Nous logeons dans un appartement à Tulle en attendant que notre camping-car soit réparé, partant en excursions avec notre voiture de location.
Journée à Aubazine, une abbaye.
Fermeture hebdomadaire imprévue, nous partons en balade en forêt et le long du « canal des moines », bisse construit pour amener l’eau à l’abbaye.



Belle forêt, le chemin est praticable malgré les derniers déluges. Par chance, nous pouvons ensuite nous joindre à un groupe pour la visite, ludique et instructive, un plongeon dans la mode de Coco Chanel.
L’abbaye était cistercienne, d’où l’absence de représentations de scènes, d’animaux, de personnages sur les vitraux qui sont « grisaille » donc sans couleurs arborant des motifs simples répétés.




Cette abbaye a servi d’orphelinat pour jeunes filles, Coco Chanel y a séjourné un nombre inconnu d’années et cet endroit l’a marquée.
La vie des Cisterciens était rude, grand dortoir froid l’hiver, réveils nocturnes imposés pour des prières à l’église rejointe par un escalier obscur, irrégulier impressionnant pour les orphelines.


Habits sobres, vœux de pauvreté, rien de superflu.
Les pierres du sol du dortoir sont magnifiquement arrangées et représentent des symboles répétés, dont la lune et une étoile à cinq branches.

L’abbaye ayant changé de patriarcat, il dépend aujourd’hui d’une congrégation ayant son siège au Liban, donc aucune aide financière possible pour l’entretien de cette manne-là.
Tous ces éléments ensemble donnent:
-Le logo Coco Chanel, les deux C entrelacés rappelant les vitraux.
-Les chaînes des sacs de la marque, la ceinture de l’habit des Cisterciens était une chaîne.
-Une mode révolutionnaire libérant les femmes: plus de corset, des vêtements aux lignes sobres permettant de bouger, rien de superflu.
-Le parfum Chanel Numéro 5, comme l’étoile et des motifs répétés sur ses tissus.
-Un escalier dans sa résidence du sud de la France similaire à celui menant à l’église, divisé en deux parties pour qu’il entre dans la résidence, modeste, sans fioritures.
-Régulièrement, des séminaires, stages de création de la maison Chanel à l’abbaye et importante cerise sur le gâteau: la promesse de la rénovation de tous les toits, et d’autres énormes travaux d’entretien financés par la maison Chanel débutant prochainement.
Cette abbaye voudrait aussi servir d’hébergement à des pèlerins de passage; actuellement la chaudière a lâché, de l’eau s’infiltre dans les plafonds…. Et pourtant, par manque de moyens financiers l’église principale avait été démolie sur une grande partie de sa longueur sur ordre du curé lui-même, pour économiser les frais d’entretien. L’église initiale était totalement sur-dimensionnée pour en mettre plein la vue aux Bénédictins, congrégation dominante concurrente dans la région. Le manque de moyens et la volonté de préserver ces bâtiments et le jardin ont motivé des bénévoles locaux de s’impliquer et que l’abbaye soit ouverte, utilisée pour toutes les fêtes du village et les marchés. Jusqu’à récemment, ses locaux étaient à disposition pour des semaines à thèmes comme les plantes médicinales, ou la pratique du yoga par exemple, une manière bien sympathique et efficiente de rendre de la vie à ces belles pierres; ne pourrait-on pas y penser ailleurs ?
Rocamadour
L’architecture adossée aux falaises est impressionnante et la pierre d’une des églises splendide, notamment le plafond composé de petites pierres jointes.




Mais l’endroit est tellement touristique, je ressens le lien argent-religion-supersitition très présent, nous empêchant d’apprécier ce lieu avec émotion. Certainement qu’en y arrivant à pied, vu que c’est un endroit clef d’un des parcours vers St-Jacques-de-Compostelle, et le soir, quand la plupart des touristes ont déserté, nous aurions un autre ressenti. Toutefois, pour notre part, nous avions été conquis par Conques et ne regrettons pas notre choix d’un autre parcours vers St-Jacques-de- Compostelle.
Le Brézou
La Corrèze est vraiment verte, des forêts denses, des collines, quelques prairies avec des haies. Alors pour profiter de cette nature, et sans avoir préparé des vacances de marche dans la région, nous suivons quelques sentiers didactiques dans la forêt du Brézou. Châtaigniers, feuillus, houx, noyers, charmes, de la mousse et des fougères, une forêt laissée à son cycle, du bois mort, des arbres tombés, petits ruisseaux, vraiment une belle diversité. Les forêts sont privées, une raison aussi de suivre des chemins bien balisés, publics, et vu les quelques fortes pluies récentes et nos baskets de vélo en guise de souliers de marche, nous ne tentons pas de grandes randonnées.

Cité de l’accordéon et des Patrimoines de Tulle.
La partie la plus importante de ce musée est consacrée à l’accordéon, la manufacture Maugein, fabriquant de façon personnalisée cet instrument étant toujours en activité. Le premier atelier datait de 1919, la période la plus florissante des années 30, avec quelque 300 ouvriers. Un festival d’accordéons a lieu chaque année en juin à Tulle; comme quoi cette ville peut être gaie et animée ! Ce musée présente de très anciens instruments, tente de nous expliquer ses « entrailles », constitué de milliers de pièces dont les anches, languettes de métal et de peau ajustées pour que la note soit juste.







L’accordéon est un instrument vraiment impressionnant de par sa complexité. Les styles de musique, sa place dans l’histoire y sont aussi présentés nous donnant l’occasion d’entendre quelques classiques de chanson française notamment. Pour nous, c’est aussi un rappel d’excellents souvenirs puisque notre fille en a joué pendant 25 ans. La fabrique Maugein produit des accordéons chromatiques, à boutons et non à touches, en tout cas sur les modèles exposés. Nous pouvons même essayer un instrument diatonique et un chromatique, avec leçons de base sur vidéo.

Une petite partie du musée présente la dentelle de Tulle de façon succincte.
Enfin, le dernier étage est consacré à la fabrique d’armes (pistolets, fusils…) appelée la manufacture, ouverte en 1690 et fermée en 1998. Véritable poumon économique du Limousin, 4700 ouvriers y travaillaient durant la première guerre mondiale. Cette usine formait avec beaucoup de rigueur son personnel, permettant à des jeunes entrés à 15 ans de progresser professionnellement jusqu’à des niveaux spécifiques entièrement dans l’entreprise, une vision moderne. Mais en accord avec l’époque, les sirènes rythmaient les débuts et fins de période de travail. Des témoignages nous plongent dans cette culture où travailler à la « manu » était une fierté, une école de rigueur, un apprentissage d’excellence mais aussi un moule de pensées, de mode de vie unique, des conditions de travail extrêmement difficiles pour certains, mais aussi pour toute la région un lien social, culturel, une sorte de grande famille. Lire et entendre les témoignages me plonge dans toutes les notions que les employeurs aimeraient bien cultiver à l’heure actuelle, mais souvent sans succès au vu des restructurations et autres gestions écartant l’aspect humain d’une décision. L’activité de « perruquer » désignait le fait d’utiliser des matières et des outils pour fabriquer des objets en-dehors de la production règlementaire. Cette activité était tolérée par la hiérarchie et de jolies créations, cadeaux pour des départs à la retraite, sont exposées. Une expression de la reconnaissance et de la solidarité entre ouvriers. Je me demande si dans les années 80, nous ne perruquions pas de temps à autre d’une certaine manière…?

Les guerres ont évidemment permis aux femmes d’entrer dans ce monde technique et masculin, mais les portes de la formation technique se sont ouvertes pour elles en 1970, date à partir de laquelle, il semblerait que leur qualités en mécanique de précision aient été bien reconnues. La question du sentiment de culpabilité potentiel vu que cette usine ne produisait que des armes est aussi abordée. Certains, à l’étroit dans cette culture de la pensée unique le ressentait; pour beaucoup d’autres dominaient la réalité pratique de l’intérêt d’un travail stable, le fait que si un pays a une armée, la fabrication d’armes est une évidence donc autant que celle-ci nous donne du travail et soit élaborée dans une culture d’excellence. De plus la plupart des ouvriers et ouvrières étaient concentrés sur un type de pièces, et ne voyaient donc pas d’armes, les aidant à ne pas penser à cet aspect destructeur.
Ce jour, une petite manifestation et même l Internationale chantée dans la rue; le premier ministre a été destitué la veille; immersion dans la vie locale !
Jeudi après-midi, soit 5 jours après notre arrivée à Tulle, le mécanicien et patron du garage nous appelle, nous pouvons repartir avec un embrayage neuf. Nous décidons de nous arrêter en Auvergne, vers le Puy de Sancy. La météo est très mitigée, nuageuse, humide. Nous bénéficions d’une petite fenêtre agréable pour grimper sur le Puy de la Tâche, offrant une très belle vue.

Ces anciens volcans sont des pâturages aux teintes dorées, couvert par endroits de bruyère, pas d’arbres, le pays doit être très venté, un relief permettant de voir très loin. Pays de fromages, spécialement du Saint Nectaire, nous visitons une ferme, les restaurants proposent principalement des mets au Saint Nectaire et à la fourme d’Ambert, les maisons sont cossues, en grosses pierres, nous sommes bien en moyenne montagne.



Le nombre de campings, de grottes, de cascades à visiter témoignent d’un tourisme familial bien vivant. Les thermes, au centre de Saint Nectaire et son vieil hôtel présentent par contre une architecture non entretenue et un autre tourisme, en fin de règne. Le pays nous plaît surtout au-dessus de 1000m; c’est-à-dire au-dessus des forêts, offrant un paysage ouvert et grandiose invitant à la marche.



























































