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Randonnée en Corse, Corte, Porto, Calvi, du 18 au 28 mai 2024

Départ par un temps frais et humide nous poussant vers le sud. Pierre-Olivier a planté deux jeunes pommiers la veille du départ, peut-être qu’ils attireront la pluie nécessaire à leur survie pour se révolter d’un tel abandon.

Nous retrouvons mon amie d’études Béatrice et montons vers le tunnel du St-Bernard en espérant du soleil sur l’autre versant. Et non, une fine pellicule de neige fraîche recouvre le versant italien.

Peu avant Savone, l’atmosphère est plus méditerranéen et nous embarquons avec le sourire pour un bon petit repas de retrouvailles à bord.

A Bastia, circulation plus intense que dans nos souvenirs, puis à Calvi, nous nous promenons dans la citadelle et retrouvons ma cousine Jeanne dont la valise est restée à Nice. Un plaisir quand même de souper dehors et de profiter le lendemain matin du soleil, d’une plage quasi-déserte et de la mer à l’eau parfaitement claire et de température agréable, un peu fraîche pour les exigeantes.

Après avoir déposé notre hanneton au bon soin du gardiennage de Santa Catalina, nous rejoignons Corte par un splendide itinéraire ferroviaire longeant la côte puis se faufilant entre les montagnes, enchaînant ponts et tunnels.

Une excellente grillade au feu de cheminée d’un bon petit restaurant à Corte clôt la journée d’anniversaire de Pierre-Olivier.

Le lendemain, un mini-bus nous amène au début des gorges de Santa Regina et nous partons sur un sentier en balcon très fleuri, le maquis regorge de plantes variées inconnues et de fenouils sauvages de plusieurs mètres.

Fenouils de plus de 3 m

Nous grimpons en nous éloignant de la route et finalement rejoignons une châtaigneraie à la belle lumière, où pâturent quelques ânes, assez grands, au beau poil bien fourni et à l’air très doux. Béatrice parle au plus curieux de façon très douce en suisse-allemand et il nous suit, longeant la clôture, au plus près.

Quelques jours plus tard, c’est un sanglier noir à longs poils qui joue le grand timide dans son enclos, caché dans une forêt dense. Béatrice l’amadoue en suisse-allemand usant de beaucoup de patience, et finalement, il est conquis et vient se montrer.

Nous descendons sur Calacuccia, testons une entrée de brocciu (fromage à base de petit lait de brebis) et aubergine et apprécions cette première journée de marche. La valise de Jeanne a également trouvé son chemin pour nous rejoindre.

Pour notre deuxième journée, des averses et orages sont annoncés en fin de journée, l’étape est longue puisque nous grimpons au col de Vergio à plus de 1400m., en passant par la cascade de Radule et la passerelle du Golo (20 km, +900m.,-320m.).

Jeanne choisit d’accompagner nos bagages en bus. Nous rejoignons Albertacce, où une déviation est indiquée car un pont génois de notre parcours à été emporté durant les fortes pluies de novembre 2023. Nous longeons un torrent, grimpons parmi les fleurs et les gros blocs de rocher, rejoignons la forêt pour rejoindre le Mare Mare nord initial, et après bien des passages à gué le Golo que nous devons remonter.

Les averses deviennent de plus en plus fréquentes, quelques coups de tonnerre nous donnent envie de bien avancer, ou de trouver le raccourci indiqué. Impraticable car nécessitant le passage à gué d’un torrent au débit et à la profondeur bien trop importants, nous nous résolvons à grimper jusqu’à la cascade. La pluie cesse, le cirque de montagnes nous domine droit devant nous, des falaises bien visibles au loin bordant le Golo. Nous grimpons, en nous rapprochant toujours plus de ce monde très minéral. Plus tard que prévu, mais après le mauvais temps, nous atteignons la cascade, la passerelle et le second torrent à passer à gué celui-ci. Exercice praticable, mais nous ne souhaiterions pas plus d’eau !

Après les bergeries et quelques anciennes caves à fromages en pierres, le sentier retourne en forêt, à flanc de coteau, dans des cailloux bien ronds et peu stables, une dernière partie qui me paraît bien longue. Beaucoup moins de randonneurs du Gr 20 au castel de Vergio que lorsque nous y étions passés en 2011, pourtant à la même période. L’ambiance est au calme de l’avant-saison.

Lendemain: petite montée jusqu’au col de Vergio et longue descente, raide dans un lit de cailloux roulants jusqu’à la passerelle sur l’Aitone. Soit les éboulements de la fin de 2023 ont précipité beaucoup de nouveaux cailloux, soit mes genoux ont vieilli d’une génération, soit un peu des deux, mais en tout cas, je me mets vraiment à adorer les montées et aujourd’hui cela descend!

Nous admirons les pins Laricio plusieurs fois centenaires, à l’écorce grise et aux petites pives rondes, et les pins maritimes à l’écorce cuivrée bien fendue. La passerelle sur l’Aitone n’a pas changé, son accès demande de grimper sur des blocs pour se faufiler entre ses câbles. Mais, une fois démarrée, la traversée est aisée.

Nous terminons notre journée le long d’un sentier didactique sur la châtaigne, jalonné de restes historiques tels que des enclos de pierres mettant la récolte à l’abri des sangliers en attendant de la transporter avec la mule ou une petite maison servant de séchoir-rôtissoire utilisé pour décortiquer les châtaignes avant d’en préparer la farine. Aucune préparation de vermicelles ou de marrons glacés en Corse; traditionnellement surtout de la farine et de la confiture dont nous dégustons une version maison absolument succulente à Evisa, accompagnée de glaces à la châtaigne et à la myrte, un pur délice pour clore cette étape.

Coucher de soleil de la baie vitrée de l’hôtel, bon repas

Le grand-papa nous montre ses bidons de liqueur et de vin de myrtes en préparation. Les baies violettes sont cueillies en novembre, décembre, séchées si elles doivent attendre, puis mises à macérer dans de l’alcool fort pendant deux à trois mois, un sirop de sucre est ensuite ajouté, puis la liqueur est filtrée. Le vin de myrte se sert comme apéritif, et se prépare en mettant macérer les baies dans du bon vin.

Cette randonnée est bien différente du chemin de St-Jacques. Un pied devant l’autre toujours, mais ici en se concentrant intensément et sans relâches, toujours en montée ou en descente, avec de la nature et peu de traces humaines pendant les étapes, également peu de contacts entre randonneurs, sans l’énergie du Camino, ni son goudron non plus!

Suite à l’éboulement du sentier des gorges de la Spilonca, toujours en fin 2023,  nous marchons en aller et retour depuis le site des Deux-Ponts au pont de Zaglia.

Jolie balade, mignon petit pont génois à Zaglia et nous choisissons de rejoindre Porto en taxi, au vu de la longueur, des bouts de routes et de descentes très raides prévues. Un bon dîner sur une splendide terrasse, Porto dans une belle lumière, déjà du monde, une halte touristique bien agréable en avant-saison.

Le lendemain, notre mini-bus prévu se fait désirer. Le trajet est spectaculaire, route hyper étroite, rochers et falaises orangés, circulation difficile pour atteindre le village perché de Piana, et pourtant il n’y a encore que peu de vans, cars etc… Nous démarrons notre randonnée à mi-journée, cheminant en forêt, puis le long du ruisseau Piazza Muninca. Pour une fois, un chemin qui grimpe mais n’est pas ardu; nous pique-niquons avant de décider de continuer un bout. Chemin faisant, nous nous approchons du col qui nous a été proposé comme objectif et décidons alors de crocher pour l’atteindre. Quelle récompense, Bocca Piazza est hors de la végétation, surplombe les rochers aux formes incroyablement sculptées par le vent et le sable et surplombe cette côte découpée de ses 900 mètres d’altitude.

La descente en lacets de ce versant surplombant la baie de Porto nous amène à une châtaigneraie puis plus bas rejoint notre chemin de départ. Une splendide boucle, où les sentiers méritaient la dénomination de sentiers et non exclusivement de marches caillouteuses ou de torrents de cailloux roulants. J’ai adoré cette boucle, de plus Pierre-Olivier nous a déniché un petit restaurant de poissons tenu par une patronne à l’excellente répartie, les gens du coin sont là, c’est petit, animé et délicieux.

Nos amies rejoindront Porto en bus pour avoir ainsi l’opportunité d’une excursion en bateau tandis que Pierre-Olivier et moi revenons à Porto en randonneurs: une montée à la châtaigneraie vite envoyée, nous sommes en nage, le soleil est au rendez-vous de bon matin, puis de la descente, raide qui n’en finit pas; une vraie leçon pour savoir comment économiser ses genoux par des petites marches pendant plusieurs heures. Je suis vraiment devenue un escargot en descente, la fin de l’itinéraire, enfin à plat pour atteindre la plage de Porto, s’est effondré, donc nous continuons à crapahuter pour finalement rejoindre la plage juste à côté d’une terrasse proposant des glaces artisanales, quelle heureux hasard !

Dès le lendemain, après cette escapade à Piana (au sud de Porto), nous nous dirigeons vers le nord, à Bussaglia. Béatrice et Pierre-Olivier partent à l’assaut du Capu San Petru, une montée extrêmement raide finalement le long d’une piste car le maquis a envahi le sentier.

Avec Jeanne, du port nous rejoignons le village de Porto et surplombons toute le baie par un sentier en balcon, nous passons le promentoire toujours à flanc de coteau pour trouver une piste très raide pour la descente, en terre dure et gravillons, un véritable toboggan où les semelles n’ont aucune prise. La fin d’étape est un hôtel perdu dans la nature et la verdure au niveau de la mer, une oasis de calme, nos efforts sont systématiquement bien récompensés et ce n’est pas désagréable de profiter de la petite piscine avant le souper.

Nous nous approchons toujours plus des pics de granit de la réserve de Scandola qui s’avancent en barrière dans la mer. Le lendemain, les vues sont donc grandioses, surplombant et rejoignant une crique après l’autre, laissant les plages aux vaches, nous suivons finalement la crête de plus en plus impressionnante avant de redescendre dans la verdure vers Osani pour remonter au Bocca a Croce (col de la Croix).

Cette étape est celle des superlatifs, pour les vues, mais aussi pour moi pour la difficulté du chemin: raide, traversant des dalles obliques pour terminer en grimpant sur la crête. La descente est très agréable. Nous sommes tous soulagés d’avoir passé le versant le plus technique et impressionnant à la montée et non à la descente. Pas de photos, trop de concentration et aucune envie de s’immobiliser en équilibre sur ces cailloux et rochers ! Nous n’avions pas de pique-nique, (la veille était dimanche, supérette fermée) des payottes aux plages traversées et à Bocca à Croce étaient annoncées. En fait, nous avons passé trop tôt à la plage où une petite restauration nous faisait de l’œil et Osani est un village sans aucun bistrot ! Les barres de céréales tirées du sac nous donneront l’énergie de monter au Bocca a Croce où la payotte offre au moins une glace et à boire. Jeanne et Béatrice rejoignent la mer par la piste menant à un petit embarcadère, elles ont rendez-vous avec le bateau taxi pour Girolata; sauf que celui-ci avait compris qu’elles désiraient le trajet inverse. Le malentendu levé, elles débarquent à Girolata, seul hameau non accessible par la route.

Nous continuons de notre côté par une agréable descente jusqu’à la plage de Tuara, occupée par quelques vaches et jonchée de débris révélant de bonnes tempêtes, une remontée dans le maquis, nous offrant quelques belles vues avant de redescendre sur Girolata au charme certain et un peu hétéroclite. Que faut-il contempler, les taurillons se cherchant noise sur la plage ou le luxueux catamaran amarré au débarcadère juste derrière eux ? Quelques échoppes le long de la plage, cabanons de pêcheurs, petite guinguette proposant une myrte maison aussi aromatique que riche en alcool, jardin parsemé de cabanons et d’une table dressée dehors, notre adresse du jour. Un château tarabiscoté que nous pourrions imaginer construit pour un film, quelques rues, une dizaine d’habitants à l’année et des jeunes qui doivent construire leurs payottes à chaque saison et les démonter pour l’hiver. Touristique, mais un peu baba cool, tableau romantique de voiliers au mouillage, tellement petit que le bord de l’eau est forcément animé, Girolata ne se remplace pas par une autre étape.

Entouré de montagnes, c’est évidemment un départ droit en-haut qui nous est promis pour le lendemain. L’alternative était un pêcheur qui pouvait me mener à Galéria, mais…. je pars à pied. La montée à Bocca Di Fuata (460m.) offre de belles vues, traverse forêts, maquis hauts, puis maquis bas, par un sentier agréable; vous l’avez compris Bocca signifie col !

Lors de notre pique nique au col justement, une randonneuse nous rejoint. Du coup, nous formons à nouveau deux équipes, Pierre-Olivier l’accompagnant sur la crête rejoignant Litterniccia avant de redescendre raide dans un ravin sur Galéria (tracé Mare Monti) et nous trois rejoignant Galéria en imaginant descendre depuis Bocca di Fuata. En fait, après une bonne descente, ce trajet suit les promontoires, rentre dans les terres pour traverser le lit du ruisseau, remonte sur l’autre rive, monte passer le prochain promontoire et ainsi de suite un certain nombre de fois. Après avoir cheminé un bon moment entre 200 m. et 300 m. d’altitude , quand nous pouvions espérer rejoindre Galéria, le dernier promontoire passe par un col à 430m. Quelques passages sont bien caillouteux à flanc de montagnes, ouf de nouveau dans le sens de la montée ! Et finalement c’est la dernière descente, merci Jeanne pour ton pied montagnard et ton aide, et la forêt pour rejoindre le centre de Galéria puis la mer.

Vue depuis notre chambre

Le lendemain sera notre dernière étape, jusqu’à Tuarelli. Nous devons bien avancer car un mini-bus nous y attend à 14h. pour nous ramener à Calvi.

Après les vues sur la mer, nous suivons la rivière Le Fango, un torrent offrant des piscines naturelles, une balade nettement plus courue que tout le reste de notre parcours mais très sympathique et charmante.

Cette randonnée aura été variée, paysages de montagnes, forêts et maquis, vues plongeantes sur de nombreuses criques ou promontoires. Le confort et la variété de la gastronomie a aussi dépassé nos attentes mais les efforts à fournir aussi, bien que les distances et les dénivellés n’aient pas été très importants. Les cailloux corses ne se laissent pas fouler de bon gré.