmi ces skieurs, le public répond, plus l’heure avance, plus de jeunes s’occupant du service rejoignent le public. La chanteuse a une magnifique voix, l’ambiance est excellente mais danser le twist en chaussons cabane sur un parquet glissant n’est pas aisé. La chanteuse nous offre évidemment un peu de Jodel.

Le lendemain, il neige à gros flocons, le vrai hiver est-il de retour ?

Non, le soleil revient et nous voilà repartis glisser jusqu’aux belles lumières de fin d’après-midi.

Pour notre retour à Otta, Kari, la patronne elle-même nous amène, l’occasion de discussions intéressantes et de renforcer ce sentiment d’avoir été chaleureusement reçu. En automne, son mari achète les rennes, abattus sur place dans un camion, après avoir été rassemblés; ces bêtes ne reçoivent absolument aucun antibiotique ni supplément alimentaire. Les chevreuils et les élans sont chassés. Les viandes sont donc préparées et conservées  par leur soins. Le prédateur principal des veaux de rennes et des agneaux est l’aigle. Le loup est tiré, pas toléré dans cette région; par contre il est protégé le long de la frontière suédoise, zone de protection de la faune; cette politique pose de sérieux problèmes aux Samis, qui sont justement dans des régions à la frontière et voient leurs troupeaux décimés. Kari me parle aussi de son plaisir de travailler avec les jeunes de la région, qui reviennent année après année assurer le service pendant la haute saison d’été et de Pâques et deviennent très compétents, bien que ce ne soit souvent qu’un travail accessoire d’étudiant. Ils sont logés sur place, et c’est aussi leur première expérience de vie en groupe loin de la maison. Bessheim est à 55 kilomètres de la première école, 40 kilomètres de la prochaine localité, mais superbement bien situé pour le ski: ski de fonds de février à Pâques, puis en 15 minutes de voiture la possibilité de se rendre à 1400m. et de rejoindre un plateau pour le ski de fond et le « kite ski » (ski avec un cerf-volant) ainsi que le départ de courses à peaux de phoque jusqu’aux sommets à plus de 2000m., et ceci jusqu’en mai. La région étant très sèche pour la Norvège, pas ou peu de neige à Noël et en janvier et…. des maisons bien conservées et protégées dont quelques-unes ont 400 ans. Nombre d’anciens grands hôtels des années 1960 comportent beaucoup de grandes salles, ce que nous avions constaté, et ne sont pas forcément bien isolés, l’électricité ne coûtant pas grand chose jusqu’à récemment. Le tourisme évolue, les familles préfèrent les petits chalets, et le prix de l’énergie augmente. A Bessheim, son grand-père avait installé sa propre production d’électricité hydraulique.

Départ pour Oslo, jour le plus ensoleillé, sympathique au revoir, car nous reviendrons.

Norvège à ski de fond: de Fefor à Skeikampen, 22-25 mars 2024

Par une journée superbement ensoleillée, nous descendons de Fefor au lac de Gala par un chemin parfois assez raide, un peu tortueux, en forêt.

Notre petit groupe est sympathique, nous sommes avec Olga, et Paul et Heather de Gryon. Après quelques kilomètres de descente, une belle balade de forêts de pins en clairières nous régale les yeux. Un des groupes de Suisses avec leur moniteur nous dépasse, oh là là…. Quelle vitesse, nous sommes des canards à côté d’autruches. En plus, la balade le long du lac nous demande bien des efforts car nos skis collent; il fait chaud et nous sommes en-dessous de 800m. d’altitude. Au bout du lac, la remontée sur l’autre rive jusqu’à Gala est bien progressive. Les lacs sont totalement enneigés, apparaissent gelés mais aucun parcours ne les ont traversés jusqu’à maintenant. Gala semble être une station touristique,  de nombreuses maisons de vacances en bois rouges, brunes ou vertes jalonnent notre parcours. Des piquets plantés en biais les protègent des congères. Nous approchons de Pâques, donc d’une période de haute saison après celle de février mais le village est mort, un seul des deux hôtels est ouvert, une épicerie, une cafétéria et le stade de ski Peer Gynt complètent l’infrastructure de la station au 32 résidents. Nous traversons quelques pistes de ski alpin, neige excellente, jolie pente. L’étape a été technique pour nous, descentes, neige collante et  montées, mais courte (14 km). Il fait si beau que je repars tourner au-dessus de Gala avec Olga. Nous grimpons à une tour d’observation offrant un point de vue exceptionnel sur les sommets du Jotunheimen (1500-2300m) et ceux de Rondane (2000m env.). 

L’hôtel est une grande bâtisse en bois rouge, surplombant le lac de Gala, à 950 m.  d’altitude. Bois vert à l’intérieur, feu de cheminée, vue magnifique mais une maison à l’architecture moins chargée d’histoire que l’hôtel de Fefor, moins chaleureux aussi à bien des points de vue.

Samedi 23, temps gris, le soleil est voilé le matin, il neige au milieu de la journée, puis jour blanc. La région offre de magnifiques parcours, du vrai ski de fond et non du passage de forêts…

Nous évoluons dans une neige légère, la carte montre des petits lacs et des marais.

Quasi plus aucun pin, de petits bouleaux très espacés bien recouverts de lichens, le paysage est vaste, les traces datent du matin, la neige est si légère qu’il suffit d’un petit peu d’air pour les recouvrir. Plus d’un mètre de hauteur de neige, nous pique-niquons à raz la piste. Surtout, ne pas enlever les skis si on veut s’en éloigner au risque de s’enfoncer jusqu’en haut des cuisses, posture assez fatigante pour s’en sortir !  Nous regrettons le soleil, la vue doit être grandiose. Nous croisons un peu plus de skieurs, quelques dizaines pour toute notre journée de 24 km, pas plus et heureusement car ce qui fait le charme de ces journées est vraiment d’être dans une nature si peu domestiquée. Leur vitesse et leur aisance nous laissent pantois, descentes et virages comme s’ils avaient des skis de piste, la tenue Patrouille des Glaciers de Pierre-Olivier ne détonne pas du tout, beaucoup moins que notre style et notre rythme.

Dimanche, départ pour Skeikampen, il neige, 28 km à parcourir qu’elle que soit la météo.

Parcours facile, descentes douces mais nos skis collent, ceux d’Olga encore plus que les nôtres. Alors, elle demande de l’aide à l’unique skieur rencontré, qui lui offre un fart dont il peut se passer. Quelle gentillesse !

Nous repartons un peu plus rapidement, j’avais surpris et un peu attristé Pierre-Olivier en prévoyant notre arrivée vers les 17h30 ! Après 7 km et une intersection, deux options pour le tronçon suivant se présentent. Nous choisissons sans le savoir celle non dammée, le Peer Gynt officiel. Nous voilà nous tordant les chevilles en enfonçant plus ou moins, je colle un peu, nous suivons les branches de bouleau plantées pour marquer le tracé, les quelques piquets jaunes, la couleur de notre parcours du jour.

C’est magique, encore plus grandiose. Lisant ces jours « Blanc » de Sylvain Tesson, je médite: ne pas penser à l’arrivée, juste profiter de s’immerger dans le blanc,  penser au prochains mètres pas plus. Pierre-Olivier réalise notre avance, ou plutôt justement notre lenteur, alors pas de photos, pas de vidéo; c’est bien la première fois qu’il stresse un peu alors que je plane dans cette ambiance fabuleuse. Les descentes sont bien plus faciles sans traces, un vrai plaisir d’enfant de retrouver les réflexes du bon vieux chasse-neige. En approchant de Fagerhoy, le relief descend toujours plus, nous rattrapons un peu notre retard mais je suis sûre que nous nous rapprochons du passage de la fameuse machine, déesse du skieur de fonds.

Le ciel se dégage, il a arrêté de neiger depuis un bon moment, et la vue apparaît progressivement. A Fagerhoy, un restaurant avec un hall nous abritant pour notre pic-nic; nous nous réjouissons toujours de nos sandwichs vu que chacun les prépare à son idée au buffet du petit déjeuner. Autant dire que nous faisons une cure de poissons. Nos thermos sont aussi remplis de thé par les hôteliers , c’est l’organisation bien pratique  de la région. Il vente, mais la vue est splendide pour les derniers 14 km de descente tracée jusqu’à Skeykampen, une station de ski de fond et de ski de piste.

Zone de pêche, si, si…

L’hôtel Thon aux buffets incroyables nous plonge dans une ambiance de vacances de ski moins dépaysante que celle des jours précédents. Finalement, nous arrivons à 17h., avec 30 km dans les jambes et les bras et sommes heureux d’avoir choisi par hasard l’option plus sauvage; j’ai adoré les descentes, le décor vierge.

Un seul skieur nous a dépassé vers la fin: mais comment fait-il avec des skis plus étroits que les nôtres pour laisser une trace de deux lignes juste peu enfoncées et parfaitement parallèles ! Il a la gentillesse de nous dire qu’il a profité de nos traces jusqu’à notre rencontre, il a plutôt dû être surpris de la profondeur, de l’irrégularité et de l’indiscipline de nos empreintes !

Le lendemain, nous quittons Olga à Lillehammer, Paul et Heather suivaient déjà la veille un autre itinéraire, et prenons le bus pour Otta où un conducteur nous attend pour les 70 derniers kilomètres jusqu’à Bessheim.

Norvège à ski de fond: de Dalseter à Fefor, 18- 21 mars 2024

Le train nous mène au nord, à Vinstra en passant par Lillehammer au paysage aussi peu enneigé que chez nous. Nous sommes rassurés en constatant que nous roulons encore 50 minutes en voiture en prenant bien de l’altitude pour atteindre Espedalen. Là, l’hôtel Dalseter (940 m) est au-dessus d’un lac; en face les sommets du parc national de Jotuntheimen sont bien visibles, magnifiquement blancs, vaporeux, arrondis, montagnes sans rochers apparents. 

Derrière l’hôtel, des pentes plus douces, et des sommets émergeant aussi de la forêt, tout aussi blancs immaculés. Aucun hameau n’est visible aux alentours. L’hôtel a un charme vieillot, des immenses baies vitrées arrondies donnant sur le lac face aux montagnes; sommets de plus de 2000 m. situés à quelques dizaines de kilomètres.

La vue est impressionnante, les courants d’air aussi! Les possibilités de ski de fonds sont multiples et variées, autour du lac, et en hauteur. Le lendemain, nous choisissons un parcours montant au-dessus de la forêt, dont la limite est aux environs des 1000m, passant par une petite hutte Bingsbua (1179m), et continuant par une boucle avant de revenir à l’hôtel par une trace inférieure, en forêt. La forêt est mélangée, pins, sapins et bouleaux bien espacés, des traces pour le ski de fonds, plus qu’il n’en faut, bien des intersections sans panneaux, mais j’ai la carte.

Nous montons progressivement, sortons de la forêt, la vue est splendide, un paysage large, des sommets tout blancs, une impression d’être sur le toit du monde. De ce côté-ci du lac, un seul sommet, le Ruten (1515m), nous domine.

Le vent commence à bien nous fouetter, le chemin tracé à la dameuse reste toutefois visible, deux montées courtes mais bien raides me demandent bien des efforts pour progresser en ciseaux. Nous atteignons l’abri, petite cabane de 2 mètres sur 3, en bois rouge, mignonnette  à l’intérieur. Olga, notre compère de Boston nous y attendait. Le paysage est grandiose. Immense, balayé par le vent, aucune trace de civilisation n’est visible.

Nous pique-niquons, alors qu’Olga, nettement plus expérimentée que nous surtout dans les descentes préfère rentrer à l’hôtel pour le dîner. Après cette pause requinquante, nous suivons le tracé juste visible jusqu’à la séparation: la boucle pour rejoindre la forêt en tournant autour d’un petit sommet ou la descente par la piste directe, ou en dernier ressort faire demi-tour. L’option initiale de la boucle est vite abandonnée, trop exposée au vent. Nous avançons jusqu’au point le plus haut, bien soufflé et voyons la trace qui descend, chic,… Mais elle file droit en-bas, une belle descente dans une fine couche de poudreuse, avec d’autres skis !  Nous déchaussons pour descendre plus rapidement, c’est notre première sortie et un jour blanc parfait, l’impression d’être dans de la ouate.

Nous atteignons la forêt et une magnifique trace avec une bonne débattue aux mains, n’ayant pas pris le temps de sortir nos gros mouffles de peur que le peu de visibilité et de traces disparaissent pendant ce temps. Le passage d’Olga est effacé, nous découvrons en-bas son message: « déchaussez, c’est raide ». Le temps de rentrer, il se met à neiger, ce n’est que 15 heures, Olga ressort, les tracés en forêt sont protégés. Nous contemplons la neige et profitons du sauna. Là, Pierre-Olivier fait la connaissance de Paul, skiant avec sa femme sur le parcours dit de Peer Gynt, comme nous, et habitant à quelques centaines de mètres de chez nous.

Grand soleil  le jour suivant, départ pour Fefor.

Nous montons très progressivement dans la forêt, des traces de grosses pattes très profondes coupent notre tracé, un orignal matinal probablement. Le paysage est doux, nous contournons le Ruten et la colline de la veille, nous sommes seuls dans cette nature ensoleillée.

Après la sortie de la forêt, un grand plateau ensoleillé, et un hameau désert à cette saison. Paul et sa femme arrivent par un autre tracé, nous faisons une pause à une table pic-nic, et Olga nous rejoint.

Nous sommes les 5 à rejoindre Fefor, 18 km plus loin, personne d’entre nous n’a croisé qui que ce soit. Nous laissons le Jotuntheimen derriere nous, pour découvrir de nouveaux sommets au loin, ceux du parc de Rondane.

Le paysage est vraiment d’une grandeur, d’une luminosité fabuleuse; à tel point que nous rallongeons l’étape par le tour du lac avant de rejoindre notre hôtel à Fefor au charme magique.

Rondins à l’extérieur et à l’intérieur, feux de cheminée, nous arrivons juste avant 16h. L’accueil est chaleureux, on nous recommande de profiter de la collation de l’apres-midi: biscuits, thé, café et soupe délicieuse aux champignons. Après ce goûter, sauna, piscine et splendide buffet nous attendent.

Le lendemain, grand tour autour du lac et au-delà, nous prenons la route un petit bout où la neige a recouvert la glace, pour éviter une portion ventée.

Maisons de vacances, petites routes, plateau, une ambiance de plaine, le souci reste que les portions ventées sont celles sans piquets. Pierre-Olivier apprivoise l’application adéquate mais avancer grâce à cet outil est possible sans être agréable; en tout cas moins que de rentrer et profiter de la piscine! La neige est légère, parfois nous faisons la nouvelle trace dans de la poudreuse, les descentes sont plus faciles. À l’hôtel quelque quarante clients, dont une bonne quinzaine de compatriotes de Suisse orientale, Tessin et Liechtenstein améliorant leur technique sous l’oeil de compétiteurs confirmés, grand-papa ayant participé aux jeux de Sapporo, papa compétiteur accompagné du fiston de 10 ans qui a avalé 30 km la veille. Les participants vérifient avec enthousiasme la pure logique: améliorer la technique, pour plus de kilomètres et moins de fatigue. Je pense à l’aviron, ne pas s’essouffler à mouliner, mais diminuer la cadence pour plus d’efficacité. Je médite et écris en regardant la neige tournoyer dans les rafales de vent. Tout est calme, et la couleur du bois parfait l’ambiance chaleureuse.