Nous reprenons nos montures, le soleil n’est pas de la partie, la pluie non plus. En chemin, la Fosse Dionne, exutoire d’écoulements souterrains provenant du plateau calcaire environnant, quelques beaux lavoirs, le canal, la verdure, le calme sont toujours notre fil rouge.

La météo nous incite à trouver un logement en dur, sans succès. Par contre, une buvette nous tend les bras nous détournant de notre pic-nic de midi. À peine installés sous de grands parasols, une bonne averse surprend tout le monde. La soirée sera sèche, nous soupons au bord du canal à Chassignelles, chez Valérie, son énorme chien aussi doux qu’encomburant et son élégant chat tellement bien nommé Smoking. Le jardin à l’arrière de l’éclusière sert de camping pour les cyclistes, bucolique à souhait (74 km).



Le lendemain, petit retour en arrière pour la visite du château d’Ancy-le-Franc, aux jardins à la française et à l’anglaise, château Renaissance, quelques plafonds splendides.


Autre arrêt culturel à la forge de Buffon,grand ensemble industriel créé par cet important naturaliste, pour la production de barres et autres objets en fer au 18ième siècle. Les 3 roues des Moulins et les bâtiments de belle pierre sont conservés; l’ensemble est d’importantes dimensions car, fait unique pour l’époque, il regroupe la partie industrielle, les logements des ouvriers, celui destiné au comte Buffon lorsqu’il était présent et même une grange à bœufs. Les conditions de travail, entre poussière, chaleur et bruit assourdissant font froid dans le dos.



A Montbard, nous ne trouvons pas immédiatement le camping, ce qui nous vaut de monter la tente avec la pluie qui s’intensifie alors que nous avions pédalé au sec. Des cordes pour pédaler jusqu’à notre souper, un bon petit buffet que nous essayons de prolonger en espérant une accalmie pour le retour, en vain ! (45km)

Le jour suivant sera rude, le vent par moment, de nombreuses écluses montantes; cela paraît exagéré mais nous sommes bien surpris de sentir que nous montons jusqu’à Pouilly-en-Auxois, point culminant du plus haut canal de France, à 378 m. d’altitude.


Cette fois, qu’une petite averse le soir lorsque nous avions sorti notre tente pour la sécher dans le jardinet du studio réservé. A Pouilly-en-Auxois, le canal encore utilisé, passe sous la ville par un tunnel de 3333 mètres construit de 1825 à 1832 par 4000 hommes dont des prisonniers; en plus du tunnel, 32 puits d’aération ont dû être percés.


Au 19ième siècle, les péniches étaient propulsées par des ouvriers les tirant et les poussant au moyen de perches qu’ils accrochaient dans des « prises » le long des parois du canal large de 5m20, obscur et humide. Les plus grandes péniches sont normalisées à 5. 05 m. de large et 39 mètres de long. La manœuvre le long des 3 kilomètres reste délicate aujourd’hui comme nous l’explique un marin d’une péniche-hôtel. Pour nous, la « descente » vers Dijon est un joli parcours dans un paysage de prairies, étape facile jouant sur certains tronçons à cache-cache avec l’autoroute (62 km).
Le canal de Bourgogne a été construit comme axe de liaison entre la Manche et la Méditerranée. A Pouilly, nous étions sur la ligne de partage des eaux entre la Seine et le Rhône, franchissant à nouveau la ligne de partage des eaux entre les bassins de l’Atlantique et celui de la Méditerranée. Il comporte 189 écluses.
A Dijon, nous apprécions d’arpenter les rues aux belles maisons patriciennes ou plus rustiques, celles à colombages. Une bonne adresse sympathique pour l’apéro, l’Arsouille, plus de difficultés à trouver un petit restaurant simple et authentique, l’aspect gastronomique est bien touristique. Appréciant les bonnes trouvailles et riant des moins bonnes adresses, nous foulons les pavés avec beaucoup de plaisir et une bonne fatigue. Pierre-Olivier arrive toujours à recevoir des conseils de locaux, moi d’une amie.


Bien des adresses mériteraient d’être testées, mais la pluie battante du surlendemain nous fait apprécier de prendre le train pour retrouver notre camping-car à Decize après ces presque 500 kilomètres pédalés le long des canaux. Notre hanneton nous attend, comme le gérant fort sympathique du camping; nous apprenons son souci à notre égard, l’évacuation d’un camping de la région à cause des tempêtes de vent et de pluie.
Suit une soirée récréative, gastronomique et chaleureuse chez des amis à Vallon-en-Sully. Le lendemain, départ en direction des Landes pour aller pédaler le long de l’océan, histoire de changer de décor et de troquer le bœuf Charolais contre les fruits de mer. Mais panique à bord ou presque, je roule en 6ième sur l’autoroute quand je ne peux plus rétrograder de vitesse et le changement de conducteur n’y change rien !
Un jeune dépanneur nous amène à une carrosserie.

Le patron, fort aimable, et bien rôdé nous propose « sa semaine tout compris » : comprenez le dépannage, la location d’une voiture, les contacts et un délai très court pour changer notre embrayage auprès de son ami mécanicien, l’hébergement dans un hôtel ou un appartement d’un autre ami, tout ceci pour le montant que les assurances européennes de dépannage dédommagent au total. Nous ne sommes pas les seuls dans son petit bureau, sa petite entreprise est homologuée pour aller dépanner sur l’autoroute, son affaire est donc bien rôdée et tout le monde est gagnant. Mais malheureusement l’ATE n’est pas si arrangeante et estime que nous pouvons vivre à Tulle sans voiture de location. J’aimerais envoyer les bureaucrates tester Tulle pendant une semaine !
Nous voilà donc logés dans cette ville, le dépanneur et le mécanicien nous ayant vanté les beaux endroits de la Corrèze. Quelques idées d’excursion sont bien nécessaires pour que mon cerveau s’adapte au nouveau plan. La grisaille de Tulle étirée le long de la Corrèze, (la rivière) ses quelques tours sans style dépassant largement de façon totalement choquante du reste du bâti, ses enseignes fermées, la moiteur de l’air, vraiment je n’arrive pas du tout à apprécier cette ville.

Nous planifions notre visite de la région avec notre voiture louée et décidons de faire confiance au mécanicien recommandé pour soigner notre Hanneton.